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CMAAP 8 / Zied LOUKIL, Associé Mazars : « L’Afrique doit se donner plus de moyens pour financer ses PME »

20 avril 2023
CMAAP 8 / Zied LOUKIL, Associé Mazars : « L'Afrique doit se donner plus de moyens pour financer ses PME »
Panéliste expert de la VIIIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris, Zied LOUKIL, Associé Mazars France, a présenté le 12 avril un exposé très précis du rôle fondamental des PME pour satisfaire les besoins de l’Afrique en devenir, où les emplois devront être créés par centaines de millions. De leur capacité d’accès au financement dépendra leur réussite…

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Une contribution de Zied LOUKIL @ZiedLoukil
Associé Mazars France @MazarsenFrance

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La création d’emplois constitue incontestablement un des enjeux majeurs du continent africain pour absorber la hausse démographique. En effet, selon la Banque mondiale, plus de 450 millions de jeunes Africains rejoindront le marché de travail à horizon 2035-2050. Un défi immense pour le continent !

L’Afrique compte cependant de nombreux atouts, dont celui d’être le continent avec la plus grande proportion d’entrepreneurs – qui représentent près de 20 % de la population active.

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La PME au cœur
du développement inclusif

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D’autre part, les PME sont au cœur du tissu économique et de la création d’emplois en Afrique : elles représentent 90 % des entreprises, créent entre 60% et 80% des emplois selon les pays et contribuent à hauteur de 40 % du PIB.

Le développement des PME et donc leur accès au financement est un enjeu crucial de développement structurel et de long terme pour les économies africaines, et constitue aujourd’hui une des principales difficultés rencontrées par les PME.

Certes, elles rassemblent une population hétérogène, de petite taille et essentiellement dans le secteur des services, échappant en grande partie à l’observation statistique, mais elles restent l’avenir de l’Afrique car elles répondent à plusieurs défis d’avenir, notamment en termes de création d’emplois et d’innovation.

Zied LOUKIL durant son intervention, entouré de S. E. M. Alaa YOUSSEF (g.), Ambassadeur d’ÉGYPTE, et de S. E. M. François NKULIKIYIMFURA, Ambassadeur du RWANDA. © F. Reglain/APP

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Sous l’impact
de crises successives

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Face à la crise sanitaire liée à la Covid-19 qui a impacté violemment l’économie mondiale dès le début de 2020, le continent Africain a été confronté à un fort recul de l’activité économique – malgré une bonne capacité de résilience comparée à d’autres régions du monde –, fragilisant ainsi les équilibres budgétaires des États.

Les PME ont été directement touchées par cette crise. Selon une récente étude, + 75 % des PME africaines ont subi une dégradation de leurs revenus, de leurs marges et de leur volume de vente.

À la crise sanitaire vient s’ajouter depuis plus d’un an, la guerre en Ukraine, avec une augmentation des cours de l’énergie et des matières premières (notamment le blé) dont beaucoup de pays africains sont assez dépendants.

Les incertitudes fortes liées à l’évolution du conflit en Ukraine ont affecté l’économie mondiale et provoqué la hausse de l’inflation, poussant les banques centrales à resserrer rapidement leur politique monétaire en augmentant les taux directeurs.

Ces nouvelles conditions ont impacté à l’échelle internationale, les marchés financiers et certaines banques ayant des « business model » concentrés, instaurant ainsi un climat de défiance généralisé dans le système bancaire en mars dernier.

Dans ce nouveau contexte, les dernières perspectives macroéconomiques du Fonds monétaire international (FMI) ont confirmé un « important resserrement » des financements destinés au continent Africain.

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L’accès au financement, l’une
des principales contraintes

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Selon de récentes études, plus de 40 % des PME africaines considèrent l’accès au financement comme une contrainte majeure de leur croissance. Le déficit de financement des PME en Afrique est estimé à plus de 400 milliards USD par an.

Ces difficultés d’accès à un financement dont la maturité correspondrait au cycle économique de l’investissement entraîne de surcroît un recours au financement de court terme, plus coûteux, ce qui impacte souvent la trésorerie des PME, voire leur pérennité.

