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Denis Deschamps : « Paris est une capitale africaine ! »

2 février 2025
Denis Deschamps : « Paris est une capitale africaine ! »
Le 20 janvier, l’Alliance des Patronats Francophones (APF) a présenté ses vœux à l’Hôtel de Béhague, Résidence de la Roumanie à Paris. Sur la photo, durant le mot d’accueil de Madame Ioana Bivolaru, Ambassadrice de Roumanie en France, on reconnaît, à sa gauche, M. Thani Mohamed-Soihili, ministre français délégué à la Francophonie, et M.Geoffroy Roux de Bézieux, Président de l’APF. En arrière-plan, on reconnaît M. Didier Deschamps au côté de Mme Tania Bénédicte M’Baka, Directrice de l’association Migrations & Climat, et de M. Étienne Giros, Président du CIAN. Photo © AM/APP - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
« Paris, une capitale économique africaine… » écrivions-nous dès août 2017 dans le texte fondateur de notre site… Sept ans et demi plus tard, notre ami Denis Deschamps conforte cette assertion, en se fondant sur quelques exemples non-exhaustifs d’événements afro-parisiens du seul mois de janvier. Un CQFD qui pourrait aujourd’hui sembler contre-intuitif, mais tellement vrai !

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Une contribution de Denis Deschamps,
membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer

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Le désamour constaté aujourd’hui entre la France et l’Afrique se nourrit de diverses causes internes et également de jeux d’influences externes, et conduit les plus avertis à proposer des pistes d’amélioration raisonnée, ainsi que l’a fait le Professeur Achille Mbembe, qui a récemment invité les africains à se « purger du désir d’Europe » en vivant et se déplaçant essentiellement sur leur continent.

Même si tout cela peut sembler cohérent sans être toujours évident, on peut regretter que l’accent soit le plus souvent mis sur ce qui nous sépare de l’Afrique, plutôt que sur ce qui nous y unit. Pourtant, quand on fait par exemple le décompte des événements qui sont consacrés à l’Afrique à Paris, on constate qu’il y a chaque jour quelque chose qui s’y passe et qui est en rapport avec l’Afrique.

Sans prétendre à l’exhaustivité ou même simplement à l’objectivité, on évoquera ainsi trois événements parisiens, d’inégale importance, qui ont eu lieu les mercredi 22 et jeudi 23 janvier 2025 et qui traitent d’Afrique sur le plan culturel, d’un point de vue économique et enfin sous l’angle mémoriel et politique.

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Des exemples récents d’événements
d’intérêt africain à Paris

Tout d’abord, la culture dans la capitale de la France, qui abrite l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), où, à l’initiative de la délégation du Togo et du RAPEC – Réseau africain des promoteurs et entrepreneurs culturels –, une Journée mondiale des cultures africaines et afro-descendantes (JMCA) a été organisée le mercredi 22 janvier 2025 pour unir les africains à leurs descendants présents dans le monde entier. À cet égard, on citera la gouvernance du GRULAC (Groupe Amérique latine et caraïbes) à l’UNESCO, qui, lors de la séance inaugurale de cette importante manifestation, a déclaré que « nous sommes tous des afro-descendants ».

John Ayite Dossavi, Président du RAPEC, et Denis Deschamps, à l’Unesco à l’occasion de la Journée mondiale des cultures africaines et afro-descendantes (JMCA), mercredi 22 janvier 2025 - Photo © DR - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR

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Aussi, comme l’a rappelé Charles Koffi Azilan, chargé d’affaires du Togo auprès de l’UNESCO, l’Afrique est le berceau commun pour une humanité reconciliée, au-delà de la marque historique de l’esclavage qui a contribué à la diffusion des cultures africaines dans le monde. Il a en particulier souligné que la Charte de Khartoum (Soudan) du 24 janvier 2006 sur le renouveau de la culture africaine pouvait ainsi être une « arme de construction massive » devant servir de fondement aux actions concrètes du RAPEC, par exemple l’organisation d’un prix RAPEC-JMCA, que son Président, John Ayite Dossavi, a présenté à l’UNESCO.

