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En direct du festival Dansem 2011, à Marseille et région

Danya Hammoud, chorégraphe libanaise :
« Quand mon territoire re-devient mon corps »

Liban | 1er novembre 2011 | src.leJMed.fr
Beyrouth - Invitée à participer à la quatorzième édition du festival Dansem (danse contemporaine en Méditerranée) qui se tient jusqu’au 9 décembre 2011 à Marseille et sa région, Danya Hammoud nous parle des projets dans lesquels elle est engagée au côté de l’Officina, atelier marseillais de production, et salue le formidable travail fédérateur de l’équipe marseillaise qui porte le festival Dansem et le projet de production « Miniatures Officinae » crée les conditions d’un échange entre chorégraphes, danseurs et opérateurs culturels et ouvre ainsi, au-delà d’une « fenêtre » méditerranéenne, une plateforme opérationnelle pour la danse et des créations partagées en Méditerranée.

Une entrevue exclusive à Aubagne,
par Nadia Bendjilali


Danya Hammoud nous raconte d’abord sa rencontre avec l’Officina, espace d’échange entre artistes d’Europe et du Bassin méditerranéen :

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La chorégraphe et danseuse Danya Hammoud, aux Pénitents Noirs à Aubagne, le 23 octobre 2011 © Nadia Bendjilali

« J’ai rencontré l’Officina en 2007 à l’occasion du projet Sites of imagination (lieux de l’imaginaire). Cinq structures issues de pays européens de la Méditerranée – L’Officina à Marseille, Alkantara à Lisbonne, Bunker à Ljubljana, Carovana à Cagliari, L’animal a l’esquena à Gérone – créaient et produisaient cinq projets en associant des artistes d’Istanbul et de Beyrouth. Une itinérance de résidences étaient organisées dans les cinq villes européennes et structures associées au projet a été comme une boucle qui a nourri les créations autour des lieux de l’imaginaire, le corps et la ville en Méditerranée…

J’ai pour ma part participé au projet initié par Alkantara (Lisbonne), une création collective « FAQ » avec Antonio Tagliarini, Ornella d’Agostino (Caranova, Sardaigne) et la participation de Sabine El Chamma (vidéaste, Beyrouth) qui a été présenté en Espagne, Italie, Slovénie, Portugal et en France dans l’édition 2007 de Dansem. En fait, je dirais que les liens et croisements en Méditerranée, sont le fruit des occasions qui se sont présentées à moi, et que chaque rencontre en a amené une autre, comme un cercle vertueux, une chance ! D’une rencontre à l’autre, cela créé une continuité, d’abord avec les personnes, mais aussi au niveau du travail de création lui-même puisque le thème se poursuit ailleurs.

L’Officina garde et nourrit le lien avec les artistes, ce qui permet de présenter des étapes de son travail dans le temps et dans différents cadres. »

À Dansem 2011, la chorégraphe et interprète performe dans deux temps forts du festival : « Miniatures Officinae », projet initié en 2008 et qui sera présenté dans son intégralité en 2013 au moment de Marseille-Provence 2013 (1), et « Question de Danse », initié par le chorégraphe Michel Kélémenis comme une plateforme internationale de paroles d’artistes et de projets chorégraphiques en cours de fabrication.

Suivons-là dans le récit de ses cheminements et créations :

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Performance de Danya Hammoud, au cœur de l’exposition « La Méditerranée des Sept Dormants ». © Nadia Bendjilali

« La miniature “S’approcher…” correspond à un moment particulier de ma vie où j’étais dans un imaginaire baroque. J’ai répondu au thème par une proposition qui incarne la gestuelle et les expressions de la peinture baroque jusqu’à insister sur l’absence du bassin. Parler de l’amour impose de parler du bassin. D’ailleurs, le bassin est au centre de mon travail actuel. Mon dernier solo, à découvrir dans une étape presque aboutie à Marseille les 2 et 3 novembre prochain (2), s’appelle Mahalli, ce qui signifie en arabe à la fois « local » (au sens être d’ici) et « ma place ».

