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Aminata DIOP-JOHNSON, créatrice du Pavillon Africain : « Il y a un véritable engouement des banques africaines pour l’industrie cinématographique »

8 juin 2024
Aminata DIOP-JOHNSON, créatrice du Pavillon Africain : « Il y a un véritable engouement des banques africaines pour l'industrie cinématographique »
Aminata DIOP-JOHNSON, créatrice du Pavillon Africain au Festival de Cannes. Photo © DR
Fondatrice de l’Agence Culturelle Africaine (ACA), puis créatrice du Pavillon Africain en 2019, Aminata DIOPJOHNSON va de festival en festival - du Festival de Cann-es au FESPACO - pour faire la promotion du cinéma africain. Entretien à son retour de la Croisette.

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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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AfricaPresse.paris (APP) – Comment et pourquoi avez-vous créé le Pavillon Africain ?

Aminata DIOP-JOHNSON – Après l’incontestable succès du Pavillon des Lettres d’Afrique porté par la Côte d’Ivoire qui, au Salon du Livre de Paris, a succédé de 2017 à 2022 au Stand Livres et Auteurs du Bassin du Congo (initié dès 2010 avec « Les Dépêches de Brazzaville »), je me suis tourné vers la promotion du cinéma et l’accompagnement des talents africains en créant en 2019 le Pavillon Africain au Festival de Cannes. Et, en 2024, on investit aussi sur le cinéma d’animation très prisé par la jeunesse africaine, en participant du 11 au 14 juin au Festival international du film d’animation d’Annecy. Après le cinéma classique, nous misons donc aussi sur le cinéma d’animation. Le Pavillon Africain élargit sa présence sur les différents festivals.

APP – Vous rentrez du Festival de Cannes, théâtre de beaucoup de nouveautés cette année, pouvez-vous nous en parler ?

Aminata DIOP-JOHNSON – Il y a eu beaucoup de nouveautés en effet, avec la participation d’une forte délégation du Nigeria et une autre du Ghana, deux pays anglophones d’Afrique de l’Ouest très bien représentés. Le premier par une délégation de la Présidence, du ministère de la Culture et du Lagos State (l’État de Lagos), le second par son ministre de la Culture en personne.

Nous y avons organisé un panel de haut niveau, dont le thème était consacré au financement du cinéma africain. Avec un certain nombre de personnalités de premier plan, comme Roosevelt OGBONNA (Managing Directeur du Groupe Access Bank), Mme Shari HAMMOND, (Manager Creative d’Afreximbank), Mme Juliet ASANTE (CEO du Ghana’s National Film Authority), Emad ESKANDAR (Directeur de « Red Sea Film Foundation »), Mme Colette OTUSHESO (CEO de Accelerate Group), Kene MKPARU (CEO de Komworld) ou Dr Ify OGO (Coordinatrice régionale du PNUD au Ghana).

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« Au Nigeria, Nollywood est bien connu
pour son extraordinaire production »

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APP – La grande nouveauté, n’est-ce pas précisément l’implication de banques africaines dans l’industrie cinématographique ?

Aminata DIOP-JOHNSON – On assiste en effet à un engouement grandissant des banques africaines pour le cinéma, à l’image de ce que l’on connaît déjà en France avec la BNP qui est un acteur majeur du cinéma. La première à s’être lancée dans ce secteur porteur fut Afreximbank, une banque panafricaine d’import-export basée en Égypte, mais dont le PDG est un Nigérian.

Depuis quatre ou cinq ans, elle s’est ouvertement intéressée aux Industries culturelles et créatives (ICC), et particulièrement au cinéma, et a créé un Fonds d’un milliard de dollars qui soutient le cinéma et investit dans la production cinématographique africaine.
Une autre banque nigériane, Access Bank, dont une délégation conduite par Roosevelt OGBONNA Managing Directeur du Groupe Access Bank, est venue pour la première fois cette année à Cannes, s’intéresse également au cinéma et accompagne cette nouvelle génération de jeunes talents africains séduits par le 7e Art. Elle soutient également un certain nombre de festivals. Comme l’AFRIFF (Festival international du Film d’Afrique) né à Lagos, au Nigeria et créée par une femme engagée Chioma UDE.

APP – Le Nigeria est certes incontournable en ce domaine, mais comment avez-vous réussi à impliquer ces grandes banques à vos côtés ?

Aminata DIOP-JOHNSON – C’est un travail de longue haleine pour un investissement à long terme. C’est un investissement important au départ et il me faudra transformer l’essai l’année prochaine. Mais, dès cette année, nous avons réussi à organiser deux panels de haut niveau qui figuraient dans le programme officiel du Marché du Film du festival de Cannes, avec plusieurs personnalités venues du Nigeria, dont Toke BENSON-AWOYINK, commissaire de l’État de Lagos au Tourisme, aux Arts et à la Culture qui a présenté le formidable projet de Lagos Film City.

Baptisée « Nollywood », l’industrie cinématographique nigériane est bien connue pour son extraordinaire production et son développement opiniâtre jusqu’à la reconnaissance mondiale. Au cours de la dernière décennie, le gouvernement fédéral a apporté un soutien de plus en plus important à l’industrie cinématographique, avec une volonté clairement affichée de développer l’économie créative dans les différents États du pays et la gouvernance nationale.

