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Daniel ZIELINSKI, Délégué ministériel à la Francophonie sportive : Face à la domination anglo-saxonne des instances, « Nous devons développer une stratégie d’influence francophone »

26 mars 2026
Daniel ZIELINSKI, Délégué ministériel à la Francophonie sportive : Face à la domination anglo-saxonne des instances, « Nous devons développer une stratégie d'influence francophone »
Daniel ZIELINSKI, Délégué ministériel à la Francophonie sportive. Photo © DR.
La date du 20 mars a été instituée pour célébrer la Journée internationale de la Francophonie en 1988, comme un moyen pour les États et gouvernements de l’OIF de célébrer leur lien commun – la langue française – aussi bien que leur diversité. Mais en 2026, cette journée internationale ne semble pas avoir eu l’écho qu’elle aurait mérité…

… alors même que le français est, selon le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, devenue la 4e langue la plus parlée au monde.

AFRICAPRESSE.Paris a donc voulu en savoir plus sur les actions menées par des opérationnels de la Francophonie, comme Daniel ZIELINSKI, Haut fonctionnaire à la langue française pour le sport, qui nous a fait part de ses actions et projets.

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Entretien par Denis DESCHAMPS,
pour AFRICAPRESSE.Paris (APP)
@DjuliusD @africa_presse

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APP - Vous avez un parcours assez singulier… voulez-vous nous en faire part ?

Daniel ZIELINSKI – Je suis en effet issu du secteur privé, mais j’ai essentiellement travaillé pour le service public, avant d’être intégré à l’administration en tant qu’inspecteur général de la jeunesse et des sports.
J’ai commencé ma carrière à la Commission européenne, où je m’occupais des pays d’Europe centrale et orientale (PECO), avant de rejoindre, en tant que Directeur général, l’Union nationale des centres communaux d’action sociale.
Puis, j’ai exercé la fonction de directeur de cabinet dans plusieurs cabinets ministériels, dont celui de Patrick Kanner, ministre de la Politique de la ville, de la jeunesse et des sport et de la vie associative, avant de rejoindre le cabinet du Premier ministre, Edouard Philippe, où j’étais chargé de la mise en place des Jeux Olympiques de Paris 2024.

Après cela, j’ai été nommé Délégué interministériel aux grands événements sportifs – en lien notamment avec Jean Castex, qui était Délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques. Les ministres de la Culture et des Sports m’ont demandé de participer à la préparation logistique des Jeux de la Francophonie de 2023 à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, ce qui m’a permis, en tant que chef de la délégation française, d’échanger avec de nombreux représentants africains parmi les 36 pays présents.

Dans ce cadre, j’ai pu prendre toute la mesure des besoins de ces pays francophones dans le domaine du sport, ce qui m’a mené à mes fonctions actuelles, qui sont vouées au développement d’expertises et compétences liées au sport dans le monde francophone. J’ai donc aujourd’hui une lettre de mission en tant que Délégué ministériel à la Francophonie sportive, établie par trois ministres : Culture, Sport et Francophonie.

APP - Voulez-vous nous en dire plus sur la francophonie sportive ; ?

Daniel ZIELINSKI – Dans le domaine du sport, la francophonie se trouve sur un terrain de jeu où plus de 95 % des instances internationales sont composées d’acteurs anglo-saxons. Nous devons donc nous attacher à mettre en place et développer une stratégie d’influence francophone, pour éviter que tous les règlements, statuts des compétitions sportives internationales ne soient régis que par rapport à cette prépondérance de l’anglais par rapport au français.
En effet, nous avons aujourd’hui de solides arguments pour justifier cette francophonie sportive :
On compte aujourd’hui 396 millions de francophones dans le monde, dont environ 200 millions s’intéressent au sport ; soit parce qu’ils le pratiquent, soit en tant que spectateurs, ce qui représente un très grand marché économique !

