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Au Salon ShieldAfrica d’Abidjan, ces PME françaises qui s’impliquent pour décrocher des marchés en Afrique

12 février 2019
Loïc Le Bret, directeur export de la société Atermes, lors du Salon ShieldAfrica : « Notre système BARIER sait détecter un piéton à 4,5 km ». © Bruno Fanucchi
Le dernier Salon international ShieldAfrica consacré à la Sécurité et à la Défense en Afrique, qui vient de se tenir à Abidjan, a attiré de nombreuses entreprises françaises qui veulent accroître leurs parts de marché à l’export et faire connaître l’expertise française du secteur. Reportage dans les allées du Salon.

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De notre envoyé spécial à Abidjan, Bruno Fanucchi

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Les secteurs de la Sécurité et de la Défense génèrent en Afrique comme ailleurs des marchés parfois extrêmement pointus et sensibles. À l’occasion de la Ve édition du Salon international ShieldAfrica, qui vient de se tenir à Abidjan du 22 au 24 janvier, des PME et ETI françaises ont ainsi fait le déplacement en Côte d’Ivoire pour trouver de nouveaux marchés, des « niches » qui leur permettraient de s’implanter en Afrique et d’améliorer leurs résultats à l’export.

Souvent conseillés par d’anciens officiers généraux ayant servi en Afrique de l’Ouest et désormais en « Deuxième section », qui leur ouvrent des portes et permettent de décrocher des rendez-vous au plus haut niveau pouvant s’avérer décisifs, ces chefs d’entreprise – ou leurs représentants – ont été particulièrement actifs durant ce Salon ayant réuni en trois jours plus de 3 500 professionnels venus de toute l’Afrique.

D’anciens généraux à la manœuvre
pour l’accompagnement des PME

Deux anciens généraux français sont à la manœuvre pour offrir un maximum de visibilité à ces PME françaises et leur soutenir pour ouvrir le marché africain :
- Le général Jean-Marc Duquesne, qui fut notamment patron de la XIe Brigade parachutiste à Toulouse, puis directeur de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale), est aujourd’hui Délégué général du GICAT (Groupement des industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres) qui compte plus de 250 entreprises de toutes tailles.
- Le général Patrick Colas des Francs, qui fut chef de corps du 1er REC (Régiment étranger de Cavalerie) d’Orange, est le Directeur général du COGES (Commissariat général des Expositions et Salons), société organisatrice du Salon bien connu Eurosatory, et Président de Coges Africa, qui organise tous les deux ans le ShieldAfrica. « Les industriels qui viennent du monde entier, observe le général, proposent à l’Afrique des solutions technologiques concrètes et pragmatiques pour faire face aux problèmes de sécurité ».

Au gré de rencontres impromptues lors d’une visite des stands (il y avait cette année 145 exposants venus de 63 pays différents), certains d’entre eux se sont confiés à nous pour nous expliquer leur savoir-faire industriel et leur présence à Abidjan, constituant parfois une grande première.
Sous l’immense chapiteau planté au cœur de l’École Nationale de Police, qui fait face à l’Université Félix Houphouët-Boigny dans le quartier huppé de Cocody, on s’affaire pour se faire connaître, nouer les bons contacts et remplir les bons de commande. C’est une ruche qui bourdonne car, sur ce marché très prisé de la sécurité, il faut savoir faire la différence pour intéresser les visiteurs professionnels. Laissons leur la parole…

Nathalie Felines, RISK AND CO :
« OSB 17 est un équipement de renseignement
typiquement adapté au Sahel »

« C’est ma première participation au Salon ShieldAfrica, que je découvre, et nous sommes là pour ouvrir – bientôt j’espère – un bureau à Abidjan », nous confie d’emblée Mme Nathalie Felines, PDG du Groupe Risk and Co. « Spécialisée en conseil en sûreté pour des sites sensibles comme les plateformes pétrolières, notre entreprise basée à Levallois-Perret (ville qui jouxte Paris) emploie 200 personnes et a déjà ouvert trois filiales (en Afrique du sud, au Nigeria et à Dubaï) ainsi qu’un bureau de représentation en Inde ».

