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BearingPoint / L’internationalisation des opérateurs télécoms en Afrique a-t-elle fait long feu ?

7 décembre 2025
BearingPoint / L'internationalisation des opérateurs télécoms en Afrique a-t-elle fait long feu ?
Image © Telco-Infra-News.
Le 4 décembre, à l’occasion de la XVIe édition de l’Observatoire du Développement International, BearingPoint a rendu public un focus sur le secteur des télécommunications et en particulier sur les nouveaux paradigmes qui accompagnent les opérateurs télécoms dans leur développement international, notamment en Afrique.

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Une contribution BearingPoint de
Jean-Michel HUET, Associé,
et Bastien OLLIVIER, Senior Consultant

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Entre 1995 et 2015, l’internationalisation des opérateurs télécoms a connu son âge d’or. Cette période a été marquée par une vague d’expansion ambitieuse, les opérateurs ayant investi massivement pour conquérir de nouveaux marchés. En 2004, l’acquisition par Telefonica des actifs de BellSouth en Amérique Latine pour plus de 4,7 milliards, d’euros fait figure d’acmé. Selon l’étude éditée dans le cadre de la XVIe édition de l’Observatoire du Développement International, cette dynamique d’internationalisation s’est essoufflée pour trois raisons principales.

Premièrement, car l’internationalisation repose souvent sur des investissements lourds en infrastructures (réseaux mobiles, fibre, data centers). Or, les marges des opérateurs se sont érodées, rendant ces dépenses plus difficiles à justifier. En dehors des achats liés à l’internationalisation, les télécoms sont en soit coûteuses en capital avec la montée en gamme des réseaux (3G, 4G, 5G, notamment).

Deuxièmement, la plupart des pays ont libéralisé leur secteur télécoms, réduisant les opportunités de conquête. Ainsi, en 2021, l’Éthiopie, quasi-dernier bastion africain en monopole de 120 millions d’habitants, a lancé sa libéralisation avec l’arrivée de Safaricom au côté de l’opérateur historique et 100 % public Ethio Telecom. Les « eldorados » sont désormais rares. Seuls quelques territoires comme Djibouti ou l’Erythrée conservent un modèle monopolistique, mais leur taille limite l’intérêt stratégique local.

Troisièmement, les opérateurs télécoms font face à une concurrence renouvelée sur le marché grand public et B2B. Après la menace des modèles MVNO (et le modèle e-sim incarne une forme de renouveau en la matière), d’autres concurrents sont apparus sur les marchés émergents B2C comme les Fintech (cas de Wave en Afrique) et les initiatives publiques (CBDC en Amérique Latine) qui contrecarrent le développement du mobile money, poussés par les opérateurs télécoms.

De plus, les offres satellitaires, marginales dans l’impact économique jusqu’aux années 2020, sont devenues de vrais concurrents des opérateurs télécoms classiques avec le développement du « New Space » et l’arrivée d’acteurs comme Starlink ou plus globalement les satellites Leo.

Enfin, le marché B2B n’est pas épargné, avec son lot d’acteurs non traditionnels : les ESN ou encore des startups tech tels qu’Open AI ou Mistral AI offrent désormais des solutions à haute valeur ajoutée basée sur l’intelligence artificielle. Le danger qui guette les opérateurs télécoms est d’être cantonné à un simple rôle d’apport de connectivité et donc de commodité.

Malgré ces obstacles, l’internationalisation reste un relais de croissance indispensable pour les opérateurs. Mais les modèles d’entrée doivent s’adapter à cette nouvelle donne.

De nombreux facteurs poussent encore les opérateurs télécoms à s’internationaliser. D’abord, cela leur permet de diversifier leur chiffre d’affaires et de réduire leur dépendance au marché domestique, souvent saturé ou en stagnation. Par exemple, en Europe, le marché se caractérise par sa fragmentation : plus de 180 opérateurs se partagent le continent, contre 3 principaux aux États-Unis (AT&T Inc., Verizon, T-Mobile). Cette fragmentation limite les économies d’échelle et pousse les opérateurs à chercher des relais de croissance hors de leurs frontières.

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Les investisseurs
étrangers bienvenus

Ensuite les besoins en infrastructures fixes sont encore considérables dans les pays émergents, qui voient d’un bon œil l’arrivée des investissements étrangers. Ainsi Orange y investit plus d’un milliard d’euros par an dans des data centers et des câbles sous-marins pour améliorer la connectivité et avoir la capacité de proposer des offres B2B.

Enfin la demande croissante des entreprises étrangères pour les services numériques à haute valeur ajoutée comme le cloud, l’IT ou les services managés poussent les opérateurs à adresser ce marché en pleine expansion et moins gourmands en CAPEX (les offres IT peuvent être opérées à distance par exemple).

Afin de s’adapter à ce nouveau contexte et de réaliser leurs ambitions, les opérateurs télécoms doivent adapter leur stratégie d’internationalisation. Si le modèle d’acquisition d’acteurs locaux semble être de plus en plus difficile à cause des contraintes réglementaires liées à la concurrence et au protectionnisme des pays émergents (bien que la concentration du marché américain préfigure encore une tendance à la fusion dans les marchés plus fragmentés), les modèles de joint-venture et de croissance organique apparaissent comme plus appropriés à ce nouveau contexte.

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L’exemple de croissance organique
d’Orange en Afrique et MO

Tandis que la joint-venture permet de développer un marché à l’aide d’une co-entreprise à la gouvernance partagée (comme la création d’une entreprise commune entre Orange et MásMóvil en Espagne en 2024 appelée « MásOrange » ou les JV FiberCo et TowerCo d’Inwi et Maroc Télécom), le modèle de croissance organique offre, lui, un contrôle total sur la stratégie et les opérations, des investissements maîtrisés et une grande flexibilité dans le positionnement de marque, adaptée aux spécificités locales.

Un exemple emblématique de croissance organique réussie est celui d’Orange en Afrique et au Moyen Orient. Dans son plan stratégique « Lead the Future », Orange fait reposer sa croissance sur trois axes d’intervention (et ce sans recourir à des acquisitions majeures) : la poursuite dans le déploiement des infrastructures réseaux (NDLR : 1,2 milliard d’euros investis en 2023), la transformation en tant qu’opérateur multi-service (via Orange Money, Orange Bank Africa) et le renforcement de l’ancrage territorial illustré par le développement du réseau des Orange Digital Centers.

Cette évolution d’approche traduit une volonté d’inscrire l’internationalisation dans une dynamique plus durable en privilégiant la pertinence des positions acquises plutôt que la seule extension géographique.

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