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Comment « reconstruire des projets de société » et de développement fédérateurs dans la région Nord du Maroc ?

27 septembre 2019
De g. à dr. sur la photo : Farida Moha, Mohamed Charef, expert migration ; Ali Belhaj, ancien président de la Région de l’Oriental ; Mohamed Boudra, président du Conseil municipal d’Al Hocaima. © LK
Organisée le 19 septembre à la Maison du Maroc à Paris, à l’initiative de l’ambassade du Royaume, une récente conférence-débat sur le thème « Le Nord du Maroc : migration et développement territorial », animée par Farida Moha, a amorcé avec une grande liberté de ton plusieurs pistes de réflexion, évoquant jusqu’à l’idée d’une participation citoyenne directe.

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Un article de Lina Kortobi pour AfricaPresse.Paris (AP.P)
@LinaKortobi |@PresseAfrica

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Juillet 2018. Le roi du Maroc Mohammed VI prononce son discours du trône annuel à Al Hoceima. Il y fait le constat d’une région Nord encore en difficulté, malgré le déploiement de larges efforts pour en améliorer les infrastructures.

Aéroports construits, connexion avec le reste du territoire améliorée, couverture en eau potable et en électricité comparable à la moyenne nationale, y compris dans certaines zones pourtant arides et enclavées… tous les intervenants s’accordent pour saluer l’effort d’investissement public accompli dans la région. Mais tous reconnaissent également les déficiences qu’elle présente en terme d’emploi et de perspectives de croissance économique et sociale.

Le début de l’effort public de « mise à niveau » remonte pourtant déjà à un quart de siècle : l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des préfectures et provinces du nord du Royaume, première agence de développement territorial marocaine, a vu le jour en 1995 sous le règne de Hassan II.

Des « stratégies anonymes » décevantes

Son objectif était de répondre aux défis posés par le Nord du Maroc, ancienne colonie espagnole n’ayant pas bénéficié des mêmes aménagements de territoire que le reste du pays, sous protectorat français.

Malgré des atouts stratégiques favorisés par sa position géographique, son noyau industriel et sa façade maritime, la région souffrait d’un manque flagrant de perspectives socio-économiques. Le plan de développement alors entrepris a consisté à rapprocher les indicateurs régionaux des moyennes nationales.
La perspective d’harmonisation territoriale l’a alors emporté sur les spécificités régionales. Ainsi, comme le relève Driss Benhima, ancien ministre et ancien directeur de l’Agence de développement des provinces du Nord, « l’espace régional était vu comme un microcosme de la Nation ». Conséquence : vingt-cinq ans plus tard, malgré des investissements en infrastructures conséquents, la région ne décolle toujours pas économiquement. « C’est ce qu’on appelle les stratégies anonymes. Les plans de développement régionaux étaient similaires d’une région à l’autre », poursuit Driss Benhima.

Or, compte tenu des caractéristiques subrégionales de la zone, le développement du nord du pays ne pouvait se faire de manière homogène. Un point qu’a commencé par rappeler l’ambassadeur du Maroc en France, SE Chakib Benmoussa : « Certains pôles comme ceux de Tanger, Nador ou Saïdia disposaient d’atouts ; d’autres dans la partie centrale (près du Rif), plus sensibles, aux caractéristiques environnementales particulières, devaient prévoir un autre type de développement adapté à ces réalités. »

« Créer un écosystème entrepreneurial favorable »

Prévoir une politique différenciée selon les atouts et déficiences régionales serait donc plus opportun, tout comme l’établissement d’une fiscalité avantageuse pour les zones les plus enclavées du Nord. Une solution que propose Ali Belhaj, ancien président de la région de l’Oriental, située au nord-est du pays. « Je comprends la décision de l’État d’uniformiser la fiscalité sur tout le territoire, mais ne vaudrait-il pas mieux, dans une zone désertique frontalière de l’Algérie, au potentiel énorme, encourager l’investissement privé ? », questionne-t-il. Parce que « créer un écosystème entrepreneurial favorable » serait surtout un moyen de « fixer la population sur le territoire » et aussi d’offrir un terrain d’investissement avantageux pour des population émigrées, toujours attachées à leur région d’origine.

Améliorer la représentativité du Conseil régional

Ce processus de réhabilitation des populations – résidentes et émigrées – passe par une meilleure connaissance des régions et des populations qui leur sont liées. Rôle que devrait endosser le Conseil régional, « ce qui n’est pas encore le cas », regrette Driss Benhima. « Nous n’aurions pas eu de mouvements sociaux comme ceux d’Al Hoceima si les conseils régionaux étaient capables de représenter légitimement leurs populations. Ils ont ce devoir politique de les représenter, d’être les meilleurs connaisseurs de leur espace. »

Ainsi, améliorer la représentativité du Conseil régional signifie repenser la méthode de gouvernance afin de la rendre plus inclusive, plus proche des préoccupations locales. C’est « réfléchir sur ce qu’est l’intelligence régionale, plutôt que territoriale », selon la formule de Philippe Clerc, conseiller expert en intelligence économique internationale à la Chambre de Commerce Internationale française. « L’intelligence territoriale consiste à faire le diagnostic permanent pour réencastrer notre réflexion économique dans la vie sociale. La société civile n’est plus l’alibi du plan d’aménagement ; elle devient l’interlocuteur pour des micro-projets », détaille-t-il.

L’idée d’une participation directe citoyenne

Développer le potentiel de croissance socio-économique de la zone passe donc inéluctablement par une remontée des attentes citoyennes – notamment celles de jeunes non diplômés – et leur prise en compte dans les plans d’aménagement du territoire.

Un point de vue qui invite même à considérer leur participation directe dans les projets de développement de chaque région, pour ainsi « reconstruire des projets de société dans lesquels chacun d’entre nous se retrouve tout en menant des actions cohérentes », résume Christophe Mestre, directeur du Centre International d’Études pour le Développement Local.

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