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BearingPoint / Les opérateurs télécoms doivent repenser leur modèle d’expansion internationale, notamment en Afrique

15 décembre 2025
BearingPoint / Les opérateurs télécoms doivent repenser leur modèle d'expansion internationale, notamment en Afrique
Les trois coauteurs BearingPoint : Jean-Michel Huet, Associé ; Thibaud de Bretteville, Senior Consultant ; Celia Benboualia (photo manquante).
Alors que les opérateurs télécoms historiques font face à un ralentissement de la croissance sur leurs marchés domestiques, l’Afrique apparaît comme un espace d’opportunités combinant demande numérique croissante, accélération des usages, investissements internationaux, et écosystèmes d’innovation en plein essor.

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Une contribution BearingPoint
par Jean-Michel Huet, Associé
Celia Benboualia et
Thibaud de Bretteville, Senior Consultant

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À travers cette nouvelle dynamique, la croissance ne passe plus seulement par l’extension des réseaux, mais par la capacité des opérateurs à se positionner sur les services IT, s’ancrer localement, catalyser les innovations et mobiliser les financements structurants nécessaires à la transformation numérique du continent. Trois leviers structurants se dessinent, portés par les évolutions technologiques, les besoins des entreprises et la montée en puissance des politiques publiques.

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La montée en puissance des services IT :
un levier désormais crucial
pour diversifier les revenus

Les services voix et data, longtemps moteurs de la croissance télécom, montrent aujourd’hui des signes d’essoufflement. En Afrique du Sud, les revenus voix ont reculé d’environ 10 % en cinq ans et la progression des usages data ne compense plus intégralement ce ralentissement.

À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, les revenus récurrents pourraient encore diminuer de 5 % d’ici à quelques années.
Cette tendance oblige les opérateurs à se tourner vers de nouveaux terrains de croissance, en particulier les services IT à forte valeur ajoutée, face à une concurrence accrue des hyperscalers, des ESN et des fintechs qui investissent eux aussi ce segment.

Ce virage repose sur une transformation profonde de la demande. Les entreprises, les services publics et les administrations cherchent à moderniser leurs outils numériques et à sécuriser leurs infrastructures. La souveraineté numérique devient également un enjeu majeur pour de nombreux États.

Au Sénégal, la signature d’un accord avec Google pour déployer un cloud souverain à Dakar marque une étape importante : héberger localement les données critiques, tout en soutenant la dématérialisation croissante des services publics. Dans le même temps, les premiers projets autour d’infrastructures cloud et d’IA « souveraines » émergent, afin d’éviter une dépendance excessive à quelques acteurs globaux.

Parallèlement, les investissements dans les data centers se multiplient. Des acteurs comme IFC financent des infrastructures hyperscale au Kenya, au Nigeria ou en Afrique du Sud, permettant la montée en puissance progressive d’un cloud africain. Selon les projections, le marché du cloud et des data centers sur le continent pourrait atteindre 622 milliards de dollars d’ici à 2030. La cybersécurité connaît une dynamique similaire : un marché estimé à 2,7 milliards de dollars d’ici à 2025, où les opérateurs, comme MTN Business en partenariat avec Cloudflare, renforcent leur rôle d’intégrateurs de solutions de sécurité avancées.

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Partenariats et innovation locale :
construire des écosystèmes pour accélérer
les usages et renforcer l’ancrage territorial

Dans un continent où seuls 38 % des habitants sont connectés, et seulement 23 % en zone rurale, les enjeux dépassent largement la simple extension de couverture. Les opérateurs qui réussissent sont ceux qui parviennent à s’inscrire dans les écosystèmes locaux, en créant des synergies durables avec les start-ups, les intégrateurs, les institutions et les communautés tech nationales. La valeur ne se limite plus à la bande passante ; elle se construit autour d’usages adaptés aux réalités locales, comme l’e-santé, l’e-éducation, les plateformes de commerce ou les services numériques aux PME.

Les États africains jouent un rôle moteur dans cette dynamique. Le plan Digital Morocco 2030 vise à soutenir 3 000 start-ups et à créer 270 000 emplois, tandis que le Nigeria déploie un programme d’investissement de 2 milliards de dollars pour former plusieurs millions de talents techniques, dont 90 000 déjà formés en 2025. Au Kenya, la « Digital Super Highway » interconnecte près de 300 sites publics, accélérant l’adoption des services numériques et facilitant les partenariats avec les opérateurs. Ces initiatives créent un environnement où la co-innovation devient non seulement possible, mais nécessaire pour structurer un marché encore fragmenté et très hétérogène.

Les opérateurs bénéficient de leur ancrage local, de leurs réseaux de distribution, de leurs solutions de paiement mobile ou de leur maîtrise des régulations, mais ils doivent désormais collaborer avec les acteurs nationaux pour adapter leurs offres et construire des modèles viables. Ce rôle de “catalyseur d’écosystème” constitue l’un des principaux facteurs de différenciation dans des marchés où les usages évoluent vite et où les solutions importées ne suffisent plus.

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L’alignement avec les priorités des banques
de développement : un accélérateur stratégique
pour sécuriser et déployer des infrastructures clés

Un tournant se dessine ces dernières années : les infrastructures numériques redeviennent une priorité pour les grandes institutions internationales. Banque mondiale, AFD, BAD ou BEI renforcent leurs financements dans la connectivité, la cybersécurité, les data centers souverains et les services publics numériques, y compris les infrastructures publiques numériques que sont l’identité, les paiements et les plateformes de données. Pour les opérateurs, s’inscrire dans ces priorités représente une opportunité déterminante pour accélérer leur expansion tout en limitant leurs risques financiers.

Les bailleurs concentrent leurs interventions sur les infrastructures publiques essentielles, comme les dorsales fibre optique, les corridors régionaux, les data centers nationaux ou les plateformes d’e-gouvernement. En 2025, la République démocratique du Congo a ainsi obtenu 500 millions de dollars de prêts auprès de l’AFD et de la Banque mondiale pour renforcer sa connectivité nationale. En Mauritanie, un projet financé par la Banque mondiale a permis de déployer 1 700 kilomètres de fibre, connectant 53 000 localités et faisant chuter le prix du haut débit de 7 000 dollars à 55 dollars par mois.

Les bailleurs encouragent également la mobilisation du capital privé au travers de prêts verts, des obligations durables et des modèles mixtes. Proparco, IFC ou DEG financent de plus en plus des projets combinant rentabilité commerciale et impact social. Pour les opérateurs, cela suppose de démontrer leur contribution à des objectifs de développement durable, de respecter des normes ESG strictes et de s’inscrire dans une logique d’inclusion numérique.

Cette complémentarité entre financements publics et privés crée un cadre nouveau où les opérateurs peuvent accélérer leurs projets, sécuriser l’accès aux ressources critiques et renforcer leur légitimité auprès des gouvernements. Elle permet surtout d’articuler investissements d’infrastructure, innovation locale et croissance économique, dans un modèle plus durable et plus résilient.

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de notre XXe CONFÉRENCE DES AMBASSADEURS DE PARIS (CAP 20)

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