Si l’on veut parler en terme de mouvement, c’est le bassin qui est initiateur de tout le solo. Reste que mon travail est influencé par le contexte, le Liban : ma relation à l’espace est, au début de Mahalli, prise dans ma relation au territoire, un pays prisonnier d’une opposition stérile de deux camps. Peut-être que l’arme de résistance c’est le viscéral, le bassin… quand mon territoire re-devient mon corps.

S’approcher…”, créée dans le cadre de “Miniatures Maroc” avec neuf autres objets en avril 2010, je l’ai revisité, remis à jour avec moi et en tant qu’objet, mais aussi dans un contexte : ici à Aubagne, en résonance avec un lieu, cette chapelle, les Pénitents Noirs, dans l’espace d’une exposition (3). Enfin, il est nourri par le moment de la rencontre avec les autres artistes et par la découverte de leur manière d’avoir appréhendé le thème pour créer leur propre miniature. Le projet “Miniatures Officinae” c’est tout cela : les rencontres, la confrontation avec de nouveaux lieux, l’évolution de l’objet.

Conquise par les dimensions plurielles de ce projet, l’association Zoukak (4) à Beyrouth, dont je suis membre, a engagé une collaboration sur un projet “Miniatures Beyrouth”. Huit miniatures seront présentées en mai 2012 à Beyrouth.

Les résidences ont déjà commencé avec le chorégraphe et danseur Laurent Pichaud, connu pour travailler sur l’in situ, qui en ce moment, a choisi un couple à Beyrouth et créé à partir de cette rencontre. Deux artistes libanais seront en résidence à Marseille, d’abord le metteur en scène et performeur Omar Abi Azar, fin novembre 2011, puis la chorégraphe Khouloud Yassine, début 2012 ».

Danya Hammoud, dans sa recherche, met en question le geste autobiographique, le solo, le contexte, et ce n’est pas étonnant si elle conclut sur ces mots notre entretien : « Dans le contexte actuel [des pays arabes], la démarche de Zoukak, horizontale et collective, est centrale. J’ai envie d’insister sur cet espace de résistance, de création et de construction démocratique ».


Nadia Bendjilali


(1) Le concept est le suivant : inviter des artistes issus du Bassin méditerranéen à produire une série de “miniatures” concept emprunté aux miniatures persanes, de quinze minutes maximum, sur le thème de l’amour et du rapport à l’autre, dans le cadre de résidences en Méditerranée, et de les présenter dans des configurations singulières jusqu’à « bâtir une véritable architecture, dont l’originalité provient de la multiplicité des formes artistiques, de la représentation de visions très différentes données à voir au final dans un espace commun », présenté en 2013.

(2) - La création aboutie sera présentée à Bonn (Allemagne) le 25 novembre 2011.

(3) - L’exposition « La Méditerranée des 7 Dormants », programme « Sous le signe d’Averroès »

(4) - Site deZoukak

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Sur le même sujet :
Danse contemporaine en Méditerranée, avec le festival Dansem 2011, à Marseille et sa région, jusqu’au 09/12
- Site de Officina
- Site de Miniatures Officinae

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Danya Hammoud, un parcours
Née à Beyrouth en 1981, Danya Hammoud a suivi un double cursus de formation : Diplômée en théâtre de l’Institut des Beaux Arts de Beyrouth en 2003, elle choisit d’intégrer, en 2005, la première session de la formation en danse « Essais » du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers (dirigée par Emmanuelle Huynh), complétée en 2010 par un Master de recherche à l’université Paris VIII, département de danse, autour de l’Autofiction en danse.
Elle travaille comme comédienne dans le cadre de plusieurs projets au Liban, joue dans le premier long-métrage yéménite, réalisé par Badr Ben Hirsi, A new day in old Sanaa, en 2004.
Dans le cadre de sa formation au CNDC d’Angers, en 2005/2006, elle crée ses trois premières performances courtes, présentées en France. Puis, en 2007 son premier solo, Meen el battal ? (Qui est le héros ?), présenté à Beyrouth et Milan.
Elle est membre fondateur de l’association culturelle et Compagnie de théâtre Zoukak, basée à Beyrouth au Liban, en 2006.

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