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Belle réussite du grand colloque du CAMED
sur « Les défis méditerranéens »

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 9 février 2010 | src.leJMED.fr
Paris - Organisé par le Dr Ijab Khoury, Présidente-fondatrice du CAMED, et Intitulé « Les Défis méditerranéens », l’important colloque qui s’est déroulé durant toute la journée de mardi 2 février à l’Assemblée nationale, a largement tenu ses promesses : tour d’horizon quasi exhaustif et sans tabou, intervenants de grande qualité, public très nombreux et captivé.

Photo ci-dessus, de g. à dr. : le Pr Bernard Debré, ancien Ministre, Député de Paris, Président d’honneur du CAMED ; Renaud Muselier, ancien Ministre, Député des Bouches-du-Rhône, Président du Conseil Culturel de l’Union pour la Méditerranée ; Mme le Dr Ijab Khoury, adjointe au Maire du XVIe arrdt. de Paris, Présidente-fondatrice du CAMED (Cercle Amical pour la Méditerranée) et organisatrice du colloque. © LeJMED.fr


À vrai dire, ce colloque était en lui-même un défi, car au menu des six tables rondes, Mme le Dr Ijab Khoury et le Pr Bernard Debré, Député de Paris, Président d’honneur du colloque et du Cercle Amical pour la Méditerranée (CAMED), n’ont pas hésité à programmer des interventions et débats sur des questions délicates, censées cliver les assemblées, et que souvent les organisateurs de ce genre de rencontre évitent à tout prix. Ce fut par exemple le cas de la première table ronde, dédiée à l’examen de l’état des lieux du conflit israélo-palestinien.

Israël-Palestine :
la vision d’avenir de Boutros-Boutros Ghali

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De gauche à droite au premier rang : Maître Marc Lévis, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation ; SAR la Princesse Fadila Farouk ; le Pr Bernard Debré, ancien Ministre, Député de Paris, Président d’honneur du CAMED ; Renaud Muselier, ancien Ministre, Député des Bouches-du-Rhône, Président du Conseil Culturel de l’Union pour la Méditerranée ; Mme le Dr Ijab Khoury, adjointe au Maire du XVIe arrdt. de Paris, Présidente-fondatrice du CAMED (Cercle Amical pour la Méditerranée) et organisatrice du colloque. © LeJMED.fr

De cette première table ronde, à laquelle participait notamment SE Nassif Hitti, Directeur de la Mission de la Ligue des États Arabes à Paris, on pourra retenir avant tout la vision prospective de Boutros Boutros-Ghali. Pour l’ancien Secrétaire général de l’ONU, puis de l’Organisation internationale de la Francophone, « la seule donnée démographique autour et à l’intérieur d’Israël nous dicte un choix de solution pour le long terme (…) Israël, pays démocratique – l’un des rares de la région – connaîtra une profonde transformation de son électorat d’ici à quelques décennies, pour atteindre d’abord une parité entre Israéliens juifs et Israéliens d’origine arabe, chrétienne ou musulmane. Cette parité pourrait être ensuite dépassée.

L’hypothèse de deux États séparés – l’un Juif, l’autre Palestinien – devient ainsi de moins en moins crédible. »

Reste, selon M. Ghali, et ainsi que le rapporte notre collaborateur Alfi Malek à imaginer une fédération, à l’image de l’Afrique du Sud, où deux identités seraient unies dans un même territoire…

La burqa,
marqueur d’un « obscurantisme de la modernité »

Les organisateurs du colloque ont aussi eu le cran de mettre à l’ordre du jour cette question délicate et actuellement fortement débattue, celle de la burqa, incluse dans une table ronde à l’intitulé certes plus académique : « Identité et laïcité : le modèle laïque est-il dépassé ? ».

N’empêche, c’est Hélé Béji, universitaire et écrivain tunisienne, qui a sonné une véritable charge anti-burqa, avec le tempérament et le talent qui lui sont largement reconnus. Pour Hélé Beji en effet, la burqa apparaît comme un marqueur de « l’obscurantisme de la modernité », une « outrance post-moderne d’une gestuelle cultuelle régressive », à la fois expression de « l’hyper-individualisme » de notre époque et du « fétichisme religieux musulman ». On aura compris que Hélé Béji est profondément hostile au port de la burqa, et qu’elle inscrit son propos dans l’esprit de la laïcité à la française, soit la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Religion, identité et laïcité

Ce thème de la laïcité fut également repris dans l’intervention de Thibault Colin, philosophe et écrivain, ainsi que par Pierre Lambicchi, le grand Maître du Grand Orient de France.

