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Emmanuel Dupuy, Président de l’IPSE : « En France, quand nous pensons au dossier libyen, c’est par rapport au Sahel et aux groupes armés terroristes »

28 juin 2020
Emmanuel Dupuy, Président de l'IPSE : « En France, quand nous pensons au dossier libyen, c'est par rapport au Sahel et aux groupes armés terroristes »
Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). © DR AP.P
Une dizaine d’experts internationaux, dont la vice-ministre italienne des affaires étrangères ont participé, jeudi 18 juin, à la visioconférence dédiée à la situation en Libye, et pilotée par Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Un tour d’horizon qui n’incite pas à l’optimisme… en attendant une initiative de l’Allemagne, dans le cadre de sa présidence tournante du Conseil européen (1er juillet - 31 décembre 2020) ?

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Un article de Louise THEWYS, journaliste-stagiaire EFJ-Bordeaux

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En Libye, la situation est de plus en plus complexe, un imbroglio tel que certains observateurs parlent désormais d’une « seconde Syrie ». Elle est également révélatrice d’une extrême « fragilisation du multilatéralisme », relève d’emblée Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE). Avec, par exemple, l’incapacité à trouver une issue « au travers des médiations proposées sous l’égide de la mission d’assistance de l’ONU en Libye (MANUL) », comme l’illustre la démission, en mars denier, de Ghassan Salamé, l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU en Libye.

En effet, trois mois après son départ, il reste à ce jour sans remplaçant. De plus, on observe également une remise en cause du principe de la sécurité collective au sein de l’espace méditerranéen, avec plusieurs membres de l’OTAN (Grèce, Turquie, Italie, France) qui s’engagent dans de démarches plus ou moins hasardeuses et en solo – le cas le plus flagrant étant celui de la Turquie, dont l’activisme militaire en soutien au gouvernement de Fayez el-Sarraj s’étale au grand jour, tandis que le récent incident au large des côtes libyennes entre la frégate française Courbet et trois navires turcs ont confirmé l’extrême fragilité du principe de sécurité collective qui sous-tend l’Alliance atlantique depuis soixante-et-onze ans.

« Des impacts considérables
sur la sécurité européenne »

Face à cela, la « frilosité européenne » sur le dossier libyen est patente. Il y a quelques semaines, lorsque la question se posait de prolonger l’opération EUNAVFOR Med Sofia, désormais rebaptisée EUNAVFOR Med Irini,bon nombre de pays européens ont émis l’idée de brandir leur véto, à l’instar de l’Autriche et Malte. Ces derniers ne voulaient pas que l’opération ait lieu dans des « zones opérationnelles » des passeurs et trafiquants de migrants, où il eût été nécessaire de porter « assistance à des migrants ».

En France, « quand nous pensons le dossier libyen, nous le pensons par rapport à la porosité de la frontière avec le sud libyen, le Grand Fezzan », explique Emmanuel Dupuy. Notamment avec les pays limitrophes méridionaux de la Libye, en premier lieu desquels le Niger et le Tchad. « Nous pensons Sahel en pensant à la Libye », et à la manière dont les trafiquants ou les groupes armés terroristes bénéficient de cette porosité des frontières.

Mais en Italie, la préoccupation est tout autre. La distance de seulement de 250 km entre les côtes libyennes et italiennes facilite une accélération de la pénétration des migrants par le flanc sud de l’Europe – comme ce fut le cas, notamment, en 2017 et 2018 –, et c’est cela qui cristallise l’essentiel des préoccupations des Italiens – on estime en effet à 800 000 le nombre de migrants subsahariens se trouvant sur le sol libyen.

Ainsi Emanuela Claudia Del Re, vice-ministre italienne des Affaires étrangères, le dit-elle sans détours : « La situation en Libye a des impacts considérables sur la sécurité européenne en terme de bouleversement géopolitique. »

Sur le terrain, jusqu’à leur récente retraite de Tripoli, les forces du Maréchal Khalifa Haftar ont continué à bombarder des zones résidentielles de la capitale. Plus inquiétant encore, ils ont piégé des zones urbaines.

« L’Allemagne prendra-t-elle
une initiative… européenne ? »

En réponse à ces bombardements, des unités de l’armée italienne ont été dépêchées à Tripoli pour procéder à des interventions urgentes de déminage. Il y a déjà 300 militaires italiens stationnés à Misrata, pour protéger l’hôpital construit par Rome.

Ensemble, l’Italie et la France ont adopté de manière conjointe de nombreuses initiatives, tels que des appels internationaux pour une « trêve humanitaire ». Une réunion présidée par Emanuela Claudia Del Re a accueilli des coordinateurs humanitaires en Libye, des représentants de principales organisations et agences des Nations Unies, de la Croix-Rouge, de donateurs internationaux et des organisations internationales de la société civile. Autant de réunions ayant eu pour but de mieux « identifier les actions ciblées » dans le « respect du droit inter-humanitaire ».

La vice-ministre des Affaires étrangères d’Italie clôt la conférence en déclarant qu’« en Libye comme au Sahel, notre stratégie devrait viser à promouvoir un développement politique et économique durable, aussi bien au niveau central que local ». « Le rôle européen sur la crise libyenne ne peut être renforcé que par une coopération accrue » entre la France, l’Italie et l’Allemagne, a-t-elle encore considéré, et par une coordination constante avec les ministres des Affaires étrangères des autres pays de l’Union Européenne.

Reste que cette démarche de coordination avec les « autres pays européens » dépendre sans doute beaucoup de la posture de l’Allemagne, qui bénéficie aujourd’hui d’une sorte d’« alignement des planètes » pour agir, si elle le veut, comme le rappelle le président de l’IPSE, Emmanuel ;Dupuy.

En effet, depuis le 1er janvier 2019, l’Allemagne fait partie des dix membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, avec un mandat de deux ans, et à compter du 1er juillet 2020, Berlin présidera le Conseil de sécurité des Nations Unies pour un mois, assumera aussi à partir du 1er juillet la présidence tournante semestrielle du Conseil de l’Union européenne, une position qui peut permettre d’influer sur la position de l’UE.

Mais une question demeure : l’Allemagne, qui naguère encore rechignait à assumer les responsabilités politiques de la puissance économique qu’elle est devenue depuis longtemps – la première en Europe – est-elle prête à assumer un rôle d’acteur significatif dans les affaires internationales ? À s’impliquer militairement ?

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