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Alain Dupouy (O2A) : « L’Afrique n’est plus le synonyme systématique de catastrophes ou de malheurs ! »

2 juin 2020
Alain Dupouy (O2A) : « L'Afrique n'est plus le synonyme systématique de catastrophes ou de malheurs ! »
Alain DUPOUY, Président du club Objectif Afrique Avenir (O2A). © AM/AP.P
La capacité démontrée par l’Afrique ces derniers mois à répondre par elle-même au défi posé par la Covid-19 démontre, s’il en était encore besoin, que le Continent a changé. Il est ainsi urgent que l’Occident en finisse avec ses préjugés d’un autre temps, et que l’Afrique exprime sa confiance en elle-même, en son aptitude à générer ses propres solutions, car les avancées de beaucoup de pays africains sont indéniables.

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Une contribution d’Alain DUPOUY,
Président du club Objectif Afrique Avenir (O2A)

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Les pays africains n’ont pas attendu d’aides et se sont défendus, par eux-mêmes, en prenant leurs propres mesures de riposte et de protection de leurs populations, permettant d’endiguer pour l’heure la contagion tant redoutée...
Comment ne pas contribuer, nous aussi, à cette prise de conscience du changement planétaire sans retour et de celui en cours du continent africain ?

Alors que les déclarations et prises de paroles foisonnent, nous ne pouvons qu’inciter, ensemble, Africains et Français, à ce que les préjugés ou les idées toutes faites tombent : la pandémie que nous vivons, sans frontières, nous aura ouvert, collectivement, les yeux sur les changements constatés .
Devant la pandémie, la prédominance a priori et théorique de l’Occident s’est effondrée ; les risques majeurs craints pour l’Afrique ne sont pas arrivés, l’Afrique résiste encore au virus bien mieux que d’autres zones. Les pays africains n’ont pas attendu d’aides et se sont défendus, par eux-mêmes, en prenant leurs propres mesures de riposte et de protection de leurs populations, permettant d’endiguer pour l’heure la contagion tant redoutée.

Voilà qui nous fait prendre conscience qu’avant même la pandémie Covid-19, le contexte africain avait déjà considérablement évolué. Non, l’Afrique n’est plus le synonyme systématique de catastrophes ou de malheurs !

Finis les préjugés, même si les dispositifs de sécurité médicale sont encore très insuffisants, les avancées de beaucoup de pays africains sont indéniables. Même si le taux de pauvreté reste important pour certains, les classes moyennes, dans un meilleur contexte économique, ont pu clairement apparaître et ont été sensibles à l’arrivée d’une nouvelle catégorie de coopérateurs, venant « d’ailleurs ».
Ajoutons à cela des maladresses de communication, y compris dans le domaine dit scientifique (tests de vaccins !), qui pourraient laisser encore croire que certains pays européens gardent toujours leurs faux préjugés. Alors, sachons-le et disons-le : l’Afrique n’est déjà plus celle d’hier !

Force de la jeunesse et risques
alimentaire et sécuritaire

Diverse, multiple, innovatrice, elle croit en ses forces et en son autonomie, tout en connaissant ses limites et a montré sans équivoque qu’elle a su se défendre de ces pandémies avec les moyens « du bord », même restreints, et ceci dans un temps de réaction très court.
L’Afrique a compris que sa jeunesse était une force et sa capacité d’innovations remarquable, et qu’il faut croire en elle en investissant fortement dans son éducation et sa formation pour préparer l’employabilité d’aujourd’hui et de demain. Le Maroc exporte ses masques, le Sénégal a démontré sa longueur d’avance aussi dans la recherche scientifique avec l’industrialisation des premiers respirateurs, les exemples sont plus nombreux chaque jour.

Ce discours ne doit pas être tenu seulement par les Africains, cette prise de conscience doit permettre aux Européens de le tenir de concert avec eux. Il n’y a plus de leçons à donner, si tant est qu’elles aient été données dans le passé avec davantage de raison. Les Africains, peuples et dirigeants, reconnaissent volontiers que les États doivent jouer pleinement leur rôle, que les Gouvernances doivent être structurées et démocratiques pour représenter la diversité des nations et la communalité du destin des pays.

Le président nigérien Issoufou le déclarait encore très récemment au Forum web du New York Institute organisé par Richard Attias & Associates. Cela ne l’empêchait pas de constater, comme ses homologues sénégalais et ivoirien que « cette pandémie avait encore laissé constater trop d’inégalités et de manque de solidarité internationale ».
Au-delà de cette difficile période où la mort guettait, les risques de crise alimentaire, donc sociale et surtout sécuritaire, pourraient encore survenir.

