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Aux XIIes RIPPP de Paris / Pourquoi les PPP plaisent de plus en plus à l’Afrique et comment les optimiser encore

1er avril 2019
Marc Teyssier d’Orfeuil, DG du Club des PPP (à droite) et les panélistes de la table ronde dédiée au « boom » des PPP en Afrique, lors des des XIIes Rencontres internationales des partenariats public-privé, à Paris, le 28 mars 2019. © Carmen Féviliyé
Lors des XIIes Rencontres internationales des partenariats public-privé (PPP), tenues à Paris les 27 et 28 mars, la seconde matinale, dédiée à l’Afrique, a connu la participation de décideurs publics et d’entreprises privées venus d’une dizaine de pays du Continent. Un consensus s’y est fait jour sur la nécessité d’optimiser ce type partenariat par la formation, la prise en compte des compétences locales, l’harmonisation des réglementations et l’encadrement des dossiers de candidature.

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Un article de Carmen FÉVILIYÉ

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De nombreux exposants, quatre ateliers de formation, des tables rondes et des débats d’actualité autour des PPP ont ponctué ces deux journées orchestrées par Marc Teyssier d’Orfeuil, DG du Club des PPP, et Médéric Petit, Délégué général des RIPP. Sept tables rondes ont été consacrées aux problématiques africaines des PPP, qui connaissent un réel engouement sur le Continent.

« Il y a encore des portes à ouvrir », a affirmé Marcel Mbella, coordonnateur du Secrétariat technique du Conseil d’appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA) du Cameroun, démontrant l’intérêt du continent africain à ce type de partenariat dans la réalisation de son gros œuvre. Parlant de Dakar, Gaëtan Texier, directeur Développement international de Engie Ineo, a vanté les mérites des PPP en présentant les travaux réalisés par son groupe : « Les prix ne sont pas prohibitifs avec de vrais appels d’offres et mise en compétition. Les PPP, c’est de la transparence, car on connaît la totalité des coûts. »

Une pratique en contrepoint des « offres spontanées » qui interviennent généralement dans les projets d’infrastructures ou de services, mais que les gouvernements rejettent presque toujours, car elles ne garantissent pas le financement des marchés et parce qu’il existe une présomption de corruption du fait du manque de transparence.

Concernant l’agriculture, Bertrand Ambroise, directeur des affaires internationales de la Semmaris, a préconisé la création d’infrastructures agro-logistiques et l’accompagnement dans ce sens du continent africain qui a un gros potentiel de développement dans le domaine.

Selon lui, les pays africains auraient besoin de ce modèle de structure pour exporter leurs productions, comme au Maroc où « il existe un projet à Casablanca pour développer un hub », et comme au Bénin, « pour développer un marché et réfléchir aux pratiques et à l’écosystème ».

Pour ce faire, Bertrand Ambroise considère qu’il faut « créer un marché qui s’ouvre vers l’extérieur et ainsi nourrir les villes ». Pour la réussite des PPP en Afrique, les acteurs africains émettent des conditions : le renforcement de la capacité par des cabinets qui offrent l’expertise adéquate, et le renforcement des compétences par la création d’agences régionales d’exécution de projets.

Quel financement pour quel projet ?

Selon Jean-François Marco, vice-président Afrique de Meridiam, le Continent ne manque de financements, car il existe de nombreux bailleurs de fonds. Ce qui manque, estime-t-il, ce sont des projets bancables. Pour cela, les projets doivent se conformer à un certain nombre de critères : le respect des normes ; l’impact positif sur le social et la bonne gouvernance ; un accord public- privé juste, ainsi que et la prise en compte d’un partenaire local.

Comment sécuriser la bancabilité des projets ? Pour Nicolas Kepel, directeur Stratégie et Développement, Jet Contractors au Maroc, les PPP sont « une vraie logique de partenariat durable car leur succès se trouve dans les cahiers des charges qui doivent intégrer les exigences RSE, celles de gouvernance et de retombées sur les populations ».