« Depuis quelques années, poursuit-elle, nous avons également racheté plusieurs petites entreprises comme Secway, spécialisée dans la cyber-sécurité, Epsilon spécialisée dans l’ingénierie (électronique) et dès 2013 Geomines (créée en 2002), dont le métier est le déminage, la gestion et la destruction de stocks de munitions. Cette dernière filiale a déjà opéré avec succès en Libye, en Angola, au Qatar et à Taïwan ». Un très beau tableau de chasse ! Or les « zones à dépolluer » en Afrique ne manquent pas… Il y a donc encore beaucoup de travail.

« Grâce à un accord de partenariat avec Delair, une société toulousaine qui produit des drones, nous venons de lancer l’OSB 17 (One Step Beyond) qui a une autonomie de 2 h 30 et un rayon d’action de 50 km, capable de localiser une cible entre 5 et 10 mètres. Volant à 200 mètres d’altitude, complètement silencieux car électrique, il est équipé de capteurs 2, 3 et 4 g qui permettent de géolocaliser des portables et de les traiter en temps réel ».
« C’est un équipement de renseignement typiquement adapté à l’Afrique et notamment au Sahel, et tous en sont d’ores et déjà demandeurs, à commencer par les Forces spéciales déployées dans ces régions difficiles à contrôler. Nous sommes certains de vendre notre OSB 17 à l’étranger avant la France car chez nous cela bloque un peu à cause de la DGA et de Thales… comme si nous marchions sur leurs plates-bandes ».
En savoir plus : www.riskeco.com

Loïc Le Bret, ATERMES :
« Notre système BARIER
sait détecter un piéton à 4,5 km »

« C’est notre première participation au Salon ShieldAfrica, où nous avons décidé cette année d’être présent, au vu de la publicité que lui faisaient d’autres exposants français venus lors des éditions précédentes, et qui sont membres comme nous du GICAT », souligne Loïc Le Bret, directeur export de la société Atermes.

« Nous sommes une petite entreprise 100 % française, créée en 1989, et qui emploie quelque 150 personnes basées à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines). Nous sommes une société industrielle qui assure notamment la sous-traitance de grandes entreprises comme Thales ou Airbus - également présentes sur ce Salon. L’intérêt d’être ici est d’avoir le maximum de contacts qualifiés avec des délégations officielles – et pas seulement les Ivoiriens – qui sont intéressées par notre savoir-faire extrêmement pointu en matière de détection et de surveillance à distance ».

« Depuis 2011, nous avons ainsi conçu et mis en place le système BARIER (Balise automatique de reconnaissance, d’identification et d’évaluation de la riposte) extrêmement précieux pour maîtriser votre frontière. Ce système est basé sur un logiciel de cartographie qui délimite une « zone de surveillance » et qui, grâce à des balises radar et optroniques fonctionnant sur une batterie alimentée par des panneaux solidaires, permet de détecter avec précision un camion à 17 km, une voiture à 8 km et un piéton à 4,5 km. »

« Sur ce marché extrêmement pointu, nous sommes ainsi bien placés pour contrôler toutes sortes de trafics transfrontaliers et assurer la surveillance de pipe-lineS ou de convois, voire participer à la lutte contre le braconnage ».
« Notre système est unique au monde, en raison de notre positionnement assisté par ordinateur sur une carte très précise avec configuration du relief et propagation des ondes radio », se félicite encore Loïc Le Bret qui assure, très fier de lui : « C’est totalement innovant. Même les Américains et les Israéliens n’ont pas encore ce savoir-faire ! »
En savoir plus : www.atermes.fr

Pierre Rodde, OUVRY SAS :
« La menace chimique, industrielle ou terroriste,
est ici insuffisamment prise en compte »

« C’est notre deuxième participation au Salon, nous y revenons car notre spécialité est vraiment unique : la protection NRBC, c’est-à-dire contre tous les risques nucléaires, radiologiques, (radioactifs) bactériologiques et chimiques », assure Pierre Rodde, manager export d’Ouvry SAS.
« Nous sommes une petite entreprise française créée il y a quinze ans par Ludovic Ouvry, basée à Lyon et qui fait travailler une cinquantaine de personnes. Notre chiffre d’affaires et de 6,6 millions d’euros, dont 60 % réalisés à l’export ces trois dernières années ».