L’accès au financement bancaire en Afrique est en effet inférieur au reste du monde en développement (20 % à 30 % pour les PME africaines, contre 30 % à 50% pour le reste du monde en développement).

Ainsi, les PME africaines connaissent le plus gros déficit de financement à l’échelle mondiale, y compris comparé aux régions en développement.

Une vue de la salle de conférences de l’Académie des Sciences d’outre-mer durant l’intervention de Zied LOUKIL, le 12 avril 2023. © F. Reglain/APP

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Une modèle de financement,
à réinventer pour relever les défis

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Entre la vision des PME qui déplorent les difficultés d’accès au financement auprès du secteur bancaire traditionnel (cf. : « Les banques ne sont pas intéressées par des dossiers de petite taille »), et celle des banques africaines en termes de perception et d’appétence au risque dans leur politique d’octroi de crédit aux PME (cf. : « Les projets bancables trouvent toujours un financement ! »), la vérité se situe quelque part à mi-chemin… mais où ?

Le système bancaire joue un rôle essentiel dans le processus de création monétaire à travers le crédit bancaire. Les dépôts des clients constituent la principale source de financement des banques.

La mobilisation d’une épargne locale stable favorisant la transformation de dépôts liquides à court terme en crédits à plus long terme, constitue une priorité absolue pour le renforcement des capacités des banques africaines. Atteindre cet objectif implique une meilleure inclusion des PME et du secteur informel, ainsi que la simplification de certaines démarches administratives et exigences réglementaires, cela afin de tenir compte des spécificités de l’écosystème Africain.

La diversification et le renforcement des ressources des États constituent un enjeu majeur pour réduire le déficit de financement du secteur privé.

La promotion des financements alternatifs (microfinance, crowdfunding, capital investissement, etc.), la modernisation des marchés financiers, le développement technologique et l’innovation (connectivité, digitalisation, Fintech, data analytics et scoring, etc.) font partie des solutions à l’équation du financement.. Certains pays africains ont bien avancé sur ces chantiers, sous l’égide des autorités de régulation et avec des retombées très positives.

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Un rendez-vous avec l’Histoire

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« Dé-risquer l’Afrique pour mieux la financer », et particulièrement les PME, acteurs centraux de la création d’emplois, représente un défi particulièrement énorme et complexe. Pour avancer sur ce chemin vital à l’avenir de la jeunesse africaine, il faudra tout à la fois de considérables apports en liquidités (intervention des Banques centrales, mobilisation de l’épargne locale et celle de la diaspora, accès aux financements étrangers, inclusion progressive du secteur informel, promotion des financements alternatifs et privés), l’atténuation et le partage du risque (amélioration du climat des affaires, accès à une information de qualité, mise en place de mécanismes de garantie, adaptation de la régulation bancaire, digitalisation)… et bien sûr une volonté persévérante et sans faille de tous les acteurs concernés !

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Les personnalités du panel et quelques autres ayant participé à notre VIIIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris (de gauche à droite sur le photo) : S. E. M. Alaa YOUSSEF, Ambassadeur d’ÉGYPTE ; M. Alfred MIGNOT, Président AfricaPresse.Paris, concepteur et modérateur des CMAAP ; S. E. M. François NKULIKIYIMFURA, Ambassadeur du RWANDA ; Mme Lucia PETRY, Présidente de BPL Global France ; M. É tienne GIROS, Président du Cian ; Mme Læticia BALOU, Présidente de LB Global Consulting ; S. E. M. Ayed Mousseid YAHYA, Ambassadeur de DJIBOUTI ; M. Zied LOUKIL, Associé Mazars France ; S. E. M. Vijayen VALAYDON, Ambassadeur de MAURICE ; M. Emmanuel PEZÉ, Vice-Président Afrique et Moyen Orient de TINUBU. © F. Reglain

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RETROUVEZ ICI LE REPLAY de notre VIIIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris (CMAAP 8) du 12 avril 2023

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