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Denis DESCHAMPS : « Le monde change à grands pas… la relation de la France avec l’Afrique aussi doit évoluer ! » (Volet 1/3)

10 avril 2026
Denis DESCHAMPS : « Le monde change à grands pas… la relation de la France avec l'Afrique aussi doit évoluer ! » (Volet 1/3)
Denis DESCHAMPS participant à une Conférence des Ambassadeurs de Paris, à l’Académie des Sciences d’Outre-mer, dont il est membre. Photo © APP
Les 11 et 12 mai 2026 se tiendra le prochain Sommet Afrique-France, à Nairobi (Kenya). Intitulé « Africa Forward », il souligne l’intérêt des autorités françaises pour une « autre » Afrique, distincte du traditionnel champ francophone. Nous publions ici « L’Afrique dans le grand désordre mondial », premier volet d’un triptyque dédié à ce continent « en mouvement ».

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Par Denis DESCHAMPS,
Membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer
et de l’Académie d’Intelligence économique,

pour AFRICAPRESSE.Paris

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Ce rituel incontournable de la relation de la France avec le continent africain se situe aujourd’hui dans un contexte international difficile, dont la guerre israélo-américaine avec l’Iran est le dernier grand marqueur, après le conflit russo-ukrainien dont on mesure également les conséquences en Afrique.

Cette conjoncture géopolitique, engendrée par le grand chambardement international déclenché par la nouvelle administration américaine, vient ainsi s’ajouter aux interrogations qui ont émergé sur l’« agenda transformationnel » impulsé par Emmanuel Macron, Président de la République Française, depuis son discours de Ouagadougou (Burkina-Faso) en novembre 2017.

Nous pouvons alors, à juste titre, nous poser la question de la « déconstruction » de cette relation France-Afrique, au moins pour ce qui concerne la relation de notre pays avec les 54 États du continent.

1/3 - L’Afrique dans le grand désordre mondial

L’Afrique est indéniablement immergée dans la mondialisation, mais elle semble plutôt la subir que d’en tirer de véritables bénéfices.

Le contexte géopolitique actuel en est ainsi un révélateur, en ce qu’il accélère des tendances de fond qui ne vont pas nécessairement à l’avantage du continent.

2025 a été une année de ruptures avec l’ordre international bâti après 1945, à la fois géopolitiques, économiques, climatiques… 80 ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, l’année 2025 s’est ainsi achevée dans un climat général d’incertitude, et 2026 a commencé avec de nouvelles certitudes pour se poursuivre maintenant dans la confusion générale créée par une intervention israélo-américaine en Iran, dont on ne voit pas vraiment l’issue.

Selon Pierre Haski dans son ouvrage récemment paru (2026), on vivrait « la fin d’un monde », comme nous avons connu « la fin de l’histoire » avec Francis Fukuyama en 1992.

Le monde actuel est, de fait, dans une logique de très forte évolution : les frontières sont amenées à changer et les grandes zones d’influence stratégique avec elles, compte tenu de tendances structurelles particulièrement lourdes (rythme de croissance, niveau de la dette, dérèglement climatique, accès aux ressources, développement de l’intelligence artificielle…) qui se sont accentuées avec le nouveau mandat de Donald Trump (dont la politique fondée sur une gestion transactionnelle des relations internationales semble avoir un succès pour le moins relatif…) et la recomposition des alliances (montée des BRICS+ (1) et du « Sud Global », délitement de l’Alliance atlantique…) :

De 3 % en moyenne aujourd’hui, la croissance mondiale est très inégalement répartie, et connaît un net tassement par rapport à la période 2000-2019, qui pourrait s’accentuer avec la crise au Moyen-Orient ;

Totalisant un montant de 59 000 milliards USD, la dette souveraine OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) pèse sur l’avenir de l’économie mondiale (pour mémoire, les États et entreprises ont emprunté en 2024 plus de 25 000 milliards USD ; soit 10 000 milliards USD de plus qu’avant la pandémie du Covid 19) ;

Les catastrophes climatiques représentent désormais 220 milliards USD de pertes annuelles, et ce phénomène devrait empirer ;

La compétition stratégique des puissances autour des ressources critiques tend à très fortement augmenter (terres rares contre pétrole) …

Dans ce contexte très incertain d’un monde qui se redessine (2), l’Afrique -à la fois convoitée (en particulier, pour ses matières premières et également pour le coût relativement bas d’une main d’œuvre bien formée) et fragile (25 pays africains sur 54 dépassent un ratio dette/PIB de 60% : le service de la dette de ces pays absorbe ainsi pratiquement le budget des États) doit s’employer à devenir un acteur stratégique central, plutôt qu’un terrain de compétition et de lutte d’influence entre de grands acteurs extérieurs au continent.

