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Eau et assainissement en Afrique et Méditerranée : Roland Portella (CADE*) en quête de modèles inclusifs et performants

1er février 2019
Roland PORTELLA,
 Président de la CADE (Coordination pour l’Afrique de Demain). © AM/AP.P
Comment placer la question de l’accès à l’eau et de l’assainissement au cœur des processus de développement et de la création de richesses d’un État, d’un pays, d’une collectivité territoriale ? Car n’est-ce pas le service de base à assurer, tout comme la santé et l’éducation pour tous ? Dans la perspective de la Rencontre organisée par la CADE le 11 février à Paris, sur ce thème de l’eau et de l’assainissement en Afrique et Méditerranée, le Président de ce club économique nous livre les premières pistes de réflexion et de débat…

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Une contribution de Roland PORTELLA,

Président de la CADE*


(Coordination pour l’Afrique de Demain)

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Quels que soient les succès enregistrés par ailleurs – par exemple dans le développement numérique, avec certains pays d’Afrique et de la Méditerranée qui montent fortement en gamme –, sans accès à l’eau potable et à l’assainissement, des pans importants de populations ne pourront « sainement » participer au développement de leur pays, et encore moins contribuer à la création de richesses.

En effet, d’après les chiffres que nous avons collectés et recensés, environ 2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable, et au moins 5 milliards n’ont pas d’accès à un assainissement correct, 3,5 milliards de populations boivent tous les jours de l’eau dite dangereuse et de qualité douteuse, 2,4 milliards ne disposent pas de toilettes décentes.

Plus de 320 millions d’Africains

sans accès à l’eau potable

Et alors que l’Afrique disposerait de plus de 5 000 milliards de m3 d’eau dans ses nappes phréatiques, sur 1,2 milliard d’habitants actuels, plus de 320 millions n’ont pas d’accès à l’eau potable. Nous savons qu’au niveau mondial pour assurer l’accès universel à l’eau, l’hygiène et l’assainissement d’ici à dix ans, il faudrait que les États et entreprises parviennent à mobiliser chaque année 116 milliards de dollars. Mais actuellement, seuls 42 milliards de dollars environs sont mobilisés, dont les trois quarts réellement investis.

Quelles sont les raisons de cette insuffisance de capitaux ? Est-ce une problématique d’inefficacité des politiques publiques, l’insuffisance institutionnelle d’attractivité pour mobiliser davantage de capitaux privés, des contrats de délégations de services à améliorer ?

Autant de questions qui seront examinées lors de la Rencontre économique organisée par la CADE, le 11 février après-midi à Paris, et intitulée « Eau, Assainissement, en Afrique et Méditerranée : Nouveaux modèles de partenariats public-privé » en partenariat avec EAU VIVE INTERNATIONALE**, une ONG qui travaille sur le terrain à apporter des solutions d’accès à l’eau et à l’assainissement. Nous interrogerons les entreprises, pouvoirs publics, instituts de développement qui travaillent sur l’eau et l’assainissement, pour savoir quelles sont les politiques publiques novatrices et solutions concrètes d’investissement qu’ils mettent en œuvre pour améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement en Afrique et en Méditerranée.

Un prix humain exorbitant

Pour l’Afrique subsaharienne en particulier, l’un des économistes de la CADE, Jean Roch, a fait état du coût économique et social très élevé du manque d’eau potable dans certaines contrées, au cours d’une de ses analyses sur le secteur eau : « Certaines populations d’Afrique recourent à de multiples solutions, qui sont souvent de dangereux expédients, pour satisfaire leurs besoins en eau : puisage dans les fleuves, les lacs, les marigots, voire les flaques d’eau putride, approvisionnement par camions-citernes, bornes-fontaines, achat aux porteurs d’eau, et même piratage des conduites d’adduction d’eau.

La fourniture en eau tarifée se développe en Afrique, mais elle concerne la minorité des citadins capables de payer un branchement et un abonnement. L’exclusion de centaines de millions de personnes de l’accès à une eau potable et assainie coûte très cher à tous les niveaux, qu’il s’agisse des investissements et de l’entretien des installations, des milliers de vies humaines sacrifiées, ou du sur-prix à payer par les plus pauvres pour accéder à une eau de qualité acceptable.

