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Ambition Africa / Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI, Ministre des Mines de la RD CONGO : « En cette période de crise énergétique, mon pays regorge de tout ce qui est nécessaire pour la France »

7 octobre 2022
Ambition Africa / Antoinette N'SAMBA KALAMBAYI, Ministre des Mines de la RD CONGO : « En cette période de crise énergétique, mon pays regorge de tout ce qui est nécessaire pour la France »
Mme Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI, ministre des Mines de la République Démocratique du Congo. © BF
Invitée vedette de la IVe Ambition Africa (4 et 5 octobre 2022) à Bercy, Mme Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI, ministre des Mines de la République Démocratique du Congo, a dressé un véritable plaidoyer devant les investisseurs français pour les encourager à venir investir sans attendre en RDC, où « les entreprises françaises sont les bienvenues ».

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Entretien exclusif par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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APP - Vous êtes à la tête d’une importante délégation de la République démocratique du Congo (RDC) venue pour cette VIe Ambition Africa à Bercy. Quelles sont vos attentes ?

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – Nous sommes venus présenter, ici en France, les opportunités qu’offre aujourd’hui au monde la République démocratique du Congo en rapport avec mon secteur, qui est celui des mines.

Nous avons en effet dressé la liste de toutes les ressources minérales dont la RDC regorge et, aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins car il se trouve que la RDC est un pays producteur de tous ces minerais verts qui entrent dans la fabrication des batteries électriques.

Nous sommes donc venus inviter tous les partenaires potentiels qui voudraient investir en RDC afin qu’ils viennent exploiter, traiter et transformer localement les produits du secteur minier. En fait, nous voulons donner de la valeur ajoutée à nos minerais afin que la population congolaise, qui est pauvre aujourd’hui, puisse enfin bénéficier de toutes les richesses de notre sous-sol.

APP - Dans la crise énergétique actuelle, la RDC apparaît comme un « pays solution », affirmez-vous...

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – Nous regorgeons d’un véritable potentiel de bio-diversité avec le Bassin du Congo, qui est la deuxième forêt mondiale après l’Amazonie. On demande aujourd’hui à la RDC d’être résiliente pour protéger son environnement parce que nous avons des écosystèmes meilleurs et nous ne générons pas beaucoup de gaz à effets de serre.

Or, à cause de la guerre en Ukraine, le pétrole est désormais devenu un bien rare. Nous sommes dans la transition énergétique et la RDC est donc un « pays solution » : demain, nous n’aurons plus à utiliser les énergies fossiles. Nous sommes en train de basculer vers les énergies vertes et la RDC est ce pays qui regorge – vous le savez – de la majorité de tous ces minerais indispensables à notre vie demain. En raison de la crise actuelle, nous sommes bien conscients que la RDC représente un peu « l’espoir du monde » !

La ministre des <mines de la RDC, Mme Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI, lors de son intervention IVe Ambition Africa, à Paris-Bercy, le 4 octobre 2022. © BF

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« Nous avons été qualifiés
de bon élève par l’OCDE »

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APP - Votre pays a eu dans le passé de sérieux problèmes de gouvernance, mais fait actuellement des efforts pour améliorer le climat des affaires. Pouvez-vous nous en donner des exemples concrets, dans le secteur minier ?

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – Je vous le confirme, il y a aujourd’hui une nette amélioration de la gestion du domaine public. Le chef de l’État a remis en activité une structure qui existait déjà : l’Inspection générale des Finances. Avec l’IGF, la Cour des Comptes a mission de faire au quotidien des contrôles permanents afin que, dans les administrations et entreprises publiques, chacun puisse mieux gérer tout ce qu’il a comme finances à sa disposition. La RDC est membre des organismes régionaux et internationaux. Nous avons dans notre arsenal juridique tout ce qu’il y a comme conditions de bonne gouvernance.

Nous sommes membre de l’OCDE et nous avons été qualifiés de « bon élève ». Nous sommes membre de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives), nous avons inscrit cette institution dans la loi minière et nous traçons nos minerais du puits à l’exportation, sur l’ensemble de la chaîne de production et d’exploitation.

Grâce à la nouvelle législation minière, tout a été fait pour que les choses se passent désormais dans la transparence en participant à la lutte contre la corruption, en supprimant l’exploitation illégale et en encadrant beaucoup mieux l’exploitation artisanale. Pour accroître encore cette traçabilité, nous publions toutes les informations relatives aux contrats miniers sur le site de notre ministère.

