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#CAPP MAROC-AFRIQUE / Le Maroc affirme à Paris sa volonté d’une émergence économique panafricaine en partenariat gagnant-gagnant

13 juin 2019
Une vue de l’historique salle Lumière de l’Hôtel de l’Industrie – où fut projeté le premier film de l’histoire du cinéma –, qui accueillait la conférence de haut niveau « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée mardi 11 juin à Paris par le CAPP* et AfricaPresse.Paris. © Frédéric Reglain
L’image du Maroc en Europe et même en France est avant tout celle d’un pays de vacances au soleil… Peu savent que le Royaume est devenu l’un des principaux investisseurs en Afrique, et son niveau de développement économique lui confère à présent une influence grandissante sur son voisinage. C’est cette avancée marocaine que le CAPP* (Club Afrique de la Presse Parisienne) a permis de mettre en exergue lors d’une conférence organisée à Paris, mardi 11 juin à l’Hôtel de l’Industrie, sur le thème : « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », devant près de 200 participants. Un événement où huit panélistes de haut niveau, exerçant ou ayant exercé des responsabilités de cadre dirigeant d’entreprise, ont livré leur contribution experte.

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Un article de Jean-Louis Alcaïde, AfricaPresse.Paris (AP.P) |
@PresseAfrica

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Tout a commencé voici deux décennies. Bien sûr, a expliqué Mohcine JAZOULI, ministre marocain de la Coopération africaine, « la relation du Maroc avec le reste de son continent ne date pas d’hier  » mais « elle a été redynamisée depuis vingt ans par la vision claire de SM le roi Mohammed VI   ». Une relation qu’il a « bâtie sur la notion de co-développement, avec des valeurs importantes que sont l’équilibre, la durabilité, le respect, l’équité ». Avec un principe édicté par le chef de l’État marocain : « L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique ».

Et Mohammed VI s’y est fortement impliqué. Au cours de ces vingt dernières années, il a effectué plus de cinquante visites dans une trentaine de pays africains, accompagné à chaque fois d’importantes délégations, signant plus de 1 000 accords de partenariat, dont 500 au cours des cinq dernières années. Ces derniers étaient destinés à «  renfoncer et approfondir les précédents accords, mais aussi pour lancer et financer des investissements sur des projets importants, allant de 5 millions de dollars jusqu’à 3 milliards de dollars  ». Ils ont concerné beaucoup de domaines : l’agriculture, la pêche, l’industrie, la santé, l’éducation, la culture, etc.

Le Maroc a ainsi pu «  tisser une bonne capillarité avec les pays du continent », a reconnu Mohcine JAZOULI, ce qui permet désormais au royaume de « se positionner comme un hub de partenariats tripartites. Par exemple, a-t-il précisé, nous sommes en train de développer un partenariat Chine-Maroc-Afrique, USA-Maroc-Afrique ou encore Europe-Maroc-Afrique. Mais nous travaillons aussi avec la France pour partager nos expériences et développer le Continent »...

Une politique « des plus ambitieuses au monde »

« L’émergence est une ambition de tous les pays africains, a analysé pour sa part Lionel ZINSOU, ancien Premier ministre du Bénin, c’est la volonté de sortir du sous-développement et d’arriver à une société de bien-être  ». Pour le président-cofondateur de la banque d’affaires Southbridge, dédiée à l’Afrique, le Maroc «  exprime bien » ce qu’est cette émergence : « Un programme politique, une volonté de changements qualitatifs profonds, une attente des populations ».
Mais, a-t-il prévenu, cela suppose « un niveau d’infrastructures supérieur à celui dont avons hérité au moment des indépendances. Aujourd’hui, nous sommes sortis de tout cela, mais il faut bien voir que le Maroc en est sorti parmi les tout premiers ».
En matière énergétique, par exemple, le Maroc a été « capable d’exécuter » une politique « des plus ambitieuses au monde  » pour la transformation du mix d’énergies. « Si bien que, a souligné Lionel ZINSOU, ce pays est aujourd’hui en avance technologiquement, faisant la preuve que le solaire et l’éolien peuvent être compétitifs face aux énergies fossiles, notamment avec la moins chère, le charbon ».