S’essayant à proposer des éléments de définition de la laïcité, Thibault Colin insista sur le principe fondateur de dissociation entre citoyenneté et religion, concédant cependant que l’approche rationaliste des laïcs renvoyait tout de même à un présupposé moral, voire anthropologique, et donc à un questionnement premier – qu’est-ce que l’homme ? – très proche du questionnement métaphysique, voire religieux…

Pierre Lambicchi, Grand Maître du Grand Orient de France, résuma d’une formule la posture constante des francs-maçons, auxquels la France doit en grande part la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat : « L’Etat à l’Etat, les églises à l’Eglise ».

Cela dit, le Grand Maître révéla une réalité peu connue : des loges maçonniques du Grand Orient sont actives dans plusieurs pays sud-méditerranéens, et, depuis déjà douze ans, le Grand Orient promeut dans ses travaux le rapprochement des deux rives de la Méditerranée – une information que Patrice Billaud, 1er Grand Maître adjoint du GODF, avait lui aussi livrée quelques jours auparavant, lors d’un colloque au Palais du Luxembourg.

Mais, « l’Islam est-il compatible avec la laïcité ? », s’interrogea Raphaël Liogier, Directeur de l’Observatoire du religieux de Sciences Po Aix-en-Provence. « Non, estima-t-il, aucune religion ne peut d’ailleurs accepter la laïcité », la cohabitation que nous connaissons en France étant l’objet d’un perpétuel compromis entre deux forces antagonistes.

En revanche, selon Emmanuel Espagnol, historien, « il faut garder foi en la raison » (sic !), car si en effet l’Islam fait aujourd’hui l’objet d’une instrumentalisation politique, des études nous apprennent que la pratique religieuse des musulmans de France est en baisse, et qu’elle évolue donc conformément à la tendance générale. Il ne faut donc pas se laisser abuser par les effets d’optique des « affirmations identitaires, qui elles sont plus fortes et plus visibles »…

Pour une coopération monétaire
et bancaire en Méditerranée

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Le Pr Christian de Boissieu, Président du Conseil d’analyse économique auprès du PM François Fillon. © Le JMED.fr

Christian de Boissieu, économiste de renom et Président du Conseil d’analyse économique auprès du PM François Fillon, est un observateur assidu des évolutions macroéconomiques du Bassin méditerranéen. Participant à la table ronde dédiée à l’économie, il affirma, comme lors d’une récente intervention auprès de l’IPEMED, l’importance « d’aller vers une coopération monétaire et bancaire en Méditerranée » et que « la création d’une banque de financement de la Méditerranée serait un symbole politique fort », reconnaissant d’ailleurs que sur ce point il avait évolué, car il y a quelques années il était opposé à cette option.

Mais, en Méditerranée, depuis une décennie, le financement de grands projets vient aussi des banques islamiques, qui s’y développent à un rythme soutenu, à côté des banques « classiques » préexistantes. Un thème également fort opportunément mis à l’ordre du jour – peu de gens savent en effet de quoi il retourne – et que Estelle Brack, économiste chargée de Chargée de relations externes et affaires internationales à la Fédération bancaire française, éclaira de son expertise.

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Henry Marty-Gauquié, Directeur de la BEI à Paris, en charge des liaisons avec les organisations internationales. © LeJMED.fr

Autre grand financeur en Méditerranée, la Femip (BEI) que dirige Philippe de Fontaine-Vive Curtaz, était représentée par Henry Marty-Gauquié, Directeur de la BEI à Paris, en charge des liaisons avec les organisations internationales.

Pour HMG, la crise a mis en exergue « le formidable degré d’interdépendance auquel, volens nolens, les économies des deux rives de la Méditerranée sont déjà parvenues ». En effet, si la crise semble avoir moins affecté les pays du sud, notamment parce qu’ils sont moins intégrés à l’économie globale, et aussi parce que le secteur informel y joue un rôle d’amortisseur, un certain nombre d’indicateurs démontrent clairement leur haut niveau de dépendance : les IDE y ont fortement baissé, ainsi que le flux touristique et les exportations vers le nord européen, tandis que les transferts des migrants du nord vers le sud ont aussi enregistré un net recul, et ces facteurs conjugués ont évidemment induit une moindre croissance des pays émergents du sud.

