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Après le discours de Franck Paris face au Medef Afrique :
 qui croit encore qu’« il n’y a plus de politique africaine de la France » ?

26 janvier 2019
Franck Paris, le conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, durant son discours à l’occasion des vœux du Medef Afrique, dans les salons de l’Unesco, à Paris le 23 janvier 2019. © AM/AP.P
Deux jours après le lancement du France-Nigeria Investment Club (FNIC) à Paris, l’Unesco accueillait le 23 janvier la cérémonie des vœux du Medef Afrique. L’occasion pour Franck Paris, conseiller Afrique d’Emmanuel Macron, de réaffirmer les principes de l’engagement croissant de la France et d’illustrer par les faits l’émergence réelle d’une politique nouvelle envers l’Afrique.

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par Alfred Mignot, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@alfredmignot | @PresseAfrica

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« Je crois que cette visite [d’Emmanuel Macron au Nigeria, en juillet 2018 ndlr] a déclenché une dynamique nouvelle que l’on souhaite reproduire dans d’autres zones où la présence française est historiquement moins établie », déclare d’emblée Franck Paris, se félicitant aussitôt de la première réunion, lundi 21 janvier, du France-Nigeria Investment Club (FNIC), qui a rassemblé une trentaine des plus éminents chefs d’entreprise des deux pays.

Ainsi, a ajouté le « Monsieur Afrique » de l’Élysée, le Président continuera en 2019 d’être « physiquement présent » en Afrique, et même plus qu’en 2018. « Il continuera d’ouvrir des portes dans toutes les géographies d’Afrique », à commencer par celles de l’Égypte et Chypre, où il se rend du 27 au 29 janvier, avant un autre déplacement déjà prévu dans la Corne de l’Afrique et en Afrique australe.

Pour autant, précise Franck Paris, « cela ne se fera pas au détriment des zones avec lesquelles la France entretient des relations historiques privilégiées, avec lesquelles il s’agit aussi de consolider nos relations », d’autant que là aussi, estime Franck Paris, « des opportunités nouvelles se dégagent pour retrouver de la proximité et un niveau d’investissement, par exemple dans des pays comme Madagascar, où la France a été moins présente ces dernières années ».

En Europe, le plaidoyer français pour l’Afrique

Continuant son exposé ostensiblement « pédagogue », Franck Paris a expliqué comment, en cette année d’élections européennes, l’ambition du Président est que la relation avec l’Afrique fasse aussi partie du projet européen, ainsi qu’Emmanuel Macron l’a déclaré à l’occasion du récent événement « Choose France ».
Ne faisant aucune allusion au contexte politique français, où le mouvement des Gilets Jaunes pourrait pourtant contribuer à rebattre bien des cartes, Franck Paris s’est félicité que la question de la relation avec l’Afrique – « qui ne saurait être réduite à la seule problématique migratoire – fait l’objet d’une prise de conscience chez nos partenaires européens ». Mais, « c’est une prise de conscience malheureusement un peu tardive », a-t-il toutefois concédé.

Cependant, relève-t-il, « pour la première fois, on parle dans des documents officiels européens de la relation avec l’Afrique (…) On sent bien qu’il est temps d’élargir l’agenda et de prendre en compte l’ensemble des potentiels de la relation entre les deux continents ». Et la renégociation en cours des accords de Cotonou, qui arrivent à leur terme en 2020, apparaît aussi à Franck Paris comme un élément favorable de l’agenda. Il conclut ce développement sur la relation Europe-Afrique en relevant que « ce sera un enjeu très important pour nous de faire en sorte que dans la nouvelle majorité qui sortira des élections [européennes du 26 mai 2019, ndlr], et dans la nouvelle Commission, l’enjeu de la relation avec l’Afrique soit pris en compte comme une priorité ».

