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Dr Papa Abdoulaye SECK : « Un conseil agricole et rural émancipé, professionnel et durable est un préalable pour une souveraineté alimentaire en Afrique francophone »

8 février 2026
Dr Papa Abdoulaye SECK : « Un conseil agricole et rural émancipé, professionnel et durable est un préalable pour une souveraineté alimentaire en Afrique francophone »
L’ancien ministre sénégalais de l’Agriculture, Dr Papa Abdoulaye SECK. Photo © DR
Le conseil agricole et rural constitue un levier essentiel pour l’amélioration durable de la productivité, la sécurité alimentaire et la résilience des systèmes agricoles. Il joue un rôle pivot entre la recherche, la formation, la production et la gouvernance des territoires ruraux. L’ancien ministre sénégalais de l’Agriculture, Dr Papa Abdoulaye SECK, avance ici ses propositions pour parfaire le Conseil…

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Une contribution du Dr Papa Abdoulaye SECK
Ancien Ministre de l’Agriculture du Sénégal

Spécialiste en politique et stratégie agricoles
Directeur de Recherches
Quintuple Académicien des Sciences agricoles (ANSTS, AAF, AAS, TWAS, ANSALB)
Ancien Ambassadeur du Sénégal en Italie et Représentant permanent auprès des Agences des Nations Unies à Rome (FAO-PAM-FIDA)

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I. Contexte et justification

En Afrique francophone, malgré des efforts notables, le système de conseil agricole et rural demeure en effet marqué par une fragmentation institutionnelle, une faible coordination entre les acteurs et une dépendance financière qui en limitent l’efficacité.
L’heure est venue de repenser ce dispositif pour en faire un moteur de transformation structurelle, au service des producteurs, des terroirs et de la souveraineté alimentaire nationale et régionale.

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II. Diagnostic du système actuel

Une photographie du dispositif actuel en Afrique francophone met en évidence plusieurs limites systémiques :
1. Fragmentation institutionnelle : le conseil est généralement assuré par plusieurs acteurs, sans coordination stratégique suffisante.
2. Faible articulation recherche–conseil : la recherche est conduite par les universités et instituts spécialisés, sans cadre formel de mutualisation des compétences et des moyens.
3. Financement précaire et exogène : la durabilité du conseil dépend encore largement de la générosité des bailleurs de fonds, notamment à travers les projets.
4. Couverture géographique incomplète, laissant de vastes zones rurales en marge.
5. Manque de professionnalisation des conseillers, avec une confusion persistante entre technicité et aptitude au conseil.
6. Implication timide des universités, tant dans la formation que dans la recherche appliquée au conseil agricole.
7. Lien faible entre politiques publiques et réalités des terroirs, traduisant une faible visibilité du « cordon ombilical » entre terrain et stratégie nationale.
8. Prédominance d’une approche technique, au détriment d’une vision intégrée prenant en charge les dimensions économiques, commerciales, managériales et organisationnelles.
9. Digitalisation encore embryonnaire, limitée à des intentions plus qu’à des actions structurées.
10. Durabilité écologique peu valorisée, l’agroécologie et la préservation des écosystèmes n’étant pas encore au cœur des priorités.
11. Faible reconnaissance du métier de conseiller agricole, souvent considéré comme une simple extension technique plutôt qu’une profession à part entière.

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III. Enjeux et orientations stratégiques

Ces constats révèlent la nécessité de construire un conseil agricole et rural émancipé, c’est-à-dire : un conseil professionnalisé, efficace, efficient, durable, résilient et inclusif, ancré dans les terroirs, tiré par la demande des acteurs et soutenu par la science.

L’enjeu est double :
 Renforcer les capacités humaines et institutionnelles pour faire du conseil un pilier de la souveraineté agricole nationale ;
 Aligner le conseil sur les priorités de durabilité, d’innovation et d’équité territoriale.

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IV. Axes stratégiques de transformation

Axe 1 – Professionnaliser le conseil agricole et rural
 Institutionnaliser une option “Conseil Agricole et Rural” dans les écoles de formation à vocation agricole, vétérinaire, forestière, halieutique et environnementale.
 Créer des licences et masters professionnels en conseil agricole et rural dans les universités publiques et privées.
 Développer des programmes de recherche appliquée dédiés à l’innovation en matière de conseil.
 Mettre en place des fermes agro-sylvo-pastorales-écoles favorisant des stages immersifs en milieu réel, pour rapprocher la théorie et la pratique.

Axe 2 – Intégrer le conseil dans la dynamique
recherche–formation–développement

 Formaliser un cadre national et régional de coopération entre universités, instituts de recherche et agences d’appui rural.
 Inclure la dimension “impact du conseil” dans l’évaluation des chercheurs et enseignants.
 Créer un portefeuille de connaissances et de technologies co-géré par la recherche, la formation et les structures de conseil.

Axe 3 – Territorialiser et démocratiser le conseil
 Instituer, au niveau des terroirs, des équipes de transfert de connaissances composées d’universitaires, de chercheurs, d’agents de vulgarisation et d’élus locaux.
 Promouvoir la digitalisation inclusive du conseil sur l’ensemble du territoire.
 Renforcer les organisations professionnelles et interprofessionnelles, pour en faire de véritables co-producteurs du conseil.

Axe 4 – Asseoir une gouvernance et un financement durables
 Créer un Conseil national du conseil agricole et rural, avec des correspondants territoriaux.
 Mettre en place un Fonds de soutien au conseil agricole et rural, garantissant une autonomie financière progressive vis-à-vis des bailleurs.
 Assurer une traçabilité et une évaluation continue des performances du système de conseil.

Axe 5 – Promouvoir la durabilité et l’agroécologie
 Faire du conseil agricole un vecteur de transition agroécologique, garantissant la préservation des ressources naturelles et des capacités productives des écosystèmes.
 Encourager les pratiques de résilience climatique, la valorisation des savoirs endogènes et la promotion de la sécurité nutritionnelle.

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V. Conclusion

 L’Afrique francophone dispose de ressources humaines et scientifiques remarquables, de terroirs dynamiques et d’acteurs agricoles engagés. Ce potentiel ne demande qu’à être mieux connecté, coordonné et valorisé.
 Refonder le conseil agricole et rural, c’est restaurer le lien entre la science et le champ, entre la politique et le terroir, entre la connaissance et la pratique.
 C’est aussi faire émerger un modèle de conseil africain, autonome, durable et centré sur les besoins réels des producteurs.
- Un conseil émancipé est celui qui libère les potentialités du paysan et renforce la souveraineté du pays.
C’est le défi et la promesse d’une Afrique francophone agricole, résiliante et innovante.

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