« Ce sont les plus pauvres

qui paient leur eau le plus cher »

Une étude récente sur le Nigeria évalue à 3 milliards de dollars américains, correspondant à 20 dollars par personne et par an, ou 1,3 % du produit national brut (PNB), les pertes imputables au mauvais assainissement. L’essentiel des dégâts est dû aux maladies diarrhéiques, l’une des causes principales de la mortalité infantile en Afrique. Ajoutons que le Nigeria est gravement affecté par la destruction de l’environnement dans le delta du fleuve Niger, causée par des activités pétrolières. Les investissements n’ont pas de rentabilité immédiate, à quoi s’ajoutent des charges élevées pour la maintenance des installations.

L’Afrique du Sud, qui dispose de quelques moyens, se contente d’exploiter ses voisins, comme le Lesotho. C’est ainsi que le barrage de Polihali, en construction, alimentera en eau les villes de Johannesburg et de Pretoria, alors que 20 % seulement des habitants du Lesotho ont un accès direct à l’eau courante. Ce sont les plus pauvres qui paient leur eau le plus cher et doivent recourir aux solutions coûteuses de l’informel.
On citera par ailleurs le cas de ce Camerounais qui exerce le métier profitable (bien qu’illégal) de vendeur ambulant d’eau potable à Yaoundé. Ses bénéfices, estimés à quelque 137 euros mensuels, sont supérieurs à ceux du vendeur d’eau en bouteille ou en sachet. »

Usagers d’un bien public…

ou consommateurs d’une marchandise ?

Quels statuts donner à la ressource eau et à sa valorisation, sachant que certains États n’ont plus les moyens suffisants pour assumer seuls ce rôle sur tous les segments de l’activité ? Depuis des dizaines d’années le secteur privé participe aux investissements d’infrastructures et de distribution de l’eau. L’eau est-elle un bien public, ou désormais de plus en plus un bien marchand ? La question est la même pour les services d’assainissement.

Certaines organisations humanitaires et citoyennes, nationales et internationales dénoncent la marchandisation d’un bien (eau) et d’un service (assainissement) qui selon eux doivent rester des droits fondamentaux et humains, et assure le bien-être, à des prix justes, voire gratuit pour les plus pauvres. Faut-il considérer les populations bénéficiaires du service de l’eau et de l’assainissement comme des usagers ou comme des consommateurs ?

Les solutions (?) du PPP et la question
de la gouvernance de l’eau

Les modèles de répartition des investissements à réaliser entre les différentes parties prenantes de l’eau et de l’assainissement : États, collectivités territoriales, entreprises, ONG de terrain, sont à questionner. Quels types d’acteurs sont les plus efficaces dans les infrastructures, l’approvisionnement, le traitement, la fabrication des usines, les systèmes de distribution, de dépollution, de l’eau ? Quid des financements dits « innovants » en la matière, et qui doit en supporter les charges ?

De surcroît la question du dérèglement climatique qui atteint de plein fouet certains pays de la Méditerranée et d’Afrique vient perturber la disponibilité et les volumes de ressources hydriques. Comment équilibrer dans un pays la répartition d’accès à l’eau à la fois pour l’usager-consommateur, l’activité agricole, et les activités industrielles, la production d’hydroélectricité, etc. ? La question de la gouvernance de l’eau et de l’assainissement est ainsi posée.

Nous espérons donc que lors de notre prochaine Rencontre économique de la CADE, des solutions équilibrées et justes entre les États et les grandes entreprises (nationales et internationales), les usagers de l’eau et de l’assainissement puissent être mis en exergue. Puis il s’agira de mettre en perspective les filières et métiers d’avenir dans le secteur eau et assainissement, notamment pour les PME, les innovateurs et petites ONG locales. Ne serait-ce pas là, dans la pratique, un exemple sur terrain de la fameuse « Inclusivité » tant scandée et recherchée ? !

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*La Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE) est un club économique rassemblant cadres dirigeants africains et européens. Son objectif est de faire la promotion des politiques publiques et des initiatives du secteur privé, qui valorisent et transforment les potentiels humains, économiques de l’Afrique, en véritable création de richesses.
Site Internet : http://www.afrique-demain.org

** Eau Vive Internationale est une association de solidarité internationale, professionnelle et citoyenne, non partisane et non confessionnelle, fruit d’une construction partagée entre Africains et Européens.
Site Internet : http://www.eau-vive.org

EN SAVOIR PLUS

Agenda Paris, 11 février - « Eau, assainissement, PPP et filières d’avenir » aux Rencontres économiques de la CADE

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