En 2050, grâce à la démographie africaine, la francophonie devrait compter 650 millions de locuteurs en français : un immense travail nous attend donc pour pouvoir effectivement valoriser la langue française dans les instances sportives internationales !!

L’espace francophone compte aujourd’hui 90 États et gouvernements et devrait bientôt en attirer encore d’autres lors du Sommet de la Francophonie au Cambodge, à la mi-novembre de cette année.

À cet égard, permettez-moi de souligner que cet intérêt est devenu beaucoup plus vif depuis les Jeux Olympiques de 2024 à Paris !

Chacun d’entre nous est intéressé par le sport, soit parce qu’il le pratique, soit en tant que spectateur. Le nombre de pratiquants et également de sportifs de haut niveau (y compris dans le domaine para-sportif) est ainsi en augmentation dans le monde, avec un intérêt marqué pour les filières de formation qui existent dans ce domaine, particulièrement celles qui sont proposées en France…

Le sport, ce n’est pas seulement du plaisir et de l’émotion, c’est aujourd’hui une véritable industrie, particulièrement importante !

APP – Les liens du sport avec l’économie sont-ils aussi un argument pour développer une stratégie francophone dans ce secteur ?

Daniel ZIELINSKI – Dans les pays francophones, particulièrement en Afrique (République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire…), le sport fait souvent partie des politiques publiques mises en œuvre, qu’il s’agisse de contribuer à l’émancipation des femmes ou bien de lutter contre la sédentarité. Aussi, le sport est un réel moyen d’insertion professionnelle des jeunes et peut également participer à la mise en œuvre de bonnes pratiques de développement durable…
Nous devons par ailleurs bien considérer, d’un point de vue économique, les infrastructures sportives pouvant être mises en place pour accueillir de grands événements, comme j’ai pu le constater récemment au Bénin.

Le sport est en effet une industrie, avec des événements sportifs internationaux qui nécessitent de grands équipements adaptés et qui peuvent générer des revenus importants dans le domaine du tourisme, qu’il s’agisse de la restauration ou de l’hôtellerie, mais également pour tout ce qui concerne la formation, le management sportif et le secteur de l’événementiel.
Le Maroc a ainsi parfaitement compris ces enjeux, quand il annonce 20 événements sportifs qui seront organisés dans le pays d’ici à la Coupe du monde de football en 2030. Je répète, l’industrie du sport représente aujourd’hui 3 % du PIB français, 2,5 % du PIB mondial… mais seulement 0,5 % du PIB du continent africain.

Compte tenu de l’attrait du grand public pour le sport, il y a donc une importante marge de progression possible sur le continent africain, où le marché des grands événements sportifs internationaux doit se développer, en lien avec les États, les collectivités, les fédérations sportives, les organisations internationales et les entreprises. J’en veux pour preuve les Jeux de la francophonie à Kinshasa en 2023 et les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar (Sénégal) en novembre prochain.
Les grands événements sportifs internationaux sont en fait un secteur en croissance de 6-7 % par an dans le monde, avec chaque année la création de nouveaux événements, en particulier dans les pays francophones.

Dans ce contexte, il nous paraît tout à fait fondamental de pouvoir disposer d’une vision francophone pour être en mesure de construire et proposer une réponse globale. Un groupe de travail sur l’économie sportive francophone a ainsi été constitué avec des acteurs comme BPI France, Business France et des entreprises qui sont réunies dans le GIE « France Sports Expertise » regroupant les grandes entreprises travaillant sur les grands événements sportifs.

APP – Que peut-on faire pour renforcer l’influence francophone dans le sport ?

