Avec son nouveau livre « Le monde en 3 verticales », Jean-Louis GUIGOU esquisse une nouvelle carte du monde à venir
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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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Ingénieur agronome, docteur d’État en sciences économiques, professeur agrégé des universités, Jean-Louis Guigou a dirigé la Datar de 1997 à 2002 avant de consacrer les vingt dernières années à l’espace euro-méditerranéen. C’est cette double culture – celle de l’aménageur du territoire, habitué à penser en termes de flux, de proximités et de complémentarités, et celle du prospectiviste méditerranéen – qui donne au livre sa singularité.
Jean-Louis Guigou n’a pas écrit « Le Monde en 3 verticales » en géopoliticien classique, obsédé par les rapports de force, mais en aménageur, convaincu qu’un espace mal agencé produit mécaniquement des tensions, et qu’un espace bien agencé peut, à l’inverse, produire de la prospérité partagée.
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Deux blocs… plus un ?
La thèse centrale tient en une phrase, que l’auteur résume ainsi dans une tribune reprise par la presse économique : pendant des décennies, la mondialisation s’est organisée autour d’un axe horizontal Est-Ouest, et cette dynamique cède aujourd’hui le pas à l’émergence de trois grandes régions économiques verticales Nord-Sud – l’Asie-Pacifique, les Amériques, et l’Afrique-Méditerranée-Europe.
Ce basculement, encore peu théorisé en France, est au cœur de tout l’ouvrage. Pour Jean-Louis Guigou, l’Asie a déjà intégré sa verticale, tirant l’Australie et une partie du Pacifique dans son orbite ; les Amériques, en dépit de leurs divergences politiques, se pensent depuis longtemps comme un continuum Nord-Sud. Reste l’espace Afrique-Méditerranée-Europe, l’AME, que Jean-Louis Guigou appelle de ses vœux à se constituer enfin en troisième pôle cohérent – sous peine, dit-il en creux, de marginalisation pour les deux continents.
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L’aménagement du territoire
appliqué à l’échelle du monde
C’est là que le livre convainc le plus. Jean-Louis Guigou transpose à l’échelle planétaire les outils qu’il a longtemps maniés à l’échelle nationale : proximité géographique, bien sûr, mais aussi proximité culturelle et linguistique, complémentarités sectorielles entre économies vieillissantes du Nord et économies jeunes du Sud, nécessité d’une planification de long terme plutôt que d’une succession de réponses d’urgence.
Le diagnostic qu’il pose sur les deux continents est sans complaisance : une Europe freinée dans sa réindustrialisation par le vieillissement démographique, une Afrique toujours prisonnière d’une économie de rente – chômage, corruption, pillage des matières premières – qui l’empêche de transformer son potentiel en puissance réelle. Le constat est rude, mais il a le mérite de ne ménager ni l’un ni l’autre camp, ce qui donne au propos une crédibilité que n’ont pas toujours les discours bisounours convenus sur le « partenariat » euro-africain.
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Salué par Védrine et Lamy
Ancien ministre des Affaires étrangères et fin connaisseur du dossier méditerranéen, Hubert Védrine salue dans l’ouvrage « une remarquable intuition géographique, historique et économique », mûrie, souligne-t-il, sur plus de quinze années de travail – un jugement qui situe bien la place de ce livre : non pas une improvisation de circonstance, mais l’aboutissement d’une réflexion engagée depuis la création de l’IPEMED.
Pascal Lamy, ancien directeur général de l’OMC, va dans le même sens en plaidant pour un partenariat renouvelé et équitable entre une Europe désormais confrontée à des puissances hostiles et une Afrique appelée à devenir un allié de premier plan plutôt qu’un simple débouché.
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Coproduire
plutôt qu’exploiter
Le cœur programmatique du livre tient dans une formule que Jean-Louis Guigou décline sous toutes ses formes : substituer la coproduction au modèle obsolète de l’exploitation. Concrètement, l’auteur plaide pour un « ancrage croisé » des investissements : le capital européen doit s’installer durablement au Sud, et le capital africain doit, symétriquement, trouver des relais de croissance au Nord.
Ce rééquilibrage n’a rien d’anodin quand on sait – le livre le rappelle avec une certaine sévérité – que l’Afrique ne pèse toujours que 3 % du PIB mondial malgré l’abondance de ses ressources. Associer les sociétés civiles à ce partage de la valeur, plutôt que de le laisser aux seules chancelleries et aux seules multinationales, est sans doute la proposition la plus audacieuse du livre, et celle qui distingue le plus nettement Jean-Louis Guigou des discours institutionnels habituels sur la coopération Nord-Sud.
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Les limites d’un plaidoyer
Certains lecteurs pourraient cependant relever que l’auteur, en fondateur et porte-parole de la fondation La Verticale AME, dont le livre prolonge directement les travaux, avance parfois plus en militant convaincu qu’en observateur neutre : les blocages politiques, les rivalités internes au continent africain, les réticences bien réelles d’une partie de l’opinion européenne sont davantage évoqués que véritablement analysés. Aussi, les conditions politiques – et pas seulement économiques – d’une telle fondation n’apparaissent pas suffisamment explorées, tant l’histoire récente a montré combien la bonne volonté technocratique peine parfois à s’imposer face aux logiques politiciennes nationales.
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Un livre utile,
au bon moment
Ces réserves n’enlèvent rien à l’essentiel : « Le Monde en 3 verticales » a le mérite rare, dans la production éditoriale sur les relations Nord-Sud, de proposer un cadre de pensée clair, opérationnel, et résolument tourné vers l’action plutôt que vers le seul constat.
Écrit dans une langue accessible, débarrassée du jargon des rapports d’experts, l’ouvrage s’adresse autant aux décideurs qu’au lecteur curieux de comprendre pourquoi l’Afrique et l’Europe ont, plus que jamais, intérêt à se penser ensemble. À l’heure où beaucoup se contentent de déplorer l’état du monde, Jean-Louis Guigou, lui, propose une nouvelle carte d’avenir – et une méthode pour la dessiner autrement.
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*IPEMED : Institut de Prospective économique du Monde méditerranéen.
Jean-Louis Guigou, « Le Monde en 3 verticales. Afrique-Méditerranée-Europe : la verticale à dynamiser ». Paris, Éditions Karthala 2026. Broché, 340 pages. 23,70 €.
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PARIS, JEUDI 17/09/26 > XXIIIe Conférence des Ambassadeurs (CAP 23) : « Les grands événements sportifs, catalyseurs du développement durable de l’Afrique » INSCRIPTIONS Early Bird ouvertes
https://www.africapresse.paris/3264
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