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Dorian BAL : « Visit Rwanda, ou le soft power comme écran du pillage rwandais en RDC »

15 juin 2026
Dorian BAL : « Visit Rwanda, ou le soft power comme écran du pillage rwandais en RDC »
Dorian BAL, Consultant en Affaires publiques. Photo © DR.
Le 30 mai à Budapest, la finale de la Ligue des champions a vu s’affronter deux clubs sous le même sponsor : « Visit Rwanda ». Une marque qui sert de soft power à Kigali, directement impliqué à l’est de la République démocratique du Congo, dans une guerre d’agression, au mépris du droit international…

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Une contribution de Dorian BAL,
Consultant en Affaires publiques

Première publication de ce texte par Marianne.net, le 29/05/2026.

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Cette saison, le chef de l’État rwandais a multiplié les apparitions dans les stades européens : à Paris, au Parc des Princes, aux côtés de Nicolas Sarkozy, puis à Madrid, au Metropolitano, aux côtés du roi Felipe VI d’Espagne. Le 30 mai, il sera à Budapest. Pour la première fois, les quatre clubs en lice en demi-finale ont porté le logo d’un même pays. Ce calendrier ne doit rien au hasard.

À 6 000 kilomètres de ces tribunes, au début de 2025, près de 7,8 millions de Congolais avaient déjà fui leurs foyers, dans un contexte de massacres, de violences contre les civils et de déplacements massifs. Les experts mandatés par le Conseil de sécurité ont documenté l’implication du Rwanda aux côtés du M23. Devant ces accusations, les autorités rwandaises ont fait du soft power le cœur de leur dispositif, et du sport sa vitrine.

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Sport et lobbying,
la méthode Kagamé

« Visit Rwanda » n’est pas une simple marque touristique. C’est un instrument d’État, piloté par le Rwanda Development Board, l’agence chargée du tourisme et des investissements. Arsenal a ouvert la voie dès 2018, le PSG a suivi en 2019, le Bayern Munich en août 2023, puis l’Atlético en avril 2025. La logique s’étend aux autres disciplines. Kigali est partenaire fondateur de la Basketball Africa League, organise chaque année le Tour du Rwanda et a accueilli, en 2025, les premiers Mondiaux de cyclisme sur route jamais tenus en Afrique. Le message reste le même : occuper l’espace symbolique, imposer un récit de modernité et de rayonnement, et tenter d’effacer, par la communication, ce qui se joue de l’autre côté de la frontière.

Au sport s’ajoute un autre levier : le lobbying. Dès 2009, le pouvoir rwandais a signé avec l’agence américaine Racepoint un contrat de 50 000 dollars par mois pour élaborer une campagne promotionnelle aux États-Unis. En 2025, l’effort s’est poursuivi avec Yorktown Solutions, cabinet enregistré comme agent étranger, rémunéré 80 000 dollars par mois pour préserver l’accès au Congrès, au moment même où le rôle de Kigali auprès du M23 devenait de plus en plus difficile à nier.

Dans le même esprit, Tony Blair, ancien Premier ministre britannique, conseille Kigali depuis près de vingt ans. Son Institute for Global Change y entretient une équipe permanente, placée auprès de plusieurs ministères. Au Parlement européen, le groupe des « Amis du Rwanda », lancé en octobre 2010 sous l’impulsion de l’eurodéputé belge Louis Michel, a poursuivi la même logique : atténuer les résolutions, freiner les sanctions et neutraliser toute réponse politique à la hauteur de la crise congolaise.

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L’envers du décor
de trente ans le pouvoir

Cette stratégie de façade contraste avec la réalité du pouvoir rwandais. Réélu en juillet 2024 avec 99,18 % des voix, après l’exclusion de ses principales opposantes Victoire Ingabire et Diane Rwigara, Kagame dirige le Rwanda depuis trente ans, sans alternance réelle ni presse libre. Freedom House classe le pays parmi les États « non libres ». L’affaire Paul Rusesabagina, condamné à l’issue d’un procès politique, puis libéré en mars 2023 sous pression américaine, illustre à elle seule la nature de ce verrouillage.

Mais c’est à l’extérieur que la violence prend sa pleine mesure. Lors de la chute de Goma, fin janvier 2025, près de 3 000 combattants et civils ont été tués et 400 000 personnes ont fui en quelques jours. Entre 3 000 et 4 000 soldats rwandais ont combattu aux côtés de la milice M23, selon les experts onusiens. Depuis la prise, en 2024, de Rubaya, l’un des plus grands gisements de coltan au monde, le M23 y perçoit environ 800 000 dollars par mois grâce à la taxation de la production congolaise. La même année, l’or, à lui seul, a représenté 1,5 milliard de dollars à l’exportation, pour un pays dont la production aurifère nationale ne dépassait pas 350 kg par an. En bref, la guerre permet le pillage, et le pillage finance la guerre.

Selon Global Witness, jusqu’à 90 % de l’étain, du tantale et du tungstène certifiés par le système ITSCI au Rwanda proviendraient en réalité de la RDC. Mélangés à la production locale puis certifiés « sans conflit », ils alimentent les chaînes d’approvisionnement mondiales, jusque dans nos ordinateurs et nos téléphones.

Ce que financent
les contribuables

À cette économie s’ajoute une autre réalité : la campagne d’image est aussi financée, directement ou indirectement, par ceux qu’elle vise à tromper. Le Rwanda a reçu près de 188 millions de dollars d’aides américaines pour l’exercice 2023, et bénéficie d’un portefeuille actif de la Banque mondiale de 3,2 milliards de dollarshttps://www.worldbank.org/ext/en/co.... L’Union européenne lui a consacré 260 millions d’euros pour la période 2021-2024, complétés par 134 millions supplémentaires pour 2025-2027. La France, qui assure environ 15 % du budget de l’Union, contribue à cette enveloppe.

S’y ajoute une aide bilatérale relancée par Emmanuel Macron en 2021 : fin 2023, l’AFD avait déployé 504 millions d’euros au Rwanda, dans la santé, la formation et l’urbanisme. Il y a là une contradiction majeure entre les discours de principe et les flux financiers effectifs.

En février 2024, la Commission européenne a signé avec Kigali un mémorandum sur les matières premières critiques pour sécuriser ses approvisionnements. Les alertes des ONG ont été lancées. L’accord n’a pas été suspendu, seulement placé sous examen au début de 2025.

Le 30 mai, le logo s’affichera [s’est affiché, ndlr] pendant 90 minutes sur les écrans du monde entier. La guerre, elle, entre dans sa cinquième année. Face à cette entreprise de normalisation, doit désormais s’imposer une exigence élémentaire : la vérité sur l’agression, la fin de l’impunité et le respect de l’intégrité territoriale congolaise.

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https://www.africapresse.paris/3226

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