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#AmbitionAfrica - Étienne GIROS président délégué du CIAN : « Industrialisation, financement et amélioration du climat des affaires : les trois pistes pour renforcer la compétitivité du secteur privé africain »

30 octobre 2019
Étienne GIROS, Président délégué du CIAN, Président de l’EBCAM, lors de son intervention à #AmbitionAfrica 2019, en conclusion de la table ronde dédiée à l’environnement des affaires en Afrique, en matinée de ce mercredi 30 octobre. © DR
Invité à conclure la conférence d’un panel de haut niveau dédiée au climat des affaires en Afrique, ce mercredi matin lors de la première journée d’#AmbitionAfrica 2019, Étienne Giros prolonge son intervention par cette contribution, précisant sa pensée sur le « cercle vertueux » à même de permettre à l’Afrique d’accélérer son développement.

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Une tribune libre d’Étienne GIROS,
Président délégué du CIAN (Club français des investisseurs en Afrique), Président de l’EBCAM (European Business Council for Africa and the Mediterranean)

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L’Afrique est confrontée aujourd’hui à deux défis économiques majeurs : renforcer le secteur privé, ce qui passe par la création d’un tissu d’entreprises dynamiques et créatrices d’emplois, et s’industrialiser.

Une Afrique entreprenante

Nous assistons, depuis une quinzaine d’années, à l’émergence d’une nouvelle Afrique. Une nouvelle génération d’Africains, jeune et dynamique, voit maintenant son avenir dans l’entreprise et l’innovation. Elle parle start-up, incubateurs, digital, plateformes. Elle est en phase avec son temps et avec le temps du monde.

C’est une tendance de fond. Le tempérament entrepreneurial s’est substitué à celui des anciens, davantage attiré par la fonction publique ou la politique. Pour réussir, pour s’épanouir, pour améliorer sa condition, on prend des risques, on innove, on « disrupte ». Ce tissu de nouvelles PME qui se développe aux côtés des grands groupes est à même d’enclencher un cercle vertueux de création d’emplois et de richesses. C’est indispensable.

Une trop faible création d’emplois

Le deuxième grand défi économique du continent est celui de l’industrialisation. Il faut promouvoir les PME et les start-up dans le secteur des services, du commerce ou du digital. Malgré des taux enviables (près de 4 % par an pour l’ensemble du Continent, et 8 à 10 % pour de nombreux pays) la croissance africaine demeure peu créatrice d’emplois. Et peu inclusive. Tous les territoires et toutes les catégories sociales n’en bénéficient pas équitablement.

Ce type de croissance ne peut déboucher sur un véritable développement du pays. Tout doit être fait pour que les économies des pays d’Afrique, notamment d’Afrique subsaharienne, deviennent davantage créatrices de valeur ajoutée. Elles doivent se libérer de la rente et de la dépendance aux matières premières.

Une nécessaire étape d’industrialisation

À mon sens, l’Afrique ne saurait faire l’économie d’une phase d’industrialisation. Certains courants de pensée défendent l’idée que l’Afrique pourrait faire l’économie de l’étape d’industrialisation pour se concentrer dès à présent sur la production de services et sur le digital. Une sorte de « saut de la grenouille », ou « leapfrog ».

Je pense au contraire qu’il n’y a pas de fatalité à ce que l’Afrique sous-traite à d’autres parties du monde, et notamment à l’Asie, la production des biens intermédiaires et de consommation donc elle a besoin, compte tenu de sa forte démographie. Seule l’industrialisation engendre les gains de productivité qui sont les vrais fondements de la croissance durable et du développement. Du reste, la décision de l’Union africaine de lancer la création d’une grande zone de libre-échange continentale (la ZLEC) illustre bien la nécessité d’augmenter le volume des échanges et surtout d’agrandir la taille des marchés. En effet, plus le marché est grand et prometteur, plus les investissements et l’industrialisation sont justifiés.

