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Élisabeth et Jean-Louis GUIGOU :
« C’est ensemble qu’Européens et Africains devront relever les défis communs ! »

23 décembre 2018
Élisabeth GUIGOU, présidente de la Fondation euroméditerranéenne Anna Lindh, ancienne ministre. © Capture video AP.P de www.lopinion.fr
L’accord de Cotonou, qui régit depuis l’an 2000 les relations entre l’Union européenne et 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (dits pays ACP) arrive à échéance en 2020. La négociation du prochain accord, qui s’étendra lui aussi sur de nombreuses années, a commencé. Une occasion unique de poser les fondements d’une alliance forte entre l’Europe et l’Afrique.

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par Élisabeth GUIGOU, présidente de la Fondation euroméditerranéenne Anna Lindh, ancienne ministre
et
Jean-Louis GUIGOU, président de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen)

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Actuellement, dans le débat entre Européens et Africains à propos du prochain accord post-Cotonou, ceux qui voudraient en profiter pour approfondir la relation entre l’Union européenne et l’Union africaine (UE et UA) jusqu’à élaborer une « alliance », semblent avoir pris l’ascendant.
Ils sont portés par les déclarations en ce sens du président Jean-Claude Juncker (1) et la volonté de la direction générale de la Coopération internationale et du Développement de la Commission européenne (DEVCO), qui souhaite construire du « nouveau », car l’accord de Cotonou se référait à un découpage géographique périmé et à une vision obsolète, marquée notamment par la lourdeur bureaucratique et la non-participation du secteur privé.

Aujourd’hui, un changement radical de paradigme s’impose. Pour réussir cette renégociation entre les deux continents, il faut considérer les intérêts de chacun et les intérêts communs.

L’UE, de son côté, a pour priorité la recherche de nouveaux relais de croissance et la sécurisation de ses frontières face à une immigration non maîtrisée. Elle doit aussi veiller à desserrer l’étau du G2 Chine/États-Unis et, en même temps, respecter les engagements du multilatéralisme, comme les accords de Paris de la COP 21 et les objectifs du millenium pour 2030.

Du côté africain, la création d’emplois constitue une priorité absolue, car la population va doubler en une génération, et le déficit actuel d’emplois créés, qui se compte chaque année en millions, pourrait encore s’aggraver, avec les conséquences dramatiques que l’on entrevoit aisément.

L’Afrique doit donc s’industrialiser à partir de ses matières premières et ainsi sortir de l’économie de rente. «  Il est temps que les richesses de l’Afrique profitent à l’Afrique », comme l’affirme le roi du Maroc, et aussi privilégier l’investissement et prôner la rupture en matière de gouvernance, et pour cela se libérer des « aides » qui génèrent trop souvent de la corruption.

L’AME, projet d’une région intégrée
Afrique-Méditerranée-Europe

Mais, c’est ensemble qu’Européens et Africains devront relever les défis communs : le réchauffement climatique, le terrorisme, la sécurité, l’emploi des jeunes et l’immigration… Dès lors, pourquoi ne pas tenter de créer un axe intégré, la grande région Verticale de l’AME (Afrique-Méditerranée-Europe), afin de valoriser notre proximité, notre complémentarité et notre solidarité ?

Ce concept de l’AME, porté depuis des années par l’IPEMED (2), s’est trouvé conforté par l’ambition du président Emmanuel Macron, déclarant que « nous devons arrimer, ensemble, enfin, les continents européen et africain à travers la Méditerranée (…) pour créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe » (Conférence des ambassadeurs, 29 juillet 2017).

Jean-Louis GUIGOU, président de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen) © AM/AP.P

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Selon les travaux de l’IPEMED, cette AME pourrait s’articuler autour de quatre instruments qui ont fait leurs preuves entre la Chine et les pays du bloc asiatique, mais aussi entre les deux Amériques.

Le premier, concomitant à une déclaration politique fondatrice, serait la création d’un instrument politique de concertation permanente entre l’UE et l’UA, et les chefs d’État des deux continents.

Deuxième instrument : une fondation, qui pourrait être dénommée « la Verticale AME », serait créée pour constituer le creuset de la réflexion et le garant, dans la durée, de la volonté de faire progresser l’intégration.

Par ailleurs, le troisième instrument devrait être constitué par un véhicule financier international assurant la mobilité des capitaux et la sécurisation des investissements.

Enfin, un traité économique devrait favoriser le redéploiement de l’appareil de production du nord vers le sud mais aussi du Sud vers le nord, la coproduction et la promotion du partenariat intra-régional au détriment des investissements hors zone comme le suggère aussi le programme d’Investissement extérieur (PIE) de la Commission européenne.

Engager de tels changements présuppose une double révolution culturelle : passer, en Europe, de l’esprit de conquête à l’esprit de partage ; et en Afrique, de la résignation à la responsabilisation.

Le défi à relever est donc immense. Mais c’est à ce prix que l’Afrique ne deviendra pas un enfer pour elle-même et pour ses voisins, et que l’Europe ne sera pas effacée des radars de l’Histoire.

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1 - Discours de Jean-Claude Juncker sur l’état de l’Union, le 12 septembre 2018 : « A new Africa Europe Alliance for sustainable investment and jobs ».

2 - « La Verticale pour une grande région Afrique-Méditerranée-Europe (AME) ». Rapport de l’Ipemed, 106 pages, novembre 2017.

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