Par ailleurs, observa Henry Marty-Gauquié, « la sur-perception du risque est l’une des caractéristiques de la Méditerranée. Il nous faut donc travailler sur la confiance vis-à-vis de l’extérieur ; le Nord doit continuer à soutenir le Sud, en orientant plus les financements vers l’économie réelle ».

La fantastique aventure du Droit romain-méditerranéen

La table ronde dédiée à la thématique de l’harmonisation des droits méditerranéens aurait pu être rébarbative, elle s’avéra passionnante, grâce au talent des intervenants qui surent intéresser un public non expert.

Ainsi Mme Emmanuelle Chevreau, professeur agrégé, nous conta-t-elle comment le droit romain s’était dès les origines construit comme un système juridique à vocation universelle, tout en préservant et en intégrant les usages locaux antérieurs, et sans jamais s’imposer par la force, mais en étant proposé comme option alternative aux différents droits régionaux. Une aventure qui aurait pu tourner court à la suite de la chute de l’Empire d’Occident, mais qui au contraire continua de prospérer, grâce aux écoles de droit de Beyrouth et de Constantinople qui, soutenues par l’empereur Justinien, aboutiront, en 533, à la publication de la première compilation historique de droit civil, le fameux Corpus Juris Civilis, aussi appelé le Code de Justinien… qui inspire aujourd’hui encore l’essentiel de notre propre Code civil.

Dominique Charpin, Directeur d’Études à l’École Pratique des Hautes Études (Paris I Panthéon-Sorbonne), raconta comment au fil des siècles le droit romain « qui a quasiment tout inventé » fit le tour de la Méditerranée – à la seule exception de Malte et Gibraltar, régies par le droit anglo-saxon – et au-delà jusqu’en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Ainsi ce tronc commun du droit romain-méditerranéen apparaît-il aujourd’hui encore comme l’un des exemples les plus probants des passerelles civilisationnelles à l’œuvre depuis plus de deux mille ans en Méditerranée.

Pour l’harmonisation du droit des affaires
en Méditerranée

Fertilisé par ce long passé commun, le droit est-il aussi l’un des moteurs de l’avenir en Méditerranée ?

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Maître Marc Lévis, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation. © LeJMED.fr

Telle paraît être la conviction de Maître Marc Lévis, qui souligna l’importance des déclarations du Sommet fondateur de l’Union pour la Méditerranée (UPM) le 13 juillet 2008. « Là où il y a une société, il y a du Droit », affirma l’avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation. Puis : « L’essoufflement du Processus de Barcelone a conduit à une refondation, avec la création de l’UPM. De cela découlera une refondation du Droit méditerranéen », dont les Déclarations du 13 juillet 2008 et du 5 novembre 2008 constituent les prémices, estima Maître Lévis, « par la force normative majeure, considérable, des signataires » soit 43 États et plusieurs organisations internationales. De ce fait, il est prévisible que les progrès de l’UPM se mesureront aussi à l’aune de l’avancée d’un droit de plus en plus commun, et… réciproquement !

L’harmonisation du droit des affaires en Méditerranée est l’une de ces avancées dont on comprend aisément qu’elle favoriserait au plus haut point la sécurisation des investissements directs étrangers (IDE) et donc la confiance des opérateurs économiques internationaux.

De cette harmonisation du droit des affaires en Méditerranée – projet fortement soutenu par le CAMEDJean Paillusseau, Professeur émérite de l’Université de Rennes, expliqua qu’elle n’était point irréaliste, si l’on veut bien prendre en considération les exemples de l’OHADA (L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires), et de l’OHADAC (Organisme pour l’Harmonisation du Droit des Affaires dans la Caraïbe ), deux organismes qui visent à mettre en œuvre des espaces communs de droit des affaires (17 pays adhérents à ce jour pour l’OHADA, tandis que le projet OHADAC est en cours de finalisation). Des exemples dont pourrait s’inspirer l’UPM, car « Ça marche plutôt bien ! », conclut le Pr Paillusseau.

Culture et coopération :
le Conseil Culturel et la Francophonie

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Renaud Muselier, ancien Ministre, Député des Bouches-du-Rhône, Président du Conseil Culturel de l’Union pour la Méditerranée. © LeJMED.fr

Ancien ministre, Député des Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier fit le point d’étape sur les activités, les ambitions et les projets du Conseil Culturel de l’Union pour la Méditerranée qu’il préside.