Daniel ZIELINSKI – Je l’ai déjà évoqué : les anglophones sont plus que largement majoritaires dans les conseils d’administration des instance sportives internationales. Par rapport à cette très forte présence anglo-saxonne – qui est portée par des gouvernements (États-Unis) et pays du Commonwealth (Nouvelle Zélande, Australie…), des entreprises et des fédérations –, nous devons donc nous attacher à développer des actions d’influence francophone.
Les anglo-saxons n’hésitent pas en effet à changer les règlements sportifs bien souvent au détriment des francophones. Ainsi, s’agissant par exemple du Surf…

Par rapport à cela, il convient donc :
 De constituer des alliances sportives francophones ; comme pour le Tennis de table (50 fédérations francophones unies autour d’un président ivoirien) et pour le Surf (15 fédérations francophones, dont le Sénégal, avec un président français) ;
 D’avoir au moins un représentant francophone dans chacune des instances sportives internationales ;
 D’établir un argumentaire francophone pour le sport, moyennant la constitution d’un groupe de travail sur la thématique « Droit et Sport ».

Aussi, je rappelle que la Délégation à la Francophonie du ministère de la jeunesse et des sports a pour mission de mettre en place des actions spécifiques visant à défendre et promouvoir la francophonie sportive :
 Organisation d’ateliers (en visio) permettant de valoriser les expertises Nord-Sud dans le domaine du sport ;
 Création d’outils pédagogiques, en lien avec les ambassades, les alliances françaises à l’étranger… pour assurer l’apprentissage du français par le sport ;
 Intégration sur le site internet du Comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO) d’un outil lexical permettant de traduire les termes sportifs anglais en français (et en italien, en raison des JO d’hiver organisés en 2026 à Milan - Cortina)

Permettez-moi d’ailleurs de souligner que ce dernier point est tout particulièrement important. En effet, les nouvelles disciplines sportives émanant aujourd’hui plutôt du monde anglo-saxon, il est essentiel que l’on puisse utiliser des mots français pour que les gestes, les mouvements de ces disciplines puissent être aussi compris par les 396 millions de locuteurs francophones dans le monde, même s’ils ne pratiquent pas tous ces sports !

Je ne saurais être exhaustif, mais je tiens également à évoquer :
 L’établissement d’une liste sur dix ans des grands événements sportifs internationaux dans les grands pays francophones ;
 La constitution d’un groupe des « influenceurs » francophones, autrement dit de 280 ambassadeurs de la francophonie sportive dans 42 pays différents où ils sont chacun des « points focaux » de leur pays ;
 La parution d’une lettre bimensuelle des amis de la Francophonie…

APP – La cause de la Francophonie par le sport, cela peut aller jusqu’où ?

Daniel ZIELINSKI – En lien étroit avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) dirigée par Paul de Sinety, nous veillons attentivement au respect de la loi Toubon dans le domaine sportif.
Nous développons ainsi des actions dans ce cadre, par exemple :

 Constitution avec l’Université Senghor d’Alexandrie – et en lien avec le Campus des métiers du sport de Lille – d’une nouvelle formation de cadres francophones chargés de l’organisation d’événements internationaux sportifs et culturels ;
 Élaboration avec l’Agence universitaire francophone (AUF) d’une cartographie du sport, en France et dans neuf autres pays (Cambodge, Vietnam, Sénégal, République démocratique du Congo, Liban, Maroc, Arménie, Tunisie…), à partir de questionnaires renseignés par des clubs universitaires étudiants ;
 Organisation avec le Groupe des ambassadeurs francophones (GAF), à Paris d’événements permettant à chaque ambassade concernée de dévoiler la cartographie du sport de son pays.

APP – Votre mot de la fin ?

Daniel ZIELINSKI – Je considère la cause de la Francophonie sportive comme fondamentale. J’ai d’ailleurs l’habitude de dire que le Sport est un outil de séduction massive et que la Francophonie sportive est une puissance douce, opérationnelle, diplomatique et de terrain, qui permet de retisser le lien et de générer de la croissance.

La Francophonie sportive peut devenir aujourd’hui un axe fort au service de la France !

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra le mardi 12 mai (18 h - 20 h).

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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Contact partenariats et candidats panélistes :
alfred.mignot@africapresse.paris

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