Renforcer la compétitivité

Pour atteindre cet objectif de création d’entreprises et d’industrialisation, le continent africain doit renforcer sa compétitivité. L’Afrique regorge d’entrepreneurs de talent, débordant d’idées, prêts à prendre des risques. Le principal frein réside dans le déficit de compétitivité du continent par rapport à d’autres régions du monde. Tant que la compétitivité africaine sera décalée par rapport à celle de ses concurrents, la création d’entreprise tardera à décoller.
Alors, comment faire pour rattraper le retard ? La solution passe par trois voies complémentaires et simultanées.

Trois voies pour rattraper le retard

La première, ce sont les infrastructures, et notamment les infrastructures de transport et de logistique. Elles seront la clé de voûte de la réussite de la ZLEC. Il ne peut y avoir d’industrialisation sans accès généralisé à l’énergie, sans réseau de transport efficace et peu coûteux (et sans un système de formation adaptée aux besoins de l’économie).

La tendance que l’on observe ces dernières années est à cet égard encourageante, puisque les investissements dans ce domaine des infrastructures ont triplé en dix ans, avec quelques réussites emblématiques : le port de Tanger Med, au Maroc, ou celui de Lomé, au Togo.

La deuxième piste a trait au climat des affaires. Une fiscalité stable, un droit des affaires efficace, une justice compétente et neutre, une bureaucratie allégée sont des prérequis. Un environnement favorable aux entreprises est absolument nécessaire. Il ne s’agit pas ici de défendre des intérêts corporatistes, mais de créer les conditions favorables à l’investissement.

La troisième voie est relative au financement. Il ne peut y avoir ni investissement, ni création d’entreprises, ni gains de compétitivité si le problème du financement n’est pas résolu. L’Afrique, à cet égard, est confrontée à un obstacle paradoxal : d’un côté il n’y a pas de manque flagrant de capitaux pour financer les investissements (dépôts bancaires, bailleurs de fonds, fonds de private equity), mais de l’autre les taux d’intérêt pratiqués localement sont extrêmement élevés, de 8 % à 20 %. Il en résulte le blocage de nombreux projets, ou l’exigence de taux de rentabilité trop élevés, qui nuisent à la productivité.
Cette cherté de l’argent provient de la prime de risque que les prêteurs font supporter à l’Afrique, à tort ou à raison (taux d’impayés élevés, risques politiques, etc.), ainsi qu’à la difficulté de mobiliser les liquidités locales.

Réunir les grands acteurs : États,
organismes financiers et secteur privé

Les entreprises peuvent toujours faire appel à des financements étrangers, en Europe ou aux États-Unis, car l’argent n’y est pas cher. Mais outre la difficulté de trouver de tels fonds, elles sont alors confrontées aux risques de change qu’elles ne peuvent pas toujours assumer. L’autre préoccupation concerne les garanties demandées par les prêteurs.

La solution la plus efficace pour résoudre cette problématique du financement se situe sans doute dans la mise en place rapide et généralisée d’outils spécifiques de garantie délivrés par les bailleurs de fonds et les institutions financières. Les entrepreneurs ne demandent pas de garantir le risque de l’investissement, c’est leur métier d’en prendre, mais ils demandent de trouver les financements qui leur permettent de lancer leur projet sans être dès le départ pénalisés par une distorsion de concurrence financière avec les autres régions du monde.

Cet enjeu de la compétitivité en Afrique est absolument crucial et la seule méthode d’y répondre doit être collective, et réunir les grands acteurs que sont les États, les organismes financiers et le secteur privé. C’est un défi que la croissance démographique du continent et sa quête légitime de développement inclusif nous obligent à relever en priorité.

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NB - Introduction et intertitres sont de la rédaction.

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- Notre dossier AMBITION AFRICA 2018 (16 articles)

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LIENS UTILES

- Site AMBITION AFRICA 2019

- Site de France Invest

- Site du Club Afrique de France Invest

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