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Fanny Abadi

– Auteure et psychothérapeute franco-algérienne, elle enseigne la quête de l’harmonie…

Algérie | 19 mai 2010 | src.leJmed.fr
Tlemcen - Psychothérapeute, auteure de plusieurs ouvrages, organisatrice de séminaires et congrès, Fanny Abadi, franco-algérienne, dirige à Montpellier, dans le sud de la France, le Centre Éthique international, où elle développe sa méthode thérapeutique visant à être « en harmonie avec le monde, malgré les contradictions ! ».
Après 40 ans d’absence, la voici en visite chez sa mère, à Maghnia (wilaya de Tlemcen), où ses parents s’étaient installés à leur retour de France. Un voyage sentimental, familial d’abord, mais aussi un voyage de prospection si l’on peut dire, puisqu’elle veut apporter aux enfants abandonnés algériens des aides qu’elles accorderait par le biais d’associations de la ville de Maghnia (ou de Tlemcen) et dont elle déterminerait la nature avec ces éventuelles associations.

Photo ci-dessus : Fanny Abadi, à Maghnia, en mai 2010. © Chahreddine Berriah

Entretien réalisé à Maghnia (wilaya de Tlemcen)
par Chahreddine Berriah pour leJmed.fr


Chahreddine Berriah - Vous avez cheminé pendant des années au sein des séminaires psychanalytiques, travaillé dans des établissements spécialisés, offert vos services aux associations... En un mot, vous en sortez avec quelle idée sur la condition humaine dans un contexte de bellicisme, de haine et de rejet de l’autre ?

Fanny Abadi - Si je choisis juste un mot, je choisis amour. Mais il ne faut pas confondre amour et affectif, ce sont deux concepts différents. Il n’y a pas noir ou blanc, vide ou plein, vie ou mort, amour ou haine, pouvoir ou soumission… Il y a noir et blanc, vide et plein, vie et mort, amour et haine, pouvoir et soumission… tout ceci existe dans notre monde. C’est dans le « ou bien », un raisonnement binaire qui limite la vision du monde, qu’effectivement peut se jouer le rejet, l’exclusion… Même si le monde est fait de paradoxes, de ses polarités, nous pouvons choisir et être en harmonie avec le monde ; choisir l’amour, la paix, la guérison, la farha (joie et fierté dépourvue d’orgueil), ainsi nous pouvons continuer à cheminer sans exclure l’autre… bien au contraire.

Le rejet vient souvent de ce que l’on ne connaît pas. Il me semble que la condition humaine découle de son essence même, charge à chacun d’en saisir les sens, le sens sans tomber dans l’insensé. Vous qui soutenez et supervisez de nombreux projets humanitaires, persistez-vous encore à croire que la thérapie de façon générale puisse se dresser contre les armes ? Si les armes sont le mal, il appartient aux humains de s’en défaire. Si l’arme est une maladie et que la psychothérapie permet la conscience et la libération, le fléau serait donc l’inconscience et l’ignorance. Mais même dans ce sens, la psychothérapie ne se « dresse pas », elle peut permettre à l’humain de se redresser… un chemin de discernement, de distanciation et de lucidité... vers la paix de son monde intérieur par le corps, l’âme et l’esprit.

Effectivement, je supervise plusieurs projets humanitaires, certains sont dans le cadre thérapeutique, d’autres dans l’événementiel interculturel. Il s’agit pour moi de tenter d’offrir un champ plus libre de pensées, d’actions individuelles, collectives et sociales en découvrant ses propres ressources, les ressources humaines et les ressources de la vie.

Chahreddine Berriah - En novembre dernier, vous avez organisé à Montpellier un congrès interculturel où plusieurs sommités scientifiques et culturelles étaient invitées. Quels en étaient les objectifs ?

Fanny Abadi - Cette deuxième édition du congrès, ouvert à la richesse des différences par les échanges interdisciplinaires et le partage interculturel et interreligieux, avait réuni des représentants des différentes disciplines : des scientifiques, religieux, philosophes, médecins, biologistes, neurologues, anthropologues, psychologues, psychanalystes, éducateurs, ostéopathes, réalisateurs, cinéastes, journalistes et des artistes. Je suis profondément soucieuse de la condition des êtres et engagée depuis de nombreuses années dans des actions vers les plus démunis en France et à l’étranger.

J’ai donc souhaité ce congrès ouvert sur le monde dans une dynamique de paix, d’échange et de partage. Je n’ai aucune prétention, mais une grande conviction à croire que les êtres sont différents et que cette différence peut être une richesse que nous pouvons cultiver ensemble. Il s’agit de pouvoir dans un même lieu exprimer, conjuguer, écouter, partager… Par la qualité et la présence des intervenants, je souhaite de tout mon cœur apporter une étincelle de conscience, de vie, un espoir dans l’action, une action doublée de grâce, en toute humilité pour nos enfants et notre Terre. Je dédie cet évènement à tous les enfants de la planète. À l’occasion de ce rassemblement, était organisée une exposition artistique et certaines des œuvres offertes par les artistes ont été vendues aux enchères. L’argent récolté par l’association Action éthique humanitaire, que j’ai créée cette année, mettra en place des actions d’aide pour les enfants au Vietnam, au Tibet, au Maroc et en Algérie.

Chahreddine Berriah - Après avoir sillonné le monde, votre souhait est d’aller dans le désert algérien. Ce serait intéressant après quarante ans loin de l’Algérie...

Fanny Abadi - Une si longue traversée, un chemin, une vie, ma vie. Effectivement, je suis née en Algérie, j’y ai vécu 7 années d’amour, de tendresse et reçu une belle transmission du cœur et de l’âme. Un réel passage initiatique… Mes travaux et mes recherches ont toujours mis en exergue cette double culture et j’ai pu partager avec l’Occident une belle part de l’Orient. Ce mélange qui se diffuse des jardins mystérieux. Ces odeurs, ces douceurs qui vont jusqu’à faire frissonner la chair et, par les métaphores, faire vibrer les mots, les sons de cette langue si subtile et raffinée. L’essentiel de cette traversée est d’avoir gardé mon enfant intérieur libre et joyeux pour transmettre la force de vivre et d’y croire.

© Chahreddine Berriah pour leJmed.fr


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