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#AmbitionAfrica - François Sporrer (DG Trésor) : « En Afrique subsaharienne, 30% des récoltes agricoles sont perdues notamment pour des raisons logistiques »

31 octobre 2019
François Sporrer, chef du service économique Afrique de l’Ouest à la Direction du Trésor. © DR
Il faudrait de 100 à 200 milliards de dollars par an pour améliorer les infrastructures de transport sur le continent africain. On est aujourd’hui loin du compte et cela pénalise de plus en plus la compétitivité économique du continent et freine sérieusement sa croissance. C’est ce qu’ont montré les débats d’une intéressante table-ronde organisée jeudi dans le cadre du forum #AmbitionAfrica, organisé par Business France, les 30 et 31 octobre au ministère de l’Économie et de Finances, à Paris-Bercy.

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Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris (AP.P)
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

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« Un homme sans tradition est comme un zèbre sans rayure » (proverbe africain). A quoi l’on pourrait ajouter : un pays sans infrastructures solides de transport est un pays sans économie d’avenir. « Le transport, c’est l’un des chantiers clef pour l’Afrique, fondamental pour la transformation du continent, sa compétitivité, son industrialisation et son intégration régionale », a tranché Marie-Laure Mazaud, DG déléguée de Stoa Infra & Énergie, filiale de la Caisse des Dépôts et de l’Agence française de Développement (AFD), au cours d’une très intéressante table-ronde qui s’est tenue jeudi dans le cadre du forum Ambition Africa. La deuxième édition de ce rendez-vous d’affaires de référence organisé par France Business, s’est déroulée les 30 et 31 octobre au ministère de l’Économie et de Finances, à Paris-Bercy, avec plus de 1 300 participants et quelque 2 000 rencontres BtB.

Besoins énormes

Bien sûr, dans beaucoup de domaines, les grands besoins du continent africains sont énormes et beaucoup de secteurs réclament eux aussi des investissements, que cela soit l’éducation, la santé ou encore d’autres infrastructures comme l’énergie et les télécoms. Mais sans infrastructures opérationnelles et en bon état pour les transports, au mieux le développement économique va plafonner, au pire, les villes vont s’étouffer. « Sans routes, il n’y aura plus de croissance économique », a diagnostiqué François Sporrer, le chef du service économique Afrique de l’Ouest à la Direction du Trésor. Un exemple ? « Les pertes post-récoltes », liées à des raisons logistiques – absence de chaîne de froid et transports déficients –, « sont estimées à 30 % en Afrique sub-saharienne », a-t-il observé.

Handicap de compétitivité

A ce gâchis, s’ajoute un surcoût logistique qui plombe la compétitivité des pays africains. « En Asie, a précisé François Sporrer, le coût logistique pour l’exportation d’un bien est estimé à 6-8 % de la valeur unitaire ; en Afrique sub-saharienne, c’est entre 20 et 30 % suivant les zones et les pays. C’est un vrai handicap de compétitivité. Cela explique pourquoi le commerce intrarégional plafonne à 16 % (69 % en Europe), alors qu’il y a une CEDAO et une union monétaire qui fonctionnent ».

Aujourd’hui, a abondé Marie-Laure Mazaud, « la part de l’Afrique dans les échanges mondiaux est marginale : 2 % (13 % pour la Chine). Si l’on résorbait le retard des investissements en matière d’infrastructures et de logistique, l’Afrique pourrait gagner 1 % de PIB par an ».

« La route cela ne se mange pas »

Les besoins d’investissements sont estimés, suivant les participants à la table-ronde, entre 100 et 200 milliards de dollars par an dans les transports et la logistique multimodale d’ici à 2030. Faute de quoi « l’Afrique aura toujours un train de retard », comme l’a finement remarqué Arnaud Fleury, le journaliste économique qui animait la conférence.

Or aujourd’hui a-t-il pointé, « on en est à peu près à la moitié, voire moins, avec de grandes variations entre les pays et les transports ». Pourtant, certains bailleurs de fonds internationaux envisagent, s’est étonné le haut-fonctionnaire de la Direction du Trésor appelés régulièrement à financer les infrastructures, d’« arrêter de financer les routes », au prétexte que cela ne serait pas assez « vert »…

Il s’est également dit « surpris » d’entendre dire en Côte d’Ivoire, où l’on veut que la croissance « soit plus inclusive », que « la route cela ne se mange pas »… En Côte d’Ivoire justement, s’est indigné François Sporrer, « on estime que 90 % du réseau routier asphalté a dépassé sa date de péremption et devraient être réhabilités. Et ce problème est aggravé par le fait que 50 % des camions sont en surcharge, ce qui continue de détruire l’infrastructure ».

