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Le CPA à Lyon / Douglas Mbiandou : « La diaspora peut être le maillon fort pour réenchanter la relation entre l’Afrique et la France »

3 novembre 2020
Le CPA à Lyon / Douglas Mbiandou : « La diaspora peut être le maillon fort pour réenchanter la relation entre l'Afrique et la France »
Douglas Mbiandou, fondateur de Objis.com et de l’association « 10 000 codeurs ». © Capture vidéo « 10 000 codeurs ».
Après Bordeaux, où la rencontre du CPA avec la diaspora des entrepreneurs d’Aquitaine s’est tenue fin septembre, en clôture des JNDA, la deuxième étape de la tournée du CPA en Régions s’est déroulée fin octobre, à Lyon-Villeurbanne. Analyses et témoignages de cœur et et de raison sur les blocages à l’entrepreneuriat des diasporas se sont succédés.

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par Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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Wilfrid Lauriano do Rego, coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique, nous l’avait dit lors de l’entretien qu’il nous a accordé à Bordeaux, première étape de cette tournée régionale à la rencontre des entrepreneurs de la diaspora africaine de France, qui le conduira aussi à Marseille – lundi 9 novembre novembre – et s’achèvera à Paris : ces rencontres s’inscrivent « dans la feuille de route du CPA dont l’idée a été lancée en 2017 à Ouagadougou, où le Président de la République a clairement indiqué sa volonté de mettre la société civile et la diaspora à l’avant-garde de cette nouvelle relation que nous souhaitons renforcer entre l’Afrique et la France. Il a insisté sur l’importance d’avancer avec un tropisme économique, et plus particulièrement celui de l’entrepreneuriat et de l’innovation afin d’embarquer les jeunes dans cette dynamique.

Wilfrid Lauriano do Rego, coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique, durant son propos liminaire à la rencontre CPA-entrepreneurs de la diaspora de Lyon-Villeurbanne, dans les locaux de Euclyde Data Center, vendredi 23 octobre 2020. © AM/AP.P

Le Président de la République a amplifié cette volonté le 11 juillet 2019, en recevant à l’Elysée la diaspora africaine et en confiant un mandat au CPA pour lui faire des propositions concrètes sur la manière de mettre les diasporas africaines aux avant-gardes de la relation entre l’Afrique et la France. »

Comme la réunion de Bordeaux, qui s’était tenue dans un local de la French Tech bordelaise, celle de Lyon-Villeurbanne s’est tenue dans u local emblématique de l’économie numérique, le Euclyde Data Center, et cela grâce à l’entremise de Bruno Bonnell, député de la circonscription et surtout célèbre depuis longtemps pour ses réussites d’entrepreneur avec Infogrames puis Atari et Robopolis.

Christophe Amany, l’arbre et l’oiseau

©AM/AP.P

Christophe Amany, coordonnateur du Collectif lyonnais Africa 50 – une quarantaine d’entités –, créé à l’occasion du cinquantenaire des indépendances africaines et devenu une structure pérenne, souligne que l’association a toujours encouragé les jeunes « dont nous sommes proches » à créer leur propre emploi, et organisé pour les encourager des ateliers de formation avec la CCI et la Chambre des métiers.
« Un adage africain dit : L’oiseau n’oublie jamais l’arbre d’où il est parti !  » C’est pourquoi Africa 50 s’implique aussi dans la relation économique avec le Continent, en organisant notamment le Forum économique pour le développement durable en Afrique (FEDDA), et en animant le club d’affaires Émergence Partenaires.

Bruno Bonnell et la « mission de la diaspora »

©AM/AP.P

Son propos a ainsi pu surprendre ceux qui ne le connaissaient pas déjà, car Bruno Bonnel a ouvert son cœur à l’assistance. Né à Alger, issu d’une famille établie en Algérie depuis 1840, il a quitté son pays natal à l’âge de 8 ans, une expérience de vie qui lui permet de partager le ressenti des personnes de la diaspora, sentiment qu’il exprime en se référant à la belle image de Christophe Amany. Mais si « L’oiseau n’oublie jamais l’arbre d’où il est parti », passer du désir d’acheter une maison au pays d’origine, souvent idéalisé, à l’acte d’investissement, c’est un gap important, qui relève d’une évolution à laquelle il faut se réparer. C’est pourquoi, souligne-t-il, « participer au développement économique de l’Afrique, c’est aussi une mission de la diaspora ! »

Douglas Mbiandou et les « 10 000 codeurs »

© Capture vidéo « 10 000 codeurs »

Après que Samy Ghorbal, modérateur de l’agence 35° Nord, a rappelé les enjeux de la montée en puissance économique des entrepreneurs de la diaspora, une première table ronde, dédiée aux défis et clés du succès, a permis d’entendre les témoignages d’entrepreneurs de la diaspora lyonnaise, au premier rang desquels Douglas Mbiandou.

