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#RAFparis - Dominique BRUNIN (CCFA) : « Le Maroc attend la France et les entreprises françaises sur le développement de l’ensemble de ses potentiels régionaux »

1er décembre 2019
Dominique Brunin, directeur du Développement des Relations extérieures » à la Chambre de commerce franco-arabe. © JLA
Faut-il que les entreprises françaises courent s’installer et se développer au Maroc ? Certes, le pays ne manque pas d’atouts non négligeables, mais il a aussi de nombreuses « fragilités » que Dominique Brunin, directeur du Développement des Relations extérieures à la Chambre de commerce franco-arabe (CCFA) a longuement détaillés lors d’un atelier « Maroc » dans le cadre des Rencontres d’affaires francophones & internationales, forum organisé jeudi novembre à Paris par Mission Internationale.

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Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

« Aujourd’hui, le Maroc, ce n’est pas que Casablanca, Rabat ou Tanger. Et clairement, les Marocains attendent la France et les entreprises françaises sur le développement de l’ensemble des potentiels régionaux du royaume, avec une stratégie de pôles sur des secteurs les plus attractifs dans telle ou telle région », comme l’agriculture à Fes-Meknès, a exposé Dominique Brunin, directeur du Développement des Relations extérieures à la Chambre de commerce franco-arabe (CCFA), lors d’un atelier « Maroc » dans le cadre des Rencontres d’affaires francophones & internationales, forum organisé jeudi novembre à Paris par Mission Internationale.

Nouvelles ouvertures

Et puis, a souligné cet expert, le Maroc qui a bien développé ses infrastructures ferroviaires, routières et aéroportuaires « est aussi très bien connecté, le réseau internet marche parfaitement ». En outre, la réflexion en cours sur la transformation du modèle économique marocain, demandée par Mohammed VI, a expliqué Dominique Brunin, « va certainement déclencher de nouvelles ouvertures, créer des appels d’air sur des secteurs et nous allons voir émerger de nouveaux domaines, comme la santé et notamment la e-santé, la formation professionnelle, le digital, la communication », etc., « avec de belles opportunités pour les entreprises françaises ».

Rayonner sur l’Afrique subsaharienne

Mieux encore, le Maroc offre « une possibilité réelle de rayonner, à travers les entreprises marocaines, sur l’Afrique subsaharienne, ce qui peut ouvrir de très belles perspectives ». Car en quelques années, ce pays – francophone - qui était « une puissance méditerranéenne » est certes devenu un « acteur de premier plan dans un certain nombre de domaine économiques, tels l’aéronautique, l’automobile, l’électronique, en plus de ses secteurs traditionnels de l’agriculture et de l’agroalimentaire » mais aussi « une puissance continentale africaine », « attendue très souvent par les pays d’Afrique subsaharienne ».

Les premiers investisseurs, ce sont les entreprises marocaines

Aujourd’hui, le premier investisseur dans des domaines importants en Afrique subsaharienne, « ce ne sont plus les entreprises françaises, mais les marocaines », a observé Dominique Brunin. Ainsi, a-t-il pointé, le groupe bancaire Attijariwafa « est en train de racheter petit à petit les réseaux de la Société générale et de BNP Paribas dans une partie des pays d’Afrique subsaharienne », et Itissalat Al-Maghrib, l’opérateur marocain de téléphonie, est désormais omniprésent dans la majorité des pays cette région du continent.

Mise en garde

Mais attention, a mis en garde Dominique Brunin, « le Maroc n’est pas un Eldorado, un pays dans lequel on peut arriver, poser ses bagages et commencer à faire du business. Aujourd’hui, c’est un marché concurrentiel, difficile ». « Quel que soit le domaine d’activité, a précisé cet expert, l’entreprise française va se retrouver confrontée à une concurrence internationale forte, car le Maroc est devenu attractif, et à une vraie concurrence locale maroco-marocaine, avec une nouvelle génération d’hommes d’affaires souvent formés en France ».

Pas facile de faire des affaires

Et « ce n’est pas parce que vous êtes une entreprise française que vous pouvez considérer que tout va se faire rapidement et facilement », a-t-il prévenu, avant de dérouler : « Non, il n’est pas facile de faire des affaires au Maroc. Il y a un droit marocain et des réglementations administratives très contraignantes » qu’il vaut mieux respecter, car faute de quoi « vous risquez de vous retrouver dans des situations très-très compliquées. Évitez à tout prix de devoir aller devant des tribunaux marocains, car là vous risquez de mettre le doigt dans un engrenage dont vous ne savez pas comment vous en sortirez ».

Formalisme complexe et pesant

Et puis, « il y a un formalisme encore très complexe et pesant : la légalisation, la certification, le coup de tampon pour les signatures. Il faut savoir le maîtriser, car sinon vous risquez de vous faire retoquer des documents. » Sans oublier qu’il y a aussi « des seuils de décisions à franchir : au niveau ministériel, vous avez des gens très capés, très performants, très compétents… mais le risque est ensuite de se retrouver dans d’autres strates administratives qui auront moins de capacités ou de pouvoir de prise de décision ».

Croiser, re-croiser et re-re-croiser

Enfin, lorsque l’on prépare une implantation ou que l’on est déjà au Maroc, « il faut toujours vérifier et faire valider ce que l’on vous dit, notamment dans le domaine du droit foncier et immobilier, a martelé Dominique Brunin. Il faut toujours croiser, re-croiser et re-re-croiser l’information que l’on vous donne pour être certain qu’elle est exacte. Et surtout, il faut impérativement ne pas hésiter à se faire conseiller par des Marocains, des avocats, des fiscalistes, des notaires, des cabinets conseil ».

Commission spéciale sur le modèle de développement

A n’en pas douter, des réponses à toutes ces « fragilités  » figureront au programme de la nouvelle Commission spéciale sur le modèle de développement dont Mohammed VI a confié la présidence à son ambassadeur en France, Chakib Benmoussa (diplômé de l’École Polytechnique française). Car le royaume souffre d’une « fragilité  » encore plus grande : si depuis l’accession au trône de Mohammed VI, il y a 20 ans, le Maroc s’est considérablement développé et transformé, les inégalités sociales, le taux de pauvreté, l’illettrisme, la formation et notamment la formation initiale, continuent de peser lourdement sur la société marocaine. Cette « faiblesse  » due à un « manque de résultat social », « pourrait nourrir un terreau fertile à une certaine instabilité », a observé Dominique Brunin...

Rencontre à Haut niveau France-Maroc, le 19 décembre à Paris

A noter que le 19 décembre aura lieu à Paris, la Rencontre à Haut niveau France-Maroc, un rendez-vous qui a lieu tous les deux ans, coprésidée par les Premiers ministres français et marocains pour faire un bilan des actions de coopération. « Celles-ci, a noté Dominique Brunin, sont extrêmement nombreuses, couvrent tous les domaines (administration, territoires, économiques, sociaux, formation). C’est un bilan d’étape très important, avec une diversité et une richesse des coopérations entre les deux pays tout à fait considérables ». Le volet économique du 19 décembre est organisé par le groupe des hommes d’affaires France-Maroc, émanation à la fois du patronat marocain et du Medef.

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