Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

#ForumAfrique2018 du MOCI et du CIAN

Comment le défi climatique génère nouvelles opportunités d’affaires et processus vertueux en Afrique

4 février 2018
De gauche à droite : Christophe La Blan, directeur de projets GNL de Total Gas, Renewables & Power ; Manuel Flahault, directeur des ventes Entreprises pour la France chez Air France-KLM ; Thierry Fornas, président de EcoAct ; Didier Julienne, expert des marchés de matières premières minérales et métallurgiques ; Pierre Jacquemot, président du Gret-Professionnels du développement solidaire et chercheur associé à l’IRIS. © DR
Au-delà des catastrophes ou des changements profonds qu’apportent de plus en plus les modifications du climat, des opportunités de business et d’investissements se font jour pour accompagner les transformations des économies et le développement des pays. Organisé vendredi 2 février à Paris par le CIAN* et le MOCI*, le Forum Afrique 2018 en a apporté bien des illustrations.



Un article de Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris

« Nous n’aurons pas de développement dans le monde, s’il n’est pas écologiquement compatible ». C’est sur cette note verte que le président du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique), Alexandre Vilgrain, a donné vendredi 2 février le coup d’envoi au Forum Afrique 2018, qu’il organisait avec le MOCI, le magazine spécialisé dans le commerce international, et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP). Le Forum avait pour thème cette année, il est vrai, « Enjeux climatiques : quand le risque devient opportunités », thème porteur puisqu’il a attiré plus d’un millier de participants, pour l’essentiel des chefs d’entreprise, dans les salons dorés parisiens de la CCIP.

Comme plusieurs intervenants l’ont souligné lors des tables rondes qui ont suivi, c’est sans doute très injuste mais alors que le continent africain n’émet que 3 % des gaz à effet de serre au niveau mondial, il est déjà touché de plein fouet par le changement climatique devenu inéluctable.
Selon Pierre Jacquemot, président du Gret-Professionnels du développement solidaire et chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), « L’Afrique paie et paiera un lourd tribut », avec une désertification de certaines régions et une détérioration « très sensible » (de 20 % à 30 %) des rendements agricoles, qui « affectera plus de 150 millions de personnes ».

Réfugiés climatiques

Déjà, six des dix pays les plus affectés par le réchauffement climatique sont africains ; 65 % de la population africaine sont « concernés » par les modifications du climat ; « l’Afrique compte aujourd’hui 10 millions de réfugiés climatiques » et le coût pour le Continent peut être évalué de « 7 à 15 milliards de dollars par an », a rappelé Pierre Jacquemot.
Saint-Louis du Sénégal, où s’est rendu samedi 3 février le président de la République française, Emmanuel Macron, en sait quelque chose : l’élévation du niveau de la mer et l’accélération des occurrences de forte houle, résultant du réchauffement climatique, provoquent une érosion côtière qui menace la ville, obligeant aujourd’hui déjà 2 000 personnes à déménager, tandis que 10 000 devront être relogées à terme, selon Louise Cord, directrice Sénégal de la Banque Mondiale.

Un million de Zambiens de plus tous les deux ans

Face à ce constat inquiétant, il existe pourtant des opportunités pour faire des affaires. Ce n’est pas du cynisme de la part des milieux patronaux, mais leur façon – sans doute non dénuée d’intérêt – d’aider l’Afrique en faisant ce qu’ils savent faire le mieux : prendre des risques et créer des richesses et des emplois. Car quoi qu’il advienne, le continent devra continuer à se développer, il faudra bien nourrir et occuper une population en très forte croissance. Exemple illustratif, cité par Gérard Wolf, président de la Task force du Medef sur la ville durable lors d’une autre table ronde : « Un pays comme la Zambie a une population qui augmente d’un million tous les deux ans et ces personnes vont dans la plupart des cas dans les villes… »

Mini-réseaux électriques et électrification de masse

Or qui dit développement dit consommation d’énergie, en particulier d’électricité : éclairage, appareils ménagers, fourniture d’eau, téléphones, ordinateurs, machines pour l’agriculture ou l’industrie, etc. Tous en ont besoin. Mais comment produire l’électricité nécessaire 

Les spécialistes ont leurs petites (et grandes) idées. Par exemple, pour Didier Julienne, expert des marchés de matières premières minérales et métallurgiques, « il faut éviter que le développement de l’Afrique passe par la case charbon », comme dans les pays anciennement ou nouvellement industrialisés (la Chine) avec la pollution massive que l’on connaît.