« En France, nous travaillons depuis longtemps avec la police, la gendarmerie, le RAID, le GIGN, les Forces spéciales et l’Armée de Terre, la Sécurité civile, les Sapeurs pompiers de Paris et de Marseille, etc. Nous travaillons beaucoup avec les militaires et les pompiers et les services de santé pour mieux les équiper et leur permettre d’intervenir à temps en milieu hostile et dégradé, mais nous œuvrons aussi dans le volet civil qui n’est pas à négliger, comme les pesticides – il y a aujourd’hui une réelle prise de conscience dans l’agriculture qui utilise ces produits – ou encore les risques technologiques en général. »

« Tout le monde s’intéresse aujourd’hui au marché africain, mais il y a une grande différence entre s’y intéresser et s’y impliquer, car notre métier est très pointu et très technique. Depuis deux ans, nous sommes présents en permanence en Afrique de l’Ouest, et notamment en Côte d’Ivoire, car il y a ici du potentiel ».

Pour les conseiller et leur ouvrir les portes, les dirigeants d’Ouvry se sont adjoint les précieux services du général Didier L’Hôte, patron des 12 000 casques bleus de l’ONUCI (Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire) de 2015 à 2017, bien connu à Abidjan. « Ici, comme dans bien d’autres pays de la sous-région, la menace chimique – industrielle ou terroriste – est insuffisamment prise en compte », observe d’ailleurs le général qui garde le calme des vieilles troupes.
« Même le nucléaire, ajoute-t-il. Cela fait peur, mais l’on sait faire… si l’on prend les mesures adéquates à temps. Regardez lors du drame de Fukushima, le 11 mars 2011 au Japon, malgré les scènes de désolation et les innombrables victimes du tsunami, il n’y a eu en tout et pour tout qu’un seul mort dans la centrale nucléaire ! ».
En savoir plus : www.ouvry.com

Jean-Marc Masenelli, NSE :
une première implantation au Maroc
et d’autres projets en Afrique

« NSE (Nizerolles Systèmes Électroniques) fut créée en 1983 par François Lacoste, ancien maire de Nizerolles, dans le Bourbonnais, et constitue ce que l’on appelle aujourd’hui une ETI (Entreprise de taille intermédiaire) puisqu’elle fait travailler 750 personnes, dont 450 en France réparties sur neuf sites principalement implantés en Auvergne et dans la région Rhône-Alpes », rappelle Jean-Marc Masenselli, directeur du Bureau Conception.

Il poursuit : « Nous avons également quatre filiales (Brésil, Canada, Inde) dont une seule pour l’instant en Afrique, au Maroc. Mais nous avons quelques projets à Abidjan et des prospects au Sénégal, au Nigeria, en Angola et en Guinée Conakry ».

« Nous avons plusieurs métiers, le principal étant de fabriquer et de proposer toute une gamme de produits électroniques embarqués sur véhicules ou aéronefs : balises de géolocalisation et logiciel de tracking, enregistreurs de données et logiciel d’exploitation. Des produits réalisés à 95 % pour l’aéronautique et à 5 % pour le ferroviaire. Et proposons de surcroît des prestations de service dans le domaine logistique et la maintenance sur l’aéroport de Clermont-Ferrand, et demain peut-être à l’aéroport d’Abidjan. D’où notre première participation au Salon ShieldAfrica. »

Cette entreprise auvergnate est conseillée par le général Frédéric Beth, ancien patron des Forces spéciales et numéro 2 de la DGSE, qui vient d’ouvrir son entreprise de consulting Ageosco (Atlas géostratégie Conseil) et a obtenu au Salon un rendez-vous important avec le ministre d’État, ministre de la Défense Hamed Bakayoko. Elle trace donc sa route en Afrique. Et témoigne, comme toutes les autres PME et ETI – à l’instar des grands groupes présents à ce Salon d’Abidjan (Airbus, Arquus, Atos ou Nexter) – de l’expertise française dans ce secteur.
En savoir plus : www.nse-groupe.com

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SUR LEME THÈME

Stéphane Konan, Commissaire général du salon : « ShieldAfrica propose des outils pour sécuriser le développement de l’Afrique »

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