Enfant camerounais arrivé en France à l’âge de 7 ans, il décroche son diplôme d’ingénieur à l’INSA Lyon en 2000 et après cinq ans de salariat, crée sa propre entreprise, Objis, spécialisée dans la formation informatique, aujourd’hui présente en Cote d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et en France. Très tôt, Douglas Mbiandou crée en parallèle l’association « 10 000 Codeurs » qui sensibilise, forme et insère la jeunesse africaine dans les métiers du numérique.

« Aujourd’hui, arrivé à 44 ans, j’ai besoin de pouvoir donner du sens à ma carrière professionnelle en devenant un repère pour la jeunesse africaine. Je suis le petit de mes grands frères, mais je veux aussi être le grand frère des petits », souligne-t-il sous les applaudissements complices de la salle.

Ainsi, après avoir investi 300 K€ avec sa société, il met à profit un marché décroché au Congo Brazzaville pour promouvoir l’association « 10 000 codeurs » et former 300 jeunes en cours du soir.
C’est de cette première expérience à la confluence de son action entrepreneuriale et associative que Douglas Mbiandou tire une conviction forte :

« Quand j’ai entendu le discours de Ouagadougou du président Emmanuel Macron,[ il y était question] de la richesse des États, des emplois pour les jeunes et les femmes… C’est aujourd’hui notre leitmotiv. Moi, je pense que la femme est l’avenir du numérique en Afrique. Et je suis convaincu que grâce à la proximité culturelle entre des jeunes du Continent et des jeunes des quartiers, la diaspora peut être aujourd’hui le maillon fort du réenchantement de la relation entre l’Afrique et la France. »

Des entreprises à raison d’être

Les témoignages suivants attestent eux aussi d’un caractère constant des entrepreneurs de la diaspora : donner du sens à leur action, développer des entreprises à raison d’être.

C’est le cas de Carole Tawema (Bénin-France), fondatrice de l’entreprise de cosmétique bio Karethic, avec en ligne d’horizon la volonté de contribuer à « lutter contre la pauvreté en Afrique ». Un long chemin, certes, mais où elle engrange déjà des réussites : la reconnaissance des « Grands crus de karité » en 2018, la distribution par Biocop et en pharmacie le tout sur 400 points de vente.

Boubacar Diallo : la diaspora, « un immense atout »

© Capture vidéo « 10 000 codeurs »

C’est le cas également de Boubacar Diallo. Il est le fondateur de Benoo Energies, dont l raison d’être est de favoriser la transition énergétique et la transformation digitale en Afrique, en facilitant l’accès à des équipements adaptés au terrain : kits solaires, mini-réseaux, équipements productifs, outils digitaux comme l’application mobile « Rubize » pour les ventes et les commandes.

Boubacar Diallo aussi considère que « le concept de diaspora est un immense atout pour le rayonnement de la France d’un point de vue culturel mais surtout économique », tout en regrettant que s’il est vrai que la recherche de financement est éprouvante pour tous les entrepreneurs, sans doute l’est-elle un peu plus pour ceux de la diaspora, tant en France qu’en Afrique.

Ibou Diatta : « consommer des produits africains »

© Capture vidéo « 10 000 codeurs »

Après des études de chimie et un début de carrière de basketteur professionnel, Ibou Diatta, jeune sénégalais installé à Grenoble, a créée Balante en 2015, entreprise spécialisée dans l’alimentation africaine. L’idée, toute simple, lui est venue en observant que la grande distribution française proposait les plats de presque toutes les cuisines du monde (japonaise, indienne, mexicaine, antillaise, etc.), mais rarement des plats africains. Pour pallier cette lacune, il crée Balante et pour démarrer son activité, il choisit pour y remédier de produire le bissap, boisson de fête très prisée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.

Aujourd’hui disponible sur tout le territoire français, la boisson est fabriquée dans la région lyonnaise à partir de fleurs d’hibiscus cultivées par des coopératives d’agricultrices du Sénégal, auxquelles Balante est liée par des accords de commerce équitable. À l’avenir, une usine d’embouteillage sera également construite au Sénégal, au plus près des zones de production des fleurs, et Ibou Diatta entend bien élargir l’offre de Balante, tant en termes de produits que de pays de diffusion. « Pour contribuer au développement de l’Afrique, il faut consommer des produits africains », affirme-t-il en conclusion de son intervention.