Cependant, pour que cela puisse se traduire par autre chose que des discours et autres déclarations, encore faut-il que le continent africain puisse véritablement tirer parti des recompositions économiques actuelles :

 en parlant d’une seule voix (ce que l’UA, l’Union africaine peine aujourd’hui à démontrer, pas plus qu’elle n’arrive à créer un véritable cadre africain homogène (3) ;

 en accélérant son industrialisation, moyennant la transformation locale des produits, en particulier ceux issus de l’agriculture (4) et sa souveraineté économique (par rapport aux différentes puissances étrangères, dont les géants du numérique comme META et autres entreprises du GAFAM) ;

 en consolidant / accélérant son intégration économique grâce à la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine), qui doit au minimum conduire à développer le commerce intrarégional dans les grandes sous-régions du continent (CEDEAO, CEEAC, COMESA, CAE…).

On soulignera également deux autres défis majeurs pour le continent – qui est bien « une Afrique en mouvement », contrairement à ce que certains malintentionnés peuvent vouloir faire croire –, c’est-à-dire : la Jeunesse (pour mémoire, en 2050, la moitié de la population mondiale de moins de 25 ans sera africaine) et le Climat (avec les conséquences que cela peut avoir pour la sécurité des populations vulnérables, en particulier les femmes, tant sur le plan alimentaire que pour la santé, sachant qu’elles sont le pilier de l’économie domestique et aussi le pivot de leur famille…).

Par rapport à cette Afrique changeante, plongée aujourd’hui dans la mondialisation, mais sans réelle visibilité quant à l’avenir, il faut donc savoir saisir les potentiels importants du continent (marchés de consommation qui, avec la main d’œuvre locale formée, constituent des points d’impulsion importants…), en y faisant les investissements qui sont nécessaires pour relever le défis de la croissance (industrialisation de la production agricole, développement des infrastructures et des technologies…).

Mais, à cet égard, faut-il encore rappeler qu’à ce jour, l’Afrique (18% de la population mondiale actuelle) attire moins de 3 % de investissements mondiaux, quand il faudrait que des investissements « patients » (c’est-à-dire sans préoccupation de « sortie » rapide, avec des gains), y compris locaux, puissent soutenir son développement économique.

Aussi, pour cela, les entreprises doivent pouvoir être, en première ligne de ce nouveau narratif de l’Afrique avec l’Europe, la France (par exemple, dans le domaine de l’exploitation des données spatiales, pour pouvoir prévenir les conséquences du changement climatique…) ; ce d’autant qu’en Afrique, elles sont partout en croissance.

Car le XXIe siècle ne se fera pas sans l’Afrique, en particulier pour une Europe avec laquelle ce « continent des possibles » a un passé commun et qui doit donc pouvoir développer avec elle des complémentarités économiques, sur un mode « gagnant-gagnant », grâce à des partenariats équilibrés, que seul le secteur privé à la capacité et l’agilité de mettre en place.

Parmi les secteurs qui constituent un enjeu économique pour l’Afrique et ses partenaires comme la France, on citera : l’agro-industrie (avec une amélioration nécessaire de la productivité agricole d’un continent qui importe encore chaque année 50 milliards d’euros de produits alimentaires) ; l’énergie (avec le développement d’énergies renouvelables, comme le photovoltaïque, pour assurer la production d’électricité) ; les infrastructures numériques et la logistique des transports ; la santé et le médical / pharmaceutique (l’Afrique importe encore aujourd’hui 80 % des médicaments dont elle a besoin).

Le Sommet « Africa Forward » organisé les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi (Kenya) se situe dans cette perspective « business », avec 2 000 entreprises qui sont attendues sur place (5) pour une journée qui sera spécifiquement consacrée à la « diplomatie commerciale » de la France, dans la dynamique du soutien apporté par notre pays à l’investissement productif chez ses partenaires africains.

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1 - Les BRICS+ regroupent dix pays, c’est-à-dire des grands émergents (Brésil, Chine, Inde, Indonésie), des puissances régionales (Afrique du Sud, Égypte, Iran, Russie), une pétromonarchie (Émirats arabes unis) et un État précaire à forte croissance économique (Éthiopie).

2 - Nous ne vivons pas cependant pas la pire période de l’Histoire. Ne serait-ce que par rapport à l’horrible XIVe siècle en Europe ou le XIIe siècle avant JC en Méditerranée orientale.

3 - Le prochain Sommet de l’UA se tiendra en Égypte, en juin 2026.

4 - Malgré ses immenses ressources agricoles, l’Afrique importe des produits alimentaires manufacturés ou bien produits localement par des multinationales de l’agro-business.

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LES LIENS DES TROIS ARTICLES DU TRIPTYQUE :

 Denis DESCHAMPS : « Le monde change à grands pas : la relation de la France avec l’Afrique aussi doit évoluer ! » (1/3)

 Denis DESCHAMPS : « L’Afrique se transforme dans un monde en ébullition » (2/3)

 Denis DESCHAMPS : « Les entreprises françaises peuvent se développer en Afrique, malgré un contexte mondial compliqué » (3/3)

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra le mardi 12 mai (18 h - 20 h).

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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Contact partenariats et candidats panélistes :
alfred.mignot@africapresse.paris

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