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Christian de Boissieu à l’IPEMED : « Il nous faut réfléchir à une coopération monétaire avec le Sud »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 5 décembre 2009
Paris - Christian de Boissieu, Président délégué du Conseil d’Analyse Économique, rattaché au PM François Fillon, était vendredi l’invité d’honneur de l’IPEMED, lors d’une rencontre sur le thème des « conséquences de la crise pour les pays du Sud », et particulièrement du sud méditerranéen.
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Christian de Boissieu lors de son intervention. A droite, Jean-Louis Guigou, Délégué général de l’IPEMED. © Alfred Mignot

Devant une assemblée de cadres dirigeants d’entreprises intéressées par l’Union pour la Méditerranée (UPM), dont de nombreuses membres de l’IPEMED – L’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen (Paris), co-dirigé par Jean-Louis Guigou (France) et Radhi Meddeb (Tunisie) – l’éminent économiste, au franc-parler bien connu, affirma d’emblée que « la crise bancaire et financière n’est pas finie ».

Pour preuve, estima le professeur, le recul du crédit dans les pays développés : jusqu’à -2 %, contre + 10 % l’année dernière à la même époque. De ce fait, si reprise il y a en 2010, il faut s’attendre à ce qu’elle soit très modérée.

Sujet commun d’inquiétude, au Nord comme au Sud, le chômage, estima-t-il, continuera d’augmenter en 2010, particulièrement chez les jeunes. Et Christian de Boissieu de regretter « le manque de moyens et d’idées. On utilise contre le chômage des moyens assez classiques, qui ne sont pas à la hauteur du défi, d’autant que le chômage, on le sait, se réduit toujours moins vite qu’il n’augmente ».

Concernant plus précisément les effets de la crise sur les pays du Sud, l’économiste releva d’abord que si les déficits publics y sont moins élevés qu’au Nord, c’est aussi parce qu’il n’y a pas eu, à ce jour, de financement de plans de relance… Les effets de la crise, reconnue ou pas par certains gouvernements, sont pourtant visibles, et sur plusieurs points : la diminution des exportations, la baisse des IDE et des recettes touristiques, le recul des transferts des migrants. « Il est certain que l’impact de tout cela perdurera », estima le Professeur.

Autre point sensible, celui du secteur bancaire. Si les banques du Sud sont en effet relativement très peu concernées par les fonds toxiques – et c’est d’ailleurs aussi le cas des banques françaises, y compris en leurs implantations méditerranéennes – elles n’en auront pas moins à assumer, comme celles du Nord, les nouvelles réglementations sur les fonds propres, et les nouvelles normes comptables internationales, actuellement en gestation.

Autres sujets qui demeurent importants, également évoqués par Christian de Boissieu : la faible liquidité des marchés du Sud, la convertibilité des devises. « Après la crise, estima l’économise, ces questions reviendront vite dans l’actualité. Il nous faut donc réfléchir à une coopération monétaire forte entre le Nord et le Sud, d’autant plus nécessaire que la fragilité du dollar devrait perdurer, et l’euro se renforcer… ».

Les problèmes annoncés de l’après-crise

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Abdeldjellil Bouzidi, consultant responsable de l’offre Afrique du Nord au sein de Hiram Finance. © Alfred Mignot

Invité par Christian de Boissieu, Abdeldjellil Bouzidi, consultant responsable de l’offre Afrique du Nord au sein de Hiram Finance, considéra pour part que si la crise a peu touché les marchés financiers du sud, c’est que ceux-ci sont peu développés. Et de citer une éminence du Sud, s’exclamant : « La crise, ce n’est pas grave, car de toute façon nous ne sommes pas connectés ! »…

Portant, ajouta Abdeldjellil Bouzidi, la crise s’est bel et bien propagée aux pays du Sud, comme l’attestent plusieurs indicateurs, également cités par Christian de Boissieu : baisse des recettes des exportations et du tourisme, et en général des ressources extérieures, notamment celles issues des transferts des migrants. Et dans certains pays, les déficits publics ont explosé : 85 % du PIB en Egypte, 50 % en Turquie…

Concernant les pays du Sud fortement exportateurs de pétrole, comme la Libye ou l’Algérie, certains ont pu penser qu’ils échapperaient à l’onde de choc de la crise. L’Algérie, notamment, dont la dette ne représente plus que moins de 1,5 % du PIB, et qui dispose d’une méga « cagnotte » de quelque 150 Mds $ à investir d’ici à 2014. « Pourtant, souligna Abdeldjellil Bouzidi, on ne peut que constater que les recettes issues des hydrocarbures ont considérablement fondu en une année, passant de 70 Mds $ en 2008 à 40-42 Mds $ en 2009. »

Autre problème évoqué, celui des contraintes systémiques : la non-connection du système financier algérien, la grande difficulté à convertir l’épargne en investissement productif – « 30 Mds $ dorment dans les banques algériennes », estime Abdeldjellil Bouzidi –, des politiques financières pas assez audacieuses, qui entravent l’émergence d’entreprises championnes sur le marché régional, nécessité pourtant communément admise.

Autant de problématiques dont l’acuité ne pourra guère être occultée, dès que l’après-crise pointera le bout de son nez…

© Alfred Mignot


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