11 heures pour faire les 150 Km Lomé-Cotonou

Certes, a pondéré la DG déléguée de Stoa Infra & Energie, il y a « quelques très belles réalisations » (les ports d’Abidjan, Lomé, Limbé, Kribi, Le Cap, etc.), mais elles « sont très concentrées sur le secteur portuaire qui accueille 90 % des investissements réalisés ». En matière de logistique, a souligné Marie-Laure Mazaud, les investissements « sont très faibles, de 1 à 2 milliards dollars par an, alors qu’il « en faudrait de 15 à 20 milliards ». Il y a « 50 % du réseau routier » africain « dont il faut refaire l’asphalte et 20 % à construire », a-t-elle estimé avant de s’exclamer : « On met 11 heures pour faire Lomé (Togo) - Cotonou (Bénin) distants de 150 km ! »

Vitesse moyenne de 6 km/h sur les routes...

C’est simple, a confirmé François Sporrer, « entre l’encombrement à la sortie des ports, le trafic urbain, la qualité des infrastructures, la bureaucratie avec toutes sortes de contrôles plus ou moins officiels qui existent sur les différents corridors, aujourd’hui un camion se déplace en Afrique de l’ouest à une vitesse moyenne de 6 km/h »…

« La zone de libre-échange (ZLECA) qui est en train de se mettre en place sur le continent ne pourra pas être une réalité tant que l’on ne mettra pas en place des systèmes de transport multimodal, a assuré, pessimiste, Samba Bathily, PDG d’Africa Development Solutions. Aujourd’hui, cela coûte plus cher d’amener un container de Bamako à Dakar (3 000 dollars) que d’en faire venir un d’Amsterdam à Dakar ».

Développer les grands corridors

« Il faut se ré-intéresser au rail qui a été beaucoup négligé depuis les indépendances, a prôné Samba Bathily, Malien installé au Sénégal. Il faudrait développer les grands corridors, routiers et ferroviaires. Par exemple, un axe ferroviaire Est-Ouest, de Djibouti à Dakar, des villes séparées seulement par 5 800 km aurait un coût d’environ 80 milliards de dollars. Mais cela désenclaverait beaucoup de pays. Il faut aussi relier le Nord au Sud, Le Caire au Cap. Certaines études ont montré qu’un container circulant sur une ligne ferroviaire Djibouti-Dakar ne va coûter que 600 dollars ».

Volonté politique et PPP

Côté financements, « il faut faire preuve d’imagination et de flexibilité, et aider à faire émerger des financements locaux », a prudemment estimé Marie-Laure Mazaud, et « s’inspirer du secteur énergétique ». Sinon, l’autre pendant qui n’a pas bonne presse chez les responsables politiques, c’est « la subvention que l’on doit apporter pour assurer l’équilibre des projets ».

Car en matière d’infrastructures de transport, les PPP (partenariats public-privé) ne semblent plus avoir une grande cote, chat échaudé craignant l’eau froide : « Si le modèle économique du troisième pont d’Abidjan était équilibré, a raconté François Sporrer, on se heurte à une volonté politique puisque les pouvoirs publics n’ont pas souhaité appliquer, pour des raisons sociales certes légitimes, le tarif qui avait été calculé. Mais du coup, l’État ivoirien paye tous les ans le concessionnaire pour équilibrer ses comptes »…

Conséquence, selon le haut-fonctionnaire de Bercy, « quand on parle de grands axes transversaux, de routes Est-Ouest, on n’a pas aujourd’hui de modèle économique qui permette d’amortir ces investissements très lourds. De plus on n’est pas certain que les flux seront suffisants, et qu’il y aura la volonté politique pour appliquer les tarifs nécessaires ».

Opportunités immenses

Reste que les opportunités d’affaires sont grandes pour les entreprises françaises du secteur du transport et de la logistique, tant dans le réseau routier que dans les agglomérations. « D’ici 2040, a rappelé Marie-Laure Mazaud, il y aura 150 villes avec plus d’un million d’habitants, d’où la nécessité de développer les transports urbains ».

Or dans des mégalopoles comme « Lagos ou Abidjan, on en est aujourd’hui à peine aux premiers projets de transport intermodal de masse, a noté François Sporrer. Pour les entreprises françaises, les opportunités sont donc immenses sur tout le spectre du secteur, dès l’amont où il faut des tonnes d’études pour tous les projets, en passant par la maîtrise d’ouvrage, les contrôles, l’ingénierie, les grands groupes de BTP et leurs sous-traitants, déjà très actifs, les opérateurs, etc. »

Un problème crucial

« Le problème du transport en Afrique est crucial, a conclu Samba Bathily. C’est une question de sécurité nationale et internationale pour nos pays et notamment pour l’Europe car dans 20 ans ce sont 500 millions de personnes qui vont arriver sur le marché de l’emploi. Et beaucoup, s’ils n’ont pas de travail, vont vouloir migrer vers le continent le plus proche, autrement dit l’Europe : si seulement 5 millions de personnes décident de traverser la Méditerranée, cela créera un problème énorme »...

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- Notre dossier AMBITION AFRICA 2018 (16 articles)

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LIEN UTILE

- Site AMBITION AFRICA 2019

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