L’ambassadeur du Rwanda en France, François Nkulikiyimfura, Président du groupe Afrique à l’UNESCO, a ensuite souligné la grande richesse des patrimoines africains, issus d’héritages ancestraux et qui sont un creuset de cultures et le cadre d’une fraternité intergénérationnelle, entre les jeunes et leurs aînés. Selon François Nkulikiyimfura, la culture africaine, fondée sur le dialogue, est synonyme de réconciliation et de paix, autrement dit elle est un pilier essentiel du développement humain durable.

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En 2025, plus d’Afrique
dans l’économie mondiale

L’équipe de l’AFD qui a présenté le nouvel ouvrage sur « L’économie africaine 2025 ». De gauche à droite, sur la photo : Mme Sandra Kassab, Directrice Afrique ; M. Thomas Melonio, Chef économiste ; M. Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD ; M. Paulin Yonta, Professeur à l’Université de Yaoundé (Cameroun). Photo © AM/APP - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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Ensuite, l’économie, sujet absolument central de la relation entre la France et les 54 pays du continent. Parmi d’autres acteurs, l’AFD (Agence française de développement), dont les moyens budgétaires viennent d’être très sensiblement réduits, réalise ainsi chaque année un panorama économique du continent. La dernière édition, intitulée « L’économique africaine 2025 » (Edition La Découverte, collection Repères), a été présentée le jeudi 23 janvier 2025 par Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD, avec Thomas Melonio, Chef économiste, Sandra Kassab, Directrice Afrique, ainsi que Paulin Yonta, Professeur à l’Université de Yaoundé (Cameroun).

Conçue par l’AFD comme un « Tout Afrique », l’Afrique devrait connaître ainsi un « frémissement » en 2025, avec des perspectives de croissance (plus de 4%) qui sont supérieures à celle de l’Europe et de l’Amérique, même si elles restent inférieures à celle de l’Asie (4,4 %). Aussi, la part de l’Afrique dans l’économie mondiale tend à s’accroître, même si la croissance par habitant progresse à un moindre niveau.

Par rapport à ce constat d’ensemble dressé par Rémy Roux, certaines continuités ont été rappelées par Thomas Melonio :

1. Les économies diversifiées (comme le Bénin, la Côte d’ivoire, la Tanzanie, le Rwanda…) sont plus résiliantes que celles qui ne se sont pas lancées dans une stratégie d’industrialisation.

2. Les conditions de financement des économies africaines restent difficiles, compte tenu d’une situation d’endettement élevé des économies, alors même que les taux d’intérêt tendent à augmenter.

3. Les marchés internationaux de ressources ont toujours un impact majeur sur les économies du continent (par exemple, le pétrole et le gaz au Sénégal, le cuivre pour la RD Congo, l’or pour le Ghana et le Mali…) dans un contexte d’accroissement des incertitudes (intensification des conflits armés, comme au Soudan).

4. Les petites économies africaines s’avèrent sensiblement plus agiles et dynamiques que les grandes…

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Une nécessaire stratégie
africaine pour l’IA

En tant que moteur de développement, l’intelligence artificielle (IA) peut constituer une bonne opportunité pour l’Afrique, en particulier pour des secteurs comme la santé (imagerie médicale) et l’éducation (simulations pour la formation), ainsi que pour l’économie (amélioration de la productivité) et la politique (planification stratégique).

Mais, comme l’a évoqué Paulin Yonta, elle comporte aussi des risques, s’agissant de la perte de contrôle des citoyens sur leurs données personnelles, ou du danger réel de la colonisation numérique, qui peut faire de l’Afrique un simple consommateur d’IA, alors même que les 2 000 langues africaines sont très peu intégrées dans les bases de données numériques mondiales utilisées par les IA dominantes, et que la recherche est dans l’ensemble largement sous-financée en Afrique.

C’est pourquoi la mise en œuvre d’une stratégie africaine d’IA paraît nécessaire, par exemple au Sénégal, pour développer les infrastructures et assurer la formation des ressources humaines nécessaire pour la restructuration des emplois par rapport aux nouvelles formes de travail.

À cet égard, Sandra Kassab a souligné que la résilience africaine face aux défis mondiaux devait se fonder sur des solutions africaines, soutenues par des financements non souverains. Par exemple, le développement, grâce à un apport de l’AFD (80 millions d’euros) et le support technique de BPI France avec Expertise France (idem au Bénin et au Sénégal), comme l’a précisé Papa Amadou Sarr, Directeur exécutif de l’AFD, d’un guichet unique en Côte d’ivoire pour accompagner les entrepreneurs ivoiriens. De même pour soutenir la mise en place de trajectoires de décarbonation, en lien avec les acteurs locaux (par exemple : centrales photovoltaïques développées en Tanzanie, mise en place d’un programme hydrogène au Maroc avec l’OCP…).

