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Diane Binder (CPA) propose un « contrat d’action » pour les villes durables en Afrique, thème du sommet Afrique-France de 2020

21 septembre 2018
Diane Binder, membre du CPA, lors de son discours de clôture de la récente conférence de Medef International dédiée aux villes durables en Afrique. © AM/APP
Vice-présidente du développement international Afrique et Océan indien du groupe Suez, Diane Binder a eu la charge de prononcer le discours de clôture de la récente conférence organisée par Medef International sur le thème des villes durables en Afrique. Intervenant en sa qualité de membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (1), Diane Binder a mis en exergue la complexité et la prégnance des défis, et s’est attachée à proposer des pistes pour un « contrat d’action » innovant, ouvert, participatif et ambitieux.

Synthèse du discours de Diane BINDER
Membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA)

« Pourquoi les villes africaines sont-elles au coeur de la relation entre la France et le continent africain ? Pourquoi le Président Emmanuel Macron a-t-il fait de la « Ville Durable » le thème du prochain sommet Afrique-France, en 2020 ? Pourquoi ce thème est-il en vogue tout à la fois en France, en Afrique, auprès des institutions financières internationales, et dans les réunions multilatérales tant sur le climat que sur l’habitat, ou encore sur les énergies renouvelables ?

Parce que l’urbanisation est l’un des problèmes les plus importants en matière de développement durable. Les villes sont des espaces où tous les Objectifs de développement durable (2) peuvent être intégrés pour apporter des solutions holistiques aux défis de la pauvreté, de l’exclusion et du changement climatique.

Il s’agit de faire notre possible pour que les villes soient l’espoir, et non pas l’impasse du continent africain.

Les exposés d’aujourd’hui ont été riches (3), la Task Force Ville Durable pilotée par Gérard Wolf est très active sur le sujet avec plus d’une centaine d’entreprises françaises régulièrement présentes aux réunions ou au sein des délégations et, plus largement, un peu partout en Afrique on constate une grande vivacité des discussions sur la ville durable.

Dans des pays comme le Rwanda, le Ghana, l’Éthiopie, le Kenya ou l’Afrique du Sud, l’approche est marquée par un fort tropisme technologique. Pour autant, il ne faut pas s’y tromper, il s’agit aussi et surtout de trouver des solutions en infrastructures à une multitude de défis : la congestion des villes, le déficit de services sociaux et environnementaux, le manque de logements abordables, l’absence d’éclairage public, la pollution, etc.

Ici, nous touchons d’ailleurs à des problématiques plus larges que celles de la ville – le financement de projets, l’absence de gouvernance claire dans les pays bénéficiaires, le manque de compétences dans la structuration de projets et, de manière plus large, l’accès à des ressources humaines formées aux métiers techniques, économiques et juridiques que requièrent les projets liés à l’aménagement de la ville.

Tout cela, nous le savons, et nos entreprises y travaillent, ainsi que les différents outils de notre diplomatie économique – le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’Agence française de développement, la Direction générale du Trésor.

Cinq thèmes et deux propositions
pour un « contrat d’action »

Pour ma part, je retiens cinq marqueurs constitutifs de la ville durable, soit autant de lignes d’action :

Logistique et mobilité - Faire circuler les biens et les personnes, de la manière la plus fluide qui soit, avec des solutions à faible émission de carbone.

Eau, assainissement, drainage pluvial, traitement des déchets et production d’énergie - Agir pour des villes propres, où tous les citoyens ont accès à des services essentiels.

Logements - La nécessité de construire des logements abordables pour les populations, et la nécessité de réfléchir à des aménagements bioclimatiques.

Cadre de vie - La rénovation de l’espace public, création espaces verts, agriculture en ville, culture urbaine, sport : de nombreuses associations citoyennes se mobilisent d’ailleurs pour le climat, des associations d’art contemporain qui « habillent » la ville fleurissent dans de nombreux pays à l’instar de Doual’art (Doula, Cameroun), un projet de plate-forme sport et développement, impulsé par le CPA, est d’ailleurs en train de voir le jour pour créer des infrastructures sportives de proximité au service du développement.

Gestions des données - Compteurs communiquants, gouvernance électronique de données géospatiales pour les problèmes de foncier et de mobilité, procédures administratives de e-gouvernement.

Sur l’ensemble de ces thèmes, et dans le rôle aussi d’impulsion qu’est celui du CPA, j’ai deux propositions à vous faire, deux propositions d’un contrat d’action.

Excellence française et développement
pérenne des villes africaines

1 - S’il s’agit de soutenir l’expertise et l’excellence française que nous représentons, il s’agit aussi, et c’est notre responsabilité, de penser au développement pérenne des villes africaines.

À court terme, nous avons sans doute une valeur ajoutée ; nous l’aurons d’autant plus sur le moyen-long terme que nous aurons contribué à renforcer les écosystèmes locaux – institutionnels, corporate, associatifs, de financement.

Il s’agit de faire émerger des solutions pérennes dédiées à l’Afrique, à l’écoute de l’Afrique, souples, agiles, inclusives. Ces solutions sont souvent portées par des acteurs non-étatiques : collectivités, entreprises, organistions non-gouvernementales, syndicats, communauté scientifique, représentants des organisations agricoles, de la jeunesse, des peuples autochtones et des femmes, des start-up et des PME africaines, tous engagés dans la lutte contre les changements climatiques et pour l’urbanisation durable.