Cette exigence a conduit des parlementaires français et du Sahel à un travail commun, présenté par Jacques Maire, député des Hauts-de-Seine et président du groupe d’amitié France-Niger à l’Assemblée nationale française : « Nous avons créé un comité international du G5 Sahel dont le siège est à Niamey. Son objectif est de passer des messages politiques, monter des opérations de contrôle des actions des bailleurs de fonds internationaux. Nous devons jouer notre rôle de parlementaires et le réinventer par l’appropriation politique et un contrôle du G5 en matière de développement et de sécurité. »

Focus sur la Guinée : un appel aux investisseurs

Hawa Diallo, secrétaire générale à l’Investissement au ministère des Investissements et des PPP de Guinée, a lancé un appel aux investisseurs et présenté la Guinée comme « un pays riche où tout est à faire ». Mais, a-t-elle tenu à préciser, « la Guinée veut pratiquer des PPP gagnant-gagnant. Pour y arriver, nous voulons des règles claires, car l’investissement n’est rien d’autre que la traduction de la confiance en acte. »

Hawa Diallo considère que les réformes en Guinée ont été menées grâce aux PPP. Cela a permis de faciliter et de raccourcir de manière significative la procédure d’installation des sociétés : les démarches s’effectuent désormais en ligne et les délais ont été réduits de 3 mois à 72 heures ; la rapidité de l’obtention des permis de construire et de transfert de propriété est désormais garantie. D’ailleurs, les réformes en Guinée ont permis au pays de gagner des places dans le classement Doing business 2019.

« La Guinée veut un PPP inclusif avec une forte implication des partenaires locaux », a expliqué Hawa Diallo avant de donner quelques exemples de réalisations en cours, en contrat de concession : l’aéroport de Guinée, par le groupe ADP ; la construction du port de Guinée par le groupe Bolloré, précisant qu’une « bonne partie des projets concernent des infrastructures sociales », avant de plaider pour la pratique des « PPP tropicalisés qui respectent les différences d’usages et pour la mise en place des projets sur la formation professionnelle afin de qualifier nos entrepreneurs et PME. Ce qui leur permettra d’être compétitifs et de se projeter à l’international. »

La bonne gouvernance,
un ingrédient essentiel aux PPP

Pour Assiba Djemaoun, coordinatrice PPP à l’AFD, la bonne gouvernance est une clé de succès des PPP. Pour cela, les dépenses doivent être optimisées : les cadres juridiques doivent prévoir des mécanismes de soutien au financement des projets ainsi que des mécanismes d’apprentissage.
Les unités PPP peuvent également prévoir des programmes de formation, comme dans l’espace UEMOA, au Mali, où l’AFD finance des projets et accompagne par du renforcement des capacités et par l’assistance technique locale. Ou encore en Mauritanie, par le projet d’électrification rurale dans un territoire comptant plus de 186 000 personnes, une action qui apporte une alternative au réseau électrique national.

Le PPP du numérique, un outil
moins lourd et plus avantageux

L’aménagement numérique des territoires est un autre défi auquel l’Afrique doit faire face. Les participants à la table ronde dédiée à ce thème ont préconisé de mobiliser des fonds privés, d’investir sur la formation initiale et professionnelle des jeunes. L’idée de la création d’un observatoire panafricain du numérique pour conseiller les États à la régularisation a été avancée.

Sur le plan fiscal, il est recommandé une régularisation face aux grandes entreprises et ainsi donner la latitude aux dirigeants africains de maîtriser les flux et échanges numériques. Une intervention publique paraît nécessaire, ce qui n’est pas encore le cas dans les pays africains. Il en est de même d’un cadre réglementaire adapté. À noter aussi que le numérique permet également de contribuer à l’amélioration de la santé publique, par exemple en déchargeant le dos des enfants des sacs scolaires lourds, grâce à leur remplacement par des tablettes – mais bien d’autres exemples pourraient être cités.

Au terme de ces XIIes Rencontres internationales, il apparaît clairement que les PPP constituent l’un des moyens pour consolider la dette publique des pays africains qui augmente sans cesse, facilitée notamment par les partenariats chinois et leurs « généreux » financements.

Malgré cela, toute l’Afrique réclame les PPP, qui sont de fait de plus en plus pratiqués. Tel est le constat de l’ancien ministre français de l’Économie Michel Sapin, exhortant les participants à passer « de l’engouement au boum », avant de conclure : « C’est une œuvre qui appartient à la souveraineté de chaque pays. [Mais] on doit tous travailler ensemble. Chaque pays décide de la législation mais il faut qu’elle soit harmonisée, avec une vision par-dessus les frontières. Il faut une conception, une dynamique commune et une éthique.  »

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