L’indépendance alimentaire, un thème
pour le prochain Sommet Afrique-France

C’est pourquoi certains pays Africains ont déjà lancé des programmes visant à leur « indépendance alimentaire », en manageant une agriculture plus autonome et tendant à favoriser la transformation industrielle. Voilà des thèmes sur lesquels le Sommet Afrique-France, annulé, devait porter, pour conforter cette nouvelle Afrique aux yeux du monde. Ces défis sont lourds et la confiance en soi est primordiale !

Les moyens doivent être trouvés pour parvenir solidairement aux « solutions africaines » et poursuivre les progrès déjà accomplis. Les nouveaux pays ont manifesté ce nouvel intérêt pour l’Afrique, qui n’est plus aux yeux de beaucoup ce « continent maudit »... Et comme le dit fort bien le philosophe Souleymane Bachir Diagne, « le monde ne veut pas le voir encore ainsi, à cause du paravent des stéréotypes ». Cette crise est aussi l’opportunité pour que l’Afrique exprime sa confiance en elle-même et c’est déjà le cas. En s’inspirant de gouvernances assainies, l’Etat se positionne comme protecteur des citoyens, il inspire la confiance et informe justement son peuple afin de rendre transparent son objectif de réduction des inégalités (et pas seulement au moment des épidémies). Il est acteur au premier chef d’un nouveau monde désormais inévitable.

Cette Afrique déjà émergente recrée de vrais partenariats réellement inclusifs en comptant sur l’ensemble des parties prenantes, et du secteur privé hautement dynamique notamment. Souhaitons que cette pandémie mondiale lui ait permis de découvrir cette urgence à la fois à réduire ces inégalités et à s’armer contre le changement climatique. Objectif double, inséparable !

« Où est le projet de « co-développement ? »

Dans ce tableau factuel, on ne peut dire que les partenaires « historiques » soient en position de force pour répondre à ces nouvelles orientations. Pour autant, cette prise de conscience ouvre toutes les chances aux Européens de repenser l’Ambition Africa et montrer qu’elle n’aura pas été oubliée.
Le constat d’une certaine déception, avouée clairement par les chefs d’État notamment des pays francophones, l’explique assez nettement. Le manquement aux semi-engagements d’accorder des APD [aides publiques au développement, ndlr], sur une base à atteindre de 0,7 % du PIB, comme longtemps envisagé par la France, n’a pu qu’accentuer cette déception qui amène à ce sentiment d’injustice et d’iniquité, comme le disait encore le président Macky Sall. De grands politiques français, à l’instar d’Alain Juppé, usaient déjà il y a quelques années de l’expression « Communauté de destins entre l’Europe et l’Afrique » ! Où est le projet de « co-développement » ?

Le président Issoufou renchérissait en espérant cette nouvelle politique économique mondiale, plus démocratique : en réformant le fonctionnement des Nations Unies (où l’Afrique est marginalisée), en travaillant à une nouvelle répartition des richesses à l’échelle mondiale, en parvenant ,dans les pays d’Afrique, à instaurer une politique fiscale plus collective et juste, en mobilisant les ressources des diasporas, en faisant vivre ce panafricanisme aussi, autour de l’Union africaine, dans l’application de son ambitieux Agenda 2063, qui commence par son apport financier propre à la sécurité et la défense en Afrique, et notamment pour le Sahel, et d’un autre côté par la mise en œuvre de sa Zone de libre échange continentale (Zleca), et bien sûr par l’action immédiate de sa task force post-Covid, menée par TidjaneThiam.

En conclusion, nous devrons garder à l’esprit que par l’innovation dans les rapports avec le monde, par le constat de la résilience de l’Afrique, son ardeur au travail de ses différentes couches sociales, par la richesse de sa jeunesse (« un trésor », disait le président Ouattara), par une attitude revue sur la dette commerciale, par plus de solidarité grâce à de nouveaux mécanismes, et plus de justice dans la mondialisation, et par un effort financier faits dans tous les pays en faveur de l’éducation (et notoirement dans les matières scientifiques et technologiques avec mention spéciale en faveur des femmes, comme dit au Forum Education Dakar 2018), par le plan collectif à la création d’infrastructures indispensables aux échanges économiques , par des ressources mieux partagées, nul doute que l’Afrique émergente ouvrira une ère inattendue et délivrera au monde un message bien rénové, un message humain d’espoir, de solidarité et de sérénité. Nous y croyons !

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DÉCONFINEMENT EN FRANCE : PRENEZ SOIN DE VOUS !
(Site d’information du gouvernement)

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