Incubateur et réseautage

Après les témoignages, un premier échange a eu lieu avec des experts. Olivier Bossa, président de Résonance Nord-Sud (https://resonances-nordsud.org/), a présenté les activités de sa structure – soutenue notamment par l’AFD et la CCI 93 – comme étant « le premier incubateur dédié à la diaspora » et à l’accompagnement des entrepreneurs sociaux ancrés sur le double territoire Île-de-France – une antenne a aussi été créée en Aquitaine – et Afrique.

Landry Djimpe a fait valoir le Réseau des entrepreneurs de la diaspora africaine (REDA, https://www.reda-france.com/) : le REDA se donne pour mission de positionner la diaspora, notamment ses entrepreneurs, au cœur de la politique économique de la France et de l’Europe vis-à-vis de l’Afrique.

Dans cette perspective, le Reda développe son action selon quatre axes : le renforcement des capacités, la mise en relation, le partage d’expérience, le réseautage et le financement. « Face aux problèmes rencontrés, on ne peut pas tout attendre des autres. Créons notre plateforme, montrons l’exemple », conclut Landry Djimpe, dont le témougnage a té conforté par celui de Maguette Sene, créatrice d’une marque de vêtements éco-responsables, affirmant que sa rencontre avec le Redalui avait (enfin) permis de surmonter bien des difficultés.

Reste cependant la difficulté majeure du financement : « On a du mal à attirer des fonds vers l’Afrique », admet Khaled Ben Jennet, associé d’AfricInvest, premier fonds historique d’investissement transfrontalier entre la France et l’Afrique.

Une difficulté fréquente, reconnaît Vincent Di Betta, directeur des activités d’expertises internationales de Bpifrance, et cela malgré quelques véhicules de soutien : prêts d’amorçage, prêts d’honneur, création récente par Bpifrance du fonds de fonds Averroès Africa (avec un premier closing à 55 millions d’euros, et un objectif à 150 M€)…

En tout cas, la mise en place d’un fonds de garantie pour aider à l’internationalisation des jeunes pousses des diasporas serait un élément décisif, et particulièrement dans les « pays phares des diasporas » – Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Madagascar – estime Philippe Dubois, responsable du marché des entreprises Afrique de Société Générale.

Aziz Senni et « l’aventure humaine »

© AM/AP.P

Mais l’argent ne fait pas tout… Pour Aziz Senni, entrepreneur « issu des quartiers » et co-président de la commission Nouvelles responsabilités entrepreneuriales du Medef, « une aventure économique n’est jamais qu’une aventure humaine, on est dans une quête de sens et le partage (…) Avec l’Afrique, nous avons perdu l’avantage compétitif du lien humain (…) nous devons mettre en place une réelle diplomatie économique, aider nos petits ambassadeurs entrepreneurs ».

Bertin Nahoum : « le but est dans le chemin »

© AM/AP.P

Intervenant dans un échange avec Wilfrid Lauriano do Rego à la fin de cette rencontre qui aura duré presque quatre heures, Bertin Nahum, fondateur de Medtech et Président de Quantum Surgical, exprime lui aussi un point de vue humaniste : « C’est tout ce que l’on réalise au quotidien qui fait le sel de la vie d’entrepreneur (…) Dans l’entrepreneuriat comme dans les autres choses de la vie, le but est dans le chemin ».
Et aussi : « C’est vrai que les personnes de la diaspora doivent prouver plus que les autres (…) Mais si nous pouvons être fiers de nos origines, il ne faut pas nous laisser enfermer, tout regarder au travers de leur seul prisme ».

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LIENS UTILES

- Conseil présidentiel pour l’Afrique : https://www.cpafrique.fr/

- Débats du CPA - LYON (Vidéo complète) : https://www.youtube.com/watch?v=fi2YR...

- Association AFRICA 50 : https://africa50lyon.org/

- Euclyde Data Center : https://www.euclyde.com/

10 000 codeurs :
- Notre histoire et nos résultats : https://lnkd.in/dZewEVN
- Nos communautés d’Experts : https://lnkd.in/eaVdGDj
- Devenez Expert #10000codeurs : https://lnkd.in/dkNtvEA
- Devenez Sponsor de #10000codeurs : https://lnkd.in/dG2Af-Q

SUR LE MÊME SUJET

- JNDA 2020 /Wilfrid Lauriano do Rego (CPA) : « La diaspora africaine sera l’avant-garde d’une meilleure relation de la France avec l’Afrique »

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