La puissance de l’informatique et du digital

Ce qu’a confirmé Marie-Ange DEBON, directrice générale France de Suez et directrice générale adjointe du groupe Suez. La co-présidente du Club des entrepreneurs France-Maroc de Medef International s’est ainsi déclarée impressionnée par « la puissance de l’informatique et du digital » au Maroc.
De fait, Lydec, la filiale marocaine à 51 % du groupe français Suez, «  a acquis une richesse d’innovations qui irriguent maintenant tout le groupe Suez  ».
Le niveau de technologie de cette filiale qui gère la distribution d’eau potable et d’électricité, la collecte des eaux usées et pluviales ainsi que l’éclairage public pour plus de 4 millions d’habitants de la Région du Grand Casablanca, «  est tout à fait comparable à celui des grands opérateurs dans le monde, que ce soit dans la communication avec ses utilisateurs finaux, la capacité à gérer à distance ses installations de distribution ou de traitement de l’eau  », a pointé Marie-Ange DEBON. Pour elle, il s’agit là d’un « indicateur d’émergence très important ».

Au même titre que le niveau de formation qui « a fortement progressé, notamment au niveau des managers ou des agents de maîtrise » ou la prise de conscience de «  l’importance de l’économie circulaire  » Celle-ci, a noté la DGA du groupe Suez, est un « très bon indicateur du niveau de développement du Maroc, notamment dans le domaine de l’énergie, avec le grand succès des renouvelables, mais aussi la réutilisation de l’eau (agriculture, arrosage des espaces verts, nettoyage des rues, etc.) et des déchets en substitution des combustibles fossiles ».

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Les personnalités participant à la conférence de haut niveau « Le Maroc, une ambition d’émergence avec l’Afrique », organisée mardi 11 juin à Paris par le CAPP* et AfricaPresse.Paris. De gauche à droite : Khaled IGUÉ, Président du cercle de réflexion CLUB 2030 AFRIQUE, ancien Directeur des Partenariats publics Afrique de l’OCP ; Karim BERNOUSSI, PDG fondateur d’INTELCIA, entreprise marocaine implantée en Afrique subsaharienne et en Europe ; Youssef ROUISSI, Directeur général adjoint Finances et Investissement du Groupe ATTIJARIWAFA BANK (AWB) ; Madame Rima LE COGUIC, Directrice Afrique de l’Agence française d’Investissement (AFD) ; Mohcine JAZOULI, Ministre marocain délégué aux Affaires Africaines ; Madame Marie-Ange DEBON, Directrice générale France, DGA Groupe SUEZ, co-Présidente du Club des Entrepreneurs France-Maroc ; Alfred MIGNOT, Président du Club Afrique de la Presse Parisienne (CAPP), Directeur de Africapresse.Paris, modérateur de la conférence. Étienne GIROS, Président délégué du Conseil français des Investisseurs en Afrique (CIAN), Président de l’European Business Council for Africa and Mediterranean (EBCAM) ; Lionel ZINSOU, ancien Premier ministre du Bénin, Directeur associé fondateur de la banque d’affaires Southbridge, dédiée à l’Afrique. © Frédéric REGLAIN.

Stratégie d’acquisitions

Preuve des ambitions panafricaines du Maroc, le secteur bancaire marocain s’est lancé depuis l’an 2000 dans une stratégie d’acquisitions d’établissements financiers ainsi que de développement des activités, tant au Maghreb qu’en Afrique subsaharienne francophone : «  Le cumul des réseaux des trois premières banques marocaines s’élève aujourd’hui à environ 2 500 agences, contre zéro en 2000  », a fait remarquer Youssef Rouissi, directeur général adjoint Financement et Investissement du Groupe Attijariwafa Bank (AWB). Au point où « les trois banques marocaines les plus engagées sur le Continent sont désormais les premières banques de l’Afrique subsaharienne de la zone CFA, assez loin des banques françaises  », selon Lionel ZINSOU.

Et le secteur bancaire marocain ne compte pas en rester là. Outre le fait que le faible taux de bancarisation des populations africaines (moins de 20 %, voire moins de 10%) lui fait entrevoir un champ d’action énorme, un établissement comme « AWB vise aussi les pays africains anglophones », a précisé Youssef Rouissi. En 2017, son groupe s’est implanté en Égypte avec l’acquisition de Barclays Egypt.

« Partenariats gagnant-gagnant »

Il y a la puissance financière, mais il y a aussi la méthode. Selon Khaled IGUÉ, président du Club Afrique 2030, ancien directeur des Partenariats publics Afrique de l’OCP, «  en quatorze ans, le Maroc a investi 3,5 milliards d’euros dans les pays africains et est devenu leur premier partenaire financier, avec une prédilection pour trois secteurs : les services financiers (50 %), les télécoms (17 %) et l’industrie (17 %)".