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Question mémorielle et
gouvernance politique

En 2025, se présenteront en fait de nouveaux défis mondiaux de transformation obligée des économies africaines, au bénéfice de la résilience de ses populations, moyennant le renforcement des chaînes de valeur et de l’employabilité de la main-d’œuvre locale par la formation. Par rapport à ces enjeux, la France devrait pouvoir jouer un rôle éminent, mais à condition d’un partenariat entre égaux, de part et d’autre de la Méditerranée qui devrait nous unir plus qu’elle nous sépare (Mare Nostrum). Mais il reste alors à traiter la question politique, au-delà du mémoriel.

La salle des Séances de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, lors de la conférence dédiée à la décolonisation des savoirs, le 23 janvier 2025. Photo © DD - CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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La question mémorielle est en effet régulièrement évoquée à Paris dans de nombreuses enceintes comme l’ASOM (Académie des sciences d’outre-mer) qui traitait jeudi 23 janvier 2025 de la décolonisation des savoirs après les indépendances et du partenariat culturel pérenne qu’il convient toujours de bâtir avec une Afrique à la fois responsable et durable.

Il s’agit là en effet d’un sujet important que les diasporas africaines ne manquent d’ailleurs jamais de discuter lorsqu’elles se réunissent dans la capitale en présence de politiques et de personnalités françaises et étrangères.

Mais cela ne règle pas nécessairement la question du politique, qui reste posée en France du fait d’un appareil gouvernemental dont la stratégie peut paraître illisible à certains Africains, qui semblent eux-mêmes avoir subi un recul démocratique au cours de ces dix dernières années.

L’Afrique qui s’est constituée après les indépendances paraît en effet avoir un problème de gouvernance politique, qui se traduit le plus généralement par une absence d’alternance politique et des manques criants par rapport à la constitution d’un véritable État de droit – avec une loi égale pour tous –, à la mise en place de la séparation des pouvoirs, à la prise en compte des aspirations de la population à partir d’élections libres et transparentes, ainsi que du droit de manifester et de contredire les autorités en place.

Compte tenu notamment de son histoire, Paris peut alors sans doute être le lieu idéal, en tant que capitale africaine, où des discussions constructives peuvent s’engager et doivent ensuite se prolonger pour que les choses évoluent positivement sur le continent africain. Il faut garder espoir ; cela va aller.

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NOTE DE LA RÉDACTION
par Alfred Mignot, Directeur-fondateur de Africapresse.paris

Pour n’être pas exhaustif, cet article de notre ami Denis Deschamps n’en est pas moins une illustration tout à fait pertinente de cette réalité d’un « Paris, capitale africaine », constat fondateur dès août 2017 de notre site www.africapresse.paris : « Paris, une capitale économique africaine : chaque semaine se tiennent à Paris des fora et colloques sur les pays africains, des rencontres pour le financement de leurs plans de développement, des expertises institutionnelles, des coopérations et des projets de coproduction dans le secteur privé, et cela dans tous les domaines : numérique, énergies renouvelables, climat, santé, gouvernance, sécurité, éducation… Autant de réalités qui font de Paris l’une des capitales économiques les plus opérationnelles de l’Afrique en devenir. »

Pour finir, j’ajouterai à la liste de Denis Deschamps la tenue de la XVIe Conférence des Ambassadeurs africains de Paris (créée par nous), dédiée cette fois à l’Afrique de l’espace, qui s’est tenue le 29 janvier au Conseil supérieur du Notariat, et dont nous publierons ici-même le lien de Replay dans les prochains jours.

Des événements importants sont encore annoncés en février, notamment celui dédié à l’agriculture (organisé par l’ancienne ambassadeure du Gabon à Paris, Mme Liliane Massala) et celui dédié aux « Repats », organisé par le Club Efficience.
Et le 19 mars se déroulera notre XVIIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris, sur le thème :
« Infrastructures, entreprises, santé, climat : l’impact
de Trump et les nouveaux défis du financement de l’Afrique »

dont nous ferons connaître le panel prochainement.

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