Il faut, estime Didier Julienne, électrifier en deux étapes. D’une part avec des « mini-réseaux à l’échelle individuelle, de villages ou de petites villes », basés essentiellement sur l’énergie solaire ou éolienne, ce qui changera la vie quotidienne des populations et stimulera l’agriculture et l’artisanat. Et d’autre part une électrification de masse, avec des centrales à gaz et hydrauliques, et de gros réseaux de transport de l’électricité, pour fournir notamment les villes actuelles et les futures métropoles qui vont surgir dans les 20 ou 30 ans qui viennent, avec chacune de 10 à 15 millions d’habitants.

Ces métropoles actuelles et futures ouvrent d’ailleurs d’importantes opportunités d’affaires pour les entreprises. Que ce soit dans les domaines de la voirie, de l’assainissement de l’eau, de la fourniture d’électricité tant aux entreprises qu’aux particuliers, de services numériques ou encore de conseils, notamment en matière de responsabilité sociale (ou sociétale) et environnementale (RSE).

Gaz et hydraulique

« Chez Total, nous avons donné un coup d’accélérateur pour changer le mix de production d’énergie, a confirmé Christophe La Blan, directeur de projets GNL de Total Gas, Renewables & Power. Si le gaz représentait 35 % de la production du groupe il y a dix ans, il en représente aujourd’hui plus de 50 % ».

Pour cet expert, il faudra « doubler la capacité de production électrique » d’ici à 2030, sans augmenter les émissions de gaz à effet de serre. « Cela ne pourra se faire, a-t-il martelé, que grâce au gaz, qui émet deux fois moins de CO2 que le pétrole, et aux énergies renouvelables ».

De son côté, Manuel Flahault, directeur des ventes Entreprises pour la France chez Air France-KLM, a confirmé l’importance de la RSE. « Nous l’utilisons, a-t-il dit, comme élément de différenciation vis-à-vis de la concurrence », notamment les compagnies du Golfe, d’autant que « nos partenaires africains sont très intéressés par notre expertise » dans ce domaine. « Oui, a insisté Pierre Jacquemot, la RSE commence à être valorisée en Afrique. On rentre dans un processus vertueux ».

Des coins cuisine moins polluants

Mais il n’est nul besoin de se lancer dans des projets pharaoniques pour apporter sa pierre à l’édifice. Pour preuve, l’expérience de Thierry Fornas, président de EcoAct. Cette société fondée en 2005 accompagne les entreprises et les territoires dans l’élaboration et la mise en œuvre de « stratégies climat et carbone adaptées et créatrices de valeurs économiques, environnementales et sociétales ». Tant en France qu’à l’international. Ainsi, en Afrique, plus précisément au Kenya, EcoAct est en train d’équiper 300 000 foyers de « coins cuisine moins polluants ».

Ces « cuisinières » améliorées permettent de réduire de moitié la consommation de bois et donc les émissions de gaz à effet de serre. En même temps, trois arbres à planter ont été fournis à chaque foyer. EcoAct a dû créer deux manufactures qui emploient 150 personnes, tandis que 35 Kenyans seront employés au moins pendant dix ans pour « monitorer » les femmes en charge de ces nouveaux coins cuisine.

« Ce qui est bon pour l’Afrique
est bon pour les entreprises »

De la plus grande à la plus petite action sur le terrain, la palette est large. Mais « c’est aux pays africains de trouver les voies de développement qui leur correspondent au mieux, a souligné Alexandre Vilgrain. Nous les entreprises, nous nous adapterons ». Car de toute façon, comme l’a expliqué Étienne Giros, président délégué du CIAN, « tout ce qui est bon pour l’Afrique est bon pour les entreprises… et tout ce qui est bon pour les entreprises est bon pour l’Afrique ».

◊ ◊ ◊

*CIAN : Conseil français des investisseurs en Afrique

*LE MOCI : Le Moniteur du commerce international

CCI Paris Île-de-France

◊ ◊ ◊