Pour y arriver, a-t-il expliqué, « au cours des trente dernières années, le Maroc a d’abord bâti un écosystème d’entreprises capables de rivaliser avec les plus grandes entreprises dans ce monde ». Et Khaled IGUÉ de citer le PDG de l’OCP, selon lequel « les seules entreprises qui survivront sont celles qui vont se diversifier et de se concentrer sur l’humain et sur l’environnement. Cela veut dire que vous sortez de la relation client-fournisseur, pour entrer dans celle du partenariat. En Afrique, l’OCP propose aux « pays frères » des “partenariats gagnant-gagnant”  ».

Les trois conditions de la réussite

« La politique africaine en matière industrielle et des entreprises du Maroc devrait être un exemple pour les pays européens », a abondé Étienne GIROS, président délégué duCIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique) et président de l’European business council for Africa and Mediterranean (EBCA).
Pour lui, cette politique a été possible car trois conditions ont été remplies : « Primo, avoir une gouvernance de qualité qui porte une vision ; deuzio, disposer d’infrastructures qui, au Maroc, figurent parmi les meilleures du Continent ; tertio, l’éducation et la formation, deux secteurs marocains excellents, au point où ils commencent à jouer un rôle dans la formation des élites africaines  ». Y compris la formation des imams des autres pays musulmans.

Ayant franchi ces étapes-là, a-t-il ajouté, «  le Maroc a pu entreprendre une ouverture très sérieuse vers l’économie mondiale et une orientation stratégique très forte sur l’Afrique ». Et le président du CIAN de citer deux exemples : l’investissement très important de Renault à Tanger où sont employées 5 000 personnes, pour produire 500 000 voitures par an, et l’aéronautique, secteur où «  beaucoup de travaux de sous-traitance ou de maintenance sont désormais réalisés au Maroc ». « Intelligemment, a conclu Étienne GIROS, le Maroc « a choisi l’Afrique, car c’est le continent de l’avenir. L’Europe et la France devraient s’en inspirer ».

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Président du CAPP*, directeur du site d’information www.AfricaPresse.Paris et initiateur de la conférence, Alfred MIGNOT présente les personnalités du panel de haut niveau aux quelque 200 participants réunis dans l’historique salle Lumière de l’Hôtel de l’Industrie. © Frédéric REGLAIN

Partenariat trilatéral France-Maroc-continent africain

Une idée partagée par Rima LE COGUIC, directrice Afrique de l’Agence française de Développement (AFD). « Après avoir ciblé l’Europe, a-t-elle rappelé, le Maroc a fait le pari du continent africain, avec raison car les marchés de demain sont là, ainsi que la croissance et les investissements ». Et saisissant la main tendue par Mohcine JAZOULI, le ministre marocain de la Coopération africaine, Rima LE COGUIC a assuré que la France a « une carte à jouer pour essayer d’embarquer le Maroc dans un partenariat trilatéral France-Maroc-continent africain  ».
Paris ne manque d’ailleurs pas d’arguments : le Maroc reste le premier destinataire des financements de l’AFD, avec 400 millions d’euros par an, en appui des investissements depuis quelques années. Un appui qui s’oriente de « plus en plus vers le renforcement de l’emploi et la politique internationale du Maroc  ».

L’enjeu de l’intégration économique africaine

Car au delà des partenariats économiques, le Maroc a aussi commencé à faire des investissements, de plus en plus industriels (engrais, pharmacie, ciment). « Aujourd’hui, a observé Rima LE COGUIC, le Maroc est le deuxième investisseur africain en Afrique, derrière l’Afrique du sud, dans des secteurs et des pays géographiquement de plus en plus diversifiés. Et, après les pays francophones, on voit de plus en plus les Marocains dans les zones anglophones de l’Afrique  ».

L’éventuel partenariat tripartite France-Maroc-continent africain peut avoir d’autant plus de sens que l’intégration économique des pays est en marche. Le 1er juillet prochain entrera en effet en vigueur la Zone de libre-échange continentale qui, à terme, créera un marché unique de 1,2 milliard de consommateurs. « Toutes les études le montrent, plus les pays africains seront intégrés, plus grand sera le marché unique, plus forte sera la croissance », a conclu Lionel ZINSOU, considérant très positivement le souhait du Maroc de rejoindre la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dont le Royaume se rapproche peu à peu depuis quelques années. Une voie non négligeable pour accélérer encore l’émergence du Maroc en Afrique.

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Président : Alfred Mignot - Contact : CAPP@africapresse.paris

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