L’Afrique invitée par la France aux travaux du G7

La troisième axe de la relation avec le Contient, « c’est que l’Afrique va rester l’un des fils conducteurs de l’engagement multilatéral du Président », lequel parle du Continent dans toutes les rencontres internationales, à New York, dans les sommets internationaux sur le climat, quand il va en Inde, en Chine…

« C’est un sujet constant de ses échanges avec ses interlocuteurs », observe Franck Paris. Et ce sera encore plus vrai cette année, puisqu’Emmanuel Macron a souhaité que l’Afrique soit l’un des thèmes portés la présidence française du G7, laquelle sera aussi remarquable par un changement de méthode : « Pour la première fois, nos partenaires africains seront associés, non seulement au sommet lui-même qui se tiendra en août, mais aussi à l’ensemble des travaux de préparation et aux réunions des sherpas, et cela dès le mois de février », précise le « Monsieur Afrique » d’Emmanuel Macron.

« Tout cela doit évidemment produire des résultats, que l’on va construire ensemble, dans le sens des défis qui ont été signalés, à savoir ceux dont nous parlent toujours immédiatement nos interlocuteurs africains : la formation professionnelle, la création d’emplois, les partenariats universitaires… on le voit bien, on va vers un élargissement des discussions de l’agenda avec l’Afrique. »

L’Afrique et les diasporas, une question
de politique intérieure française

Emmanuel Macron à l’université de Ouagadougou (Burkina Faso), où il a prononcé son discours fondateur de la nouvelle relation Afrique-France, le 28 novembre 2017. © Élysée

Se référant au discours fondateur d’Emmanuel Macron à Ouagadougou (Burkina Faso, 28 novembre 2017) – « fondateur », malgré l’affirmation paradoxale du Président, selon lequel « il n’y a plus de politique africaine de la France » (sic) – Franck Paris a souligné l’importance que l’Élysée accorde aux diasporas africaines, que l’on va « essayer de mobiliser davantage dans cette relation que nous sommes en train de reconstruire avec le Continent ».

De même, se référant une fois de plus au discours présidentiel, il nous faut savoir « cultiver la part africaine de l’identité française », a-t-il affirmé.
C’est ainsi qu’en 2018, dans le sillon du discours de Ouagadougou, quelques actes symboliques « qui étaient nécessaires » ont été posés, rappelle-t-il : l’amorce d’une dynamique de restitution des biens culturels du patrimoine africain, avec l’annonce, le 23 novembre 2018, de la décision de restituer 26 objets d’art au Bénin – « C’était l’un des engagements forts du discours de Ouagadougou, et il était important de le tenir très vite « ; la délivrance de visas de circulation des étudiants africains formés en France ; la relève des moyens d’intervention dans des domaines prioritaires comme l’éducation et la santé, « où nos efforts de coopération avaient baissé de manière regrettable » ces dernières années, reconnaît Franck Paris, ajoutant : « Je crois que ces priorités ont été crédibilisées par la loi actuellement en discussion d’orientation et de programmation de notre aide publique au développement, où l’on va remonter [l’engagement de la France] avec un effort sans précédent.

« Le business sérieux,
c’est de devenir Africain en Afrique »

Une vue des participants à la rencontre des vœux du Medef Afrique, le 23 janvier 2019, dans les salons de l’Unesco, à Paris. © AM/AP.P

D’ailleurs, si « la relation avec l’Afrique va rester un élément de notre questionnement national », c’est « le partenariat économique qui sera au centre de cette nouvelle relation », laquelle ne pourra véritablement changer d’échelle « que si vous prenez le relais » a-t-il déclaré aux entrepreneurs du Medef Afrique présents en la circonstance.

Puis, modeste : « Je dis cela avec beaucoup d’humilité, car je sais que le business n’obéit pas à des injonctions politiques. Je le dis avec la conscience que dans beaucoup de pays africains le climat des affaires ne s’est pas vraiment amélioré, comme l’attestent divers classements, avec la conscience aussi que bien des marchés restent étroits, même si en même temps des efforts remarquables sont accomplis pour relancer l’intégration économique africaine, et en ayant surtout la conscience que tout cela ne peut pas obéir à une logique de court terme. Le business sérieux, c’est de devenir Africain en Afrique, comme beaucoup d’entre vous le savent bien ».