Créer un espace d’innovation ouverte

Je souhaite vous inviter à contribuer à créer cet espace d’innovation ouverte, pour créer ensemble des laboratoires d’innovation sociale et urbaine.

> Organiser deux fois par an, d’ici à 2020, une conférence qui associe les start-up, PME (partenaires, sous-traitants), associations citoyennes de votre écosystème en France comme en Afrique, et poursuivre les échanges grâce à des communautés dédiées.

Nous avons pour cela un outil, grâce à l’Agence française de développement, et au Conseil présidentiel pour l’Afrique qui y a contribué : Digital Africa. L’idée étant d’élargir les échanges et d’avoir une approche d’innovation ouverte communautaire, qui permette d’impliquer plus de monde, au-delà des événements.

> Renforcer le lien entre start-up incubées et les grandes entreprises pour codévelopper des solutions. Réfléchissons ensemble à la manière de démultiplier ces liens essentiels, pour que nos entreprises investissent dans l’innovation locale, permettent à des start-up de développer des preuves de concept, leur donner un moyen de tester leurs solutions et une profondeur de marché, et que nous ayons accès à des solutions et à des segments de marché que les grandes entreprises ne sauraient proposer autrement.

Vers des Instituts franco-africains de la ville durable ?

2 - Promouvoir la formation professionnelle - Tous s’accordent sur les principaux goulets d’étranglement des projets villes durables : les compétences locales, la structuration de projets bancables, et la gouvernance de ces projets (notamment pour une meilleure prise en compte des risques liés au changement climatique dans la planification urbaine et le développement des villes).

Pour y répondre, je vous invite à contribuer davantage à des programmes de formation. De nombreuses organisations s’y attellent déjà : c’est le cas de HEC pour des formations en management, et celui de Meridiam avec son initiative de Africa Infrastructure Fellowship Program.

Mais il faut aussi renforcer la formation technique et professionnelle, imaginer peut-être un socle commun de formation technique (à l’image peut-être du Centre de Formation des Apprentis, développé par l’Éducation Nationale), pour nos partenaires et sous-traitants, pour accompagner aussi la formalisation d’acteurs qui sont aujourd’hui dans l’économie informelle, afin d’améliorer la position des pays dans les chaînes de valeur. Le Medef International a lancé une initiative en ce sens, dans le cadre du programme PADE de la Banque Mondiale.

Nous réfléchissons par ailleurs avec Patrice Fonlladosa [président Afrique et Moyen-Orient de Veolia, et président du comité Afrique de Medef international, ndlr] et ses équipes, et quelques autres, à la possibilité de proposer une initiative pilote en ce sens dans l’année qui vient, qui pourrait peut-être déboucher sur des Instituts franco-africains de la ville durable.

Voilà le sens de mon message : vous dire que le Conseil présidentiel pour l’Afrique, dans son rôle d’impulsion et de lien permanent avec les sociétés civiles africaines, peut contribuer à décloisonner la réflexion sur la ville durable, à imaginer avec vous mais aussi avec nos homologues en Afrique et l’ensemble des acteurs de la société civile, les mécanismes et les projets qui permettront de faire de la France un partenaire privilégié, de confiance et de long terme, sur la Ville Durable. »

Diane BINDER

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(1)

« Outil de concertation », le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) « va donner à son action une dimension plus importante »

En préambule de son discours de clôture de cette conférence de MEDEF INTERNATIONAL sur les villes en Afrique, Diane BINDER a rappelé à l’assemblée des participants le rôle du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), dont elle est membre.

« Le CPA a été créé comme un outil de concertation et d’aide à la décision, pour transmettre une vision différente de la relation entre la France et le continent africain, tournée vers l’avenir et vers les attentes des jeunesses africaine et française.

Le CPA a contribué au renouveau de la relation entre la France et l’Afrique en captant les perceptions des sociétés civiles et des jeunesses africaine et française, en formulant des recommandations d’actions sur des secteurs d’avenir et en permettant la mise en réseau d’acteurs ou de personnalités souhaitant s’engager dans l’édification d’un partenariat d’intérêts partagés entre la France et l’Afrique.

Pour cela, le CPA a été acteur de plusieurs des événements les plus structurants de cette relation, et a développé un lien permanent avec les sociétés civiles impliquées dans le renouveau des relations entre notre pays et le continent. Ces actions lui ont permis d’appuyer la concrétisation des engagements présidentiels pris lors du discours de Ouagadougou et d’apporter un éclairage au Président de la République sur les enjeux de la relation entre l’Afrique et la France.

Le CPA va donner à son action une dimension plus importante en fortifiant les liens avec les sociétés civiles française et africaine, en accentuant la diffusion de ses messages et de son identité propre auprès du grand public, et en renforçant sa mobilisation sur les priorités présidentielles conformément au cadre défini à Ouagadougou. »

Diane BINDER

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2 - ODD est le sigle désignant les 17 Objectifs de développement durable établis en septembre 2015 par les États membres des Nations unies. Rassemblés dans « l’Agenda 2030 », les ODD définissent les cibles à atteindre à l’horizon 2030. 

3 - Voir notre article :
Gérard Wolf : « Medef International a décidé d’être un acteur moteur de la ville durable en Afrique »

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