Créé il y a à peine plus d’un an par décret présidentiel, le CC UPM, sous la direction de sa Secrétaire générale, Mme Cécile Longé,, présente un premier bilan d’activité bien rempli : constitution d’un groupe de réflexion et mise en place d’un comité stratégique internationaux, création du « Fonds méditerranéen pour la Culture », ouverture du site www.conseilculturel-upm.gouv.fr, contribution à l’opération de don de 500 000 livres du fonds BNF à la Bibliotheca Alexandrina, programmation de la semaine télévisuelle méditerranéenne, contribution en mai prochain au Forum-expo du Caire des métiers d’art et d’artisanat de la Méditerranée… et de nombreux autres projets en cours d’élaboration.

Parmi ceux-ci, celui annoncée le matin par Alain Joyandet, Secrétaire d’État chargé de la coopération et de la Francophonie : la mise en place d’un espace de création et de recherche commun, ouvert aux établissements français du bassin méditerranéen. Ce projet devrait permettre dans un premier temps la réalisation d’une exposition itinérante à partir des productions écrites et audiovisuelles réalisées par les élèves des établissements du réseau de l’Agence pour l’Enseignement français à l’étranger (AEFE) et de la mission laïque française (MLF). À ce jour, 33 établissements participent à ce programme, dont 20 hors de France représentant ainsi 11 pays méditerranéens. Thème de l’expo : « Femmes de la Méditerranée, entre tradition et modernité ».

Fadela Amara développe des réseaux de villes
en Méditerranée

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Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville. © LeJMED.fr

Comme lors des précédents grands colloques du CAMED, c’est Mme Fadela Amara, Secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la Ville, qui prononça le discours de clôture.

« Je suis de celles et de ceux qui pensent que l’Union pour la Méditerranée peut-être le vecteur de la construction d’une paix durable en Méditerranée. Ce partenariat doit s’appuyer sur des projets concrets qui améliorent la vie des gens au quotidien… »

Et Fadela Amara d’annoncer quelques initiatives : « je veux développer les réseaux de villes qui permettent de réunir autour de problématiques communes, des villes qui partagent les mêmes enjeux et défis qu’il leur faut relever. (…) C’est ce que je construis au Liban à travers le Réseau des 3 villes qui réunit Beyrouth, Saida et Tripoli et que je souhaite voir élargir aux villes européennes. (…) Je travaille également à la réalisation d’un véritable label de villes nouvelles qui sont appelées à se développer en Egypte, en Algérie, au Maroc... Je souhaite créer un label qui prenne en compte l’environnement, la qualité des transports, du bâti… »

Dans cette perspective, la Secrétaire d’État annonça un colloque sur les villes nouvelles et durables qui se tiendra en juin prochain à Marseille, et réunira experts, élus et acteurs locaux autour de la problématique des villes nouvelles en Méditerranée.

Fadela Amara souligna aussi combien « les femmes de la Méditerranée contribuent depuis longtemps à tisser des liens entre les deux rives (…) Les femmes du Bassin méditerranéen ont des batailles communes à remporter pour la dignité humaine, pour l’émancipation, et trop souvent encore pour faire respecter les conventions internationales sur les droits humains fondamentaux dans les lois et surtout dans les mentalités.

Et c’est en ce sens qu’elles constituent le vecteur par lequel l’Union pour la Méditerranée prendra forme. »

Il ne restait donc plus à la Secrétaire d’Etat qu’à rendre un hommage appuyé à Mme le Dr Ijab Khoury, Présidente-fondatrice du CAMED et organisatrice de ce remarquable colloque. Un hommage auquel leJMED.fr s’associe pleinement, sans oublier tous ceux qui lui ont prêté main forte ou qui ont soutenu l’action du Dr Ijab Khoury, notamment le Secrétariat d’Etat à la Francophonie, le Secrétariat d’Etat à la politique de la Ville et… l’entreprise Total. Un bel exemple de PPP – partenariat public privé – en somme, et qui illustre pertinemment la philosophie d’action que veut promouvoir l’Union pour la Méditerranée.

© Alfred Mignot pour leJMED.fr

Site du CAMED : http://www.le-camed.com
Courriel CAMED : lecamed@hotmail.fr


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