De gauche à droite, sur la photo : Mr Emad ESKANDAR (Directeur de « Red Sea Film Foundation »), Mme Colette OTUSHESO (CEO de Accelerate Group), Kene MKPARU (CEO de Komworld), Aminata DIOP JOHNSON (Fondatrice du Pavillon Africain) Mr Roosevelt Ogbonna (Managing Directeur du Groupe Access Bank), Mr Lai Mohammed, ancien Ministre de la Culture et de la Communication du Nigéria, Mme Shari HAMMOND, (Manager Creative d’Afreximbank), Mme Juliet ASANTE (CEO du Ghana’s National Film Authority). Photo © DR

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« Les pays francophones, comme le Sénégal
et la Côte d’ivoire, ne sont pas en reste ... »

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APP – Mais il nous faut aussi parler du cinéma francophone. Le Sénégal, votre pays, n’est-il pas aussi très féru de cinéma avec des réalisateurs qui s’imposent comme Mati DIOP ?

Aminata DIOP-JOHNSON – Bien entendu. La Franco-Sénégalaise Mati DIOP fut en effet Grand prix du Festival de Cannes en 2019. Et l’an dernier, parmi les films en compétition officielle, il y a eu Banel & Adama de Ramata Toulaye SY, une autre réalisatrice sénégalaise de talent. En 5 ans, le Sénégal a d’ailleurs eu à Cannes deux films en compétition officielle pour la Palme d’Or, dont un a obtenu le Grand Prix du Jury, ce n’est pas si mal. Cette année, malheureusement, dans la sélection retenue pour la Palme d’Or, il n’y avait aucun film africain...

Les pays francophones, comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ne sont pas en reste. Une délégation sénégalaise était bien présente à Cannes avec le Directeur de la Cinématographie et le Secrétaire permanent du Fonds de Promotion de l’Industrie Cinématographique et Audiovisuelle (FOPICA), ainsi qu’une délégation ivoirienne menée par Mme Diomande LISON JOHNSON, directrice de l’Office national du cinéma de Côte d’Ivoire (ONAC-CI) venue présenter la toute nouvelle Commission du Film Ivoirienne sur le Pavillon des Cinémas du Monde, et qui a pour ambition d’accueillir des tournages internationaux. La Côte d’Ivoire affiche clairement sa volonté de redynamiser son secteur du cinéma pour faire de la Côte d’Ivoire, la référence régionale.

APP – Mais la Côte d’Ivoire n’a-t-elle pas prévu d’organiser à l’automne la première édition du festival des Arts et de la Culture d’Afrique de l’Ouest (ECOFEST) ?

Aminata DIOP-JOHNSON – C’est exact, et je suis parfaitement au courant puisque je fais partie du Comité Régional. C’est un beau projet pensé par la CEDEAO qui date de plusieurs années, mais arrive enfin à maturation. ECOFEST se déroulera du 21 au 28 septembre à Abidjan où il connaîtra un certain succès, comme nous l’espérons tous. Grâce à un thème très rassembleur : « La Culture, catalyseur de paix, de diversité et d’’intégration économique et sociale en Afrique de l’Ouest ». Ce sera bien évidemment l’occasion d’engager les acteurs publics et privés du secteur de la culture pour la promotion de la richesse culturelle de la sous-région.

APP – Mais vous allez également dans bien d’autres Festivals comme le FESPACO ?

Aminata DIOP-JOHNSON – Pour enchaîner avec la Côte d’Ivoire, j’étais présente au CANEX organisé par Afreximbank en novembre 2022 à Abidjan, comme je serai, bien sûr, à la prochaine édition du FESPACO prévu à Ouagadougou du 22 février au 1er mars 2025, après avoir eu l‘honneur d’être Présidente du Jury des Prix de la CEDEAO lors de la dernière édition. Croisons les doigts !
Depuis deux ans, le Pavillon Africain, est également présent au « Red Sea Souk » qui se déroule en Arabie Saoudite et dont la dernière édition a eu lieu en décembre 2023 à Djeddah.

APP – Le Pavillon Africain arrive cependant à promouvoir bien d’autres réalisateurs du Continent...

Aminata DIOP-JOHNSON – C’est notre but. Au cours des quinze dernières années, un petit nombre de cinéastes africains ont développé leurs compétences artistiques, obtenu des financements pour créer leurs produits et leurs œuvres, ont été diffusés sur différentes plateformes internationales et ont généré des revenus pour eux-mêmes et leurs financiers.

Malgré ces victoires artistiques et commerciales individuelles, les industries cinématographiques locales de toute l’Afrique restent aujourd’hui commercialement pauvres, avec peu ou pas de revenus liés à la croissance de l’industrie.

Alors qu’un pourcentage significatif de la population africaine (Plus de 1,3 milliard d’habitants) souhaite consommer des films africains, une question se pose : comment pouvons-nous commencer à changer cette situation de manière à ce qu’une croissance réelle généralisée et génératrice de revenus soit lancée localement en Afrique ?

APP – Quels sont vos principaux partenaires stratégiques ?

Aminata DIOP-JOHNSON – J’allais vous en dire un mot car nous ne pouvons pas oublier deux partenaires stratégiques. Leur engagement dans ce secteur est important. C’est l’Union Africaine, bien sûr, qui vient de mettre sur pied à Nairobi (Kenya) la Commission Africaine de l’Audiovisuel et du Cinéma et d’inaugurer dans la capitale kényane un Secrétariat temporaire. J’ai été officiellement invitée au lancement de celle-ci début mai au Kenya.
Et le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) qui, pour la première fois, était cette année partenaire du Pavillon Africain au Festival de Cannes et finance notamment le programme des « Talentueuses caméras d’Afrique ».

C’est un programme de renforcement des capacités de jeunes cinéastes organisé en collaboration avec le Marché du Film du festival de Cannes. Il y a trois ans, un jeune réalisateur somalien Mo Haware en a bénéficié en étant invité à Cannes par le Pavillon Africain et, cette année, son film - « The Village Next to Paradise » - était en compétition dans la catégorie « Un certain regard ». Voilà un bel exemple.

EN SAVOIR PLUS :
www.afpav.com

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