APP - N’avez-vous pas aussi la volonté – et cela est relativement nouveau – de transformer désormais localement tous les produits issus des mines ?

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – La loi minière révisée de 2018 impose le traitement et la transformation locale. Cependant, à cause de notre déficit énergétique, nous avons laissé les entreprises exporter quand même le brut. Mais nous sommes en train de travailler avec des experts pour voir dans quelle mesure nous allons finalement inciter les entreprises minières à pouvoir créer elles-mêmes des empreintes hydro-électriques pour pallier cette crise énergétique.

Ces entreprises seront obligées demain de traiter localement. En partenariat avec le Ministère de l’Énergie, on y travaille avec un groupe d’experts et j’espère qu’une solution pérenne sera trouvée au plus tard d’ici deux ans. Je prendrai alors la décision par arrêté pour dire à tous : « Désormais en RDC, vous ne vendez pas vos produits, vous les traitez et transformez sur place ».

Nous venons d’ailleurs de créer un Centre d’excellence et de recherche – avec une véritable stratégie d’exploitation – pour nous donner toutes les capacités d’extraire nous-mêmes les richesses de notre sous-sol et créer ainsi une véritable chaîne de valeurs profitable à notre économie, au développement du pays et l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

Tout a également était prévu pour que les opérateurs, nationaux comme étrangers, soient tenus à un « cahier des charges » qui leur fasse devoir de participer au développement des communautés locales vivant à proximité des sites miniers.

S.E. Mme Ruth TSHOMBE, Ambassadrice RD CONGO, en compagnie de le ministre des Mines, Mme Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI, ensemble à la IVe Ambition Africa, à Paris-Bercy, le 4 octobre 2022. © BF

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« Les entreprises françaises
sont les bienvenues chez nous »

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APP - En termes de PPP, que peut-on faire avec votre pays ?

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – Les Partenariats Public-Privé (PPP) ont toujours existé. Lorsqu’un investisseur arrive, il se rapproche de nous pour nous expliquer sa démarche.

Nous avons chez nous beaucoup d’opportunités très différentes : vous pouvez venir au Congo, par exemple, pour créer un comptoir d’achat de diamants ou d’or, vous pouvez venir pour ouvrir une petite mine ou pour monter et créer une industrie minière. Si vous suivez toutes les procédures inscrites dans le Code minier, toutes les initiatives sont les bienvenues et les PPP nous intéressent bien évidemment.

À ce jour, d’ailleurs, toutes les entreprises minières florissantes que nous avons sont déjà en contrats PPP, que les sociétés soient chinoises ou d’autres nationalités... Les entreprises françaises sont les bienvenues chez nous !

APP - Un dernier message à l’adresse précisément des décideurs et investisseurs français rencontrés à Paris-Bercy, où se déroule Ambition Africa ?

Antoinette N’SAMBA KALAMBAYI – Dans son allocution d’ouverture d’Ambition Africa, M. Olivier Becht, ministre délégué en charge du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger, rappelait fort à propos que doit changer la vision de l’Afrique envers la France, et inversement la vision de la France envers l’Afrique.

Autrefois, nous avions entre nous une balance commerciale vraiment déséquilibrée, mais aujourd’hui les choses sont en passe de changer car nous regorgeons de tout ce qui est nécessaire pour la France en cette période de crise énergétique.

Vous devez en effet basculer des énergies fossiles vers les énergies vertes. Or, vous ne disposez pas dans votre sous-sol du cobalt (dont nous sommes le premier producteur), du lithium, etc. Vous avez donc intérêt à venir vers nous pour partager votre expérience technologique et nous, en retour, nous vous laisserons exploiter mines et gisements pour arriver ensemble à un partenariat « gagnant-gagnant ».

……

EN SAVOIR PLUS :
www.ambition-africa.com

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CMAAP 6, le 9 novembre : « AFRIQUE-EUROPE : quelles avancées vers une coopération économique plus forte ? » INSCRIPTIONS OUVERTES

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Voyez ici le REPLAY de notre CMAAP 5, du 6 octobre 2022 :

« LA FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE
PEUT-ELLE SE RELANCER EN AFRIQUE ? »

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