Quand « la France fait valoir son approche
 spécifique »

Franck Paris a conclu son intervention en évoquant la mobilisation « de l’ensemble des administrations sur cette nouvelle dynamique africaine », sous l’égide du MEAE et du ministère de l’Économie et des Finances.

« On doit jouer sur nos leviers », a-t-il revendiqué, annonçant en lister quatre.

« Le premier, c’est de trouver le bon narratif sur le positionnement économique de la France en Afrique. Il y a lieu de rappeler que la France tient à faire valoir ses intérêts économiques, et n’est en conflit avec personne mais fait valoir son approche spécifique : la valorisation des compétences locales, le partenariat, le long terme, la création de valeur ajoutée localement et des emplois… voilà ! »

C’est ce narratif, explique Franck Paris, qu’Emmanuel Macron va faire valoir durant la présidence du G7, pendant ses déplacements africains, « et je crois qu’il faut que l’on se l’approprie, tous ».

Le deuxième levier, « c’est d’utiliser le soutien politique quand il est nécessaire. On sait tous que dans certains contextes, l’engagement de la France peut aider beaucoup à [gagner] certains contrats… Nous serons aux rendez-vous aux différents échelons, celui des ambassadeurs, des ministres, du Président lui-même quand il le faut.

Le troisième – plus technique mais essentiel pour les entrepreneurs – c’est que l’on se donne progressivement les outils pour accompagner cette projection des intérêts économiques français en Afrique », considère Franck paris, citant notamment la mise en place [par décret, du 17 décembre 2018, ndlr] de la garantie de projet stratégique avec l’abaissement du seuil d’éligibilité à 10 millions d’euros, « dont une grande partie de l’écosystème pourra profiter » a-t-il estimé.

La ville durable,
thème du sommet Afrique-France de 2020

Le dernier point évoqué par le « Monsieur Afrique » de l’Élysée aura été le sommet Afrique-France, un événement « majeur », qui se déroulera en France au premier semestre 2020 car « c’est notre tour de l’organiser », et qui sera dédié à la thématique de la ville durable. Pourquoi ce thème ? « Il est universel, partagé, symétrique » il représente un défi commun, il est propice à l’élaboration de solutions partagées, « il nous permettra de valoriser les solutions françaises, l’expertise française et donc de nous positionner » sur ce segment du partenariat économique.

Évoquant enfin l’année 2018 comme ayant été marquée par des « bouleversements historiques comparables à la chute du mur de Berlin en Europe », Franck Paris s’est risqué à pronostiquer que « l’on est sans doute à l’orée de cycles politiques nouveaux ».

En tout cas, « vous pouvez compter sur la constance de l’engagement du Président sur son agenda africain, qui sera décliné de différentes manières, avec une présence physique du Président en Afrique et surtout une présence régulière de nos interlocuteurs africains à Paris » a conclu Franck Paris, à l’adresse des dirigeants du Medef Afrique, et de plusieurs ambassadeurs africains également présents à cette cérémonie de vœux.

Il va sans dire qu’à la fin de ce discours, chacun était bien certain que la fameuse déclaration d’Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou – « Il n’y a plus de politique africaine de la France » – n’était qu’une clause de style, entre la litote et l’oxymore, signifiant en vérité le déploiement d’une nouvelle politique, à la fois plus engagée (voir les moyens accrus dont dispose l’Agence française de développement), plus volontaire et assumée (« narratif » clair, mobilisation des moyens de l’État, création du Conseil présidentiel pour l’Afrique), plus partenariale (l’invitation faite aux pays africains de participer aux travaux préparatoires du sommet du G7), plus respectueuse des sensibilités et prête à s’alléger de certaines scories héritées de l’Histoire, ainsi que l’atteste l’amorce de restitution des œuvres d’art. Plus fraternelle aussi, au regard de la considération nouvelle témoignée aux diasporas, désormais explicitement invitées à participer au développement de l’Afrique.

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