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Changement climatique et agriculture en Afrique : des enjeux prégnants sur l’alimentation, les migrations et la sécurité

22 février 2026
Changement climatique et agriculture en Afrique : des enjeux prégnants sur l'alimentation, les migrations et la sécurité
Après un premier volet traité en mai 2025(1), le Cercle de Convergences Franco-Africaines, associé au Club HEC Géostratégie et à l’Association des auditeurs de l’IHEDN Paris Île-de-France, a organisé le vendredi 13 février 2026, une deuxième conférence sur la thématique « Agriculture, changement climatique, flux migratoires et enjeux de sécurité en Afrique ».

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Par Denis DESCHAMPS, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse

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Devant le public venu en nombre (comprenant les 50 auditeurs de la session en cours de l’IHEDN Île-de-France, ainsi que des personnalités et expertises (2) à l’Ecole militaire à Paris, les différents intervenants qui se sont succédés en tribune ont évoqué l’impact du réchauffement climatique (3) sur une Afrique reconnue particulièrement vulnérable, parce que essentiellement agricole, avant d’évoquer les stratégies d’adaptation devant être mises en œuvre.

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Assurer la résilience
climatique de l’Afrique

Les conséquences du changement climatique sur l’Afrique sont d’autant plus flagrantes aujourd’hui, que ce vaste continent manque de moyens pour s’adapter : les importants déplacements de population, la détresse alimentaire manifeste dans certaines régions et les atteintes multiples à la paix et à la sécurité témoignent ainsi du « chaos climatique » qui frappe l’Afrique et rend son adaptation absolument nécessaire.

Pour tenter de remédier à cela, il y a en fait plusieurs ordres de réponse possibles des États, c’est à dire le recours à la diplomatie, la mise en place de stratégies de défense et l’appui au développement économique, mais pour pouvoir assurer véritablement la résilience des populations africaines, il faut aussi compter sur les acteurs internationaux, comme le Fonds vert pour le climat (GCF), basé à Séoul (Corée).

En tant que grande institution chargée de gérer de l’argent public pour le climat, le GCF est en effet en position de mobiliser des financements pour soutenir des actions d’adaptation (comme la « grande muraille verte ») qui passent aussi par le renforcement capacitaire (à destination des institutions financières agissant avec les acteurs locaux) et peuvent notamment contribuer à limiter les migrations forcées.

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Le changement climatique
entraîne l’insécurité en Afrique

Fort du constat fait par le Président de la République française en février 2021 sur le lien entre réchauffement climatique et le développement de l’insécurité en Afrique, le ministère des armées a intégré le climat dans ses paramètres d’action.
Un Observatoire du climat a été ainsi constitué par ce ministère pour analyser les effets « crisogènes » du changement climatique à partir du « nexus » climat / paix / sécurité, pris comme un véritable catalyseur de chaos.

En Afrique, où entre 60 % et 80 % (selon les régions) de la main d’œuvre active se trouvent dans le secteur agricole (4), la pluviométrie consécutive à un réchauffement climatique plus rapide qu’ailleurs (avec des températures devenues insoutenables) impacte fortement le monde rural (baisse des rendements agricoles de 30 à 40%) et peut alors pousser les jeunes à rejoindre le banditisme.

Aussi, en 2024, il y a ainsi eu près de 8 millions de déplacés climatiques en Afrique et d’ici 2050, 5 % de la population africaine devraient migrer en raison du climat. Or, ces déplacements de populations entraînés par le changement climatique ont aussi pour conséquence d’accentuer la dynamique de conflictualité de transhumance entre nomades et sédentaires.

Sur ce dernier aspect, la coexistence entre les éleveurs et les agriculteurs est, de fait, devenue plus compliquée qu’auparavant, compte tenu des évolutions récentes de la gouvernance du foncier en Afrique et de ses ressources. Avec le développement des cultures de rente (comme l’anacarde qui a moins besoin de fumures que d’autres productions alimentaires), les transhumances ont été d’autant plus désorganisées que des acteurs publics chargés d’assurer la conciliation ont maintenant disparu (5).

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Les jeunes ruraux
en première ligne

Les jeunes issus de milieux ruraux sont en fait les plus vulnérables au réchauffement climatique, dont les conséquences s’ajoutent au problème de développement de sites aurifères ou d’aires protégées, qui entraînent le « déguerpissement » forcé des populations locales et poussent ces jeunes au banditisme, avec notamment la constitution de « katibas » pastorales qui lèvent désormais des taxes sur le passage des troupeaux.

Pour autant, même s’ils peuvent bien percevoir ses conséquences sur la baisse des rendements agricoles et au travers d’autres phénomènes (élévation du niveau de la mer), ces jeunes ruraux n’ont pas toujours pleinement conscience du changement climatique. Il convient donc impérativement de faire se rencontrer les savoir-faire locaux et de les valoriser dans le cadre d’actions de sensibilisation / éducation visant les populations des territoires ruraux.

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La piste du numérique
pour l’agriculture africaine

Le développement de la connectivité rurale à partir de solutions fondées sur le solaire peut être une piste de solution pour l’agriculture en Afrique. Le groupe ORANGE est ainsi présent dans 17 pays du continent où il accompagne les porteurs de projet qui ont des solutions innovantes et concrètes par rapport aux enjeux locaux (6).

Les solutions de « pilotage de l’adaptation » par le numérique concernent ainsi l’agrégation des données agricoles permettant aux agriculteurs d’avoir, grâce à un dispositif numérique simple, accès aux meilleures informations (avec de indicateurs de résilience ou ESG…) pour mieux structurer leur activité (amélioration de la gestion de l’eau, des sols…) dans un contexte où le changement climatique est devenu quelque chose de structurel.

Outre l’agriculture, le numérique est d’ailleurs un enjeu fondamental pour le développement de l’Afrique, avec plus de 200 millions d’emplois qui seront créés grâce au numérique.
Cependant, pour cela, il faut aussi que l’énergie puisse être effectivement produite sur le continent, grâce à des programmes d’accélération de l’électrification en Afrique subsaharienne (7) veillant à ce que la transition vers des sources d’énergie diversifiées et propres permette de répondre à une demande en forte croissance, de stimuler le développement économique et aussi de créer des emplois.

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1 - Voir la publication sur AFRICAPRESSE.Paris en 2025 : « Agriculture en Afrique : Les défis actuels de la résilience en débat à l’École militaire de Paris »

2 - En application de la règle dite de CHATAM HOUSE, aucun nom ne pourra être donné dans cet article
3 - Avec, en vue, le pire scénario du GIEC, c’est-à-dire un réchauffement des températures à plus de 4° C.
4 - L’agriculture représente en moyenne 15 % du PIB africain, mais 40 % dans certaines régions, comme le Sahel.
5 - La SODEPRA en Côte d’ivoire a été ainsi dissoute en 1994
6 - Par exemple, la plateforme « Buy from women » développée par ORANGE : https://engageforchange.orange.com/en/programs/cab3373d-44aa-4a42-bbcd-2bdefee963d4
7 - « Mission 300 » du groupe de la Banque mondiale

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