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AMBITION AFRICA 2025 / Marie-Laure AKIN-OLUGBADE, VP de la BAD : « Que les investisseurs français soient plus audacieux ! »

22 novembre 2025
AMBITION AFRICA 2025 / Marie-Laure AKIN-OLUGBADE, VP de la BAD : « Que les investisseurs français soient plus audacieux ! »
Mme Marie-Laure AKIN-OLUGBADE, vice-Présidente de la BAD, participe aux cotés de Sandra KASSAB (Directrice du Département Afrique de l’AFD) et de la Burundaise Francine INARUKUNDO à une table ronde d’Ambition Africa 2025, qui s’est déroulée à Paris-Bercy les 18-19 novembre 2025. Photo © BF/APP – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.
Pour sa première participation à Ambition Africa, la principale vice-Présidente de la Banque africaine de développement (BAD) a rappelé que le Continent est une zone d’opportunités et de croissance. En effet, en 2025 quelque 21 pays africains auront un taux de croissance supérieur à 5 %.

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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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APP – La BAD a depuis septembre dernier un nouveau Président. Quelles sont ses priorités ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – L’ancien ministre mauritanien de l’Économie, Sidi Ould TAH, a en effet été élu le 29 mai dernier – lors des Assemblées générales du Groupe à Abidjan – nouveau Président de la BAD pour un mandat de cinq ans, largement soutenu par nos actionnaires. Élu avec plus de 76 % des votes des pays membres, il a pris officiellement ses fonctions au 1er septembre à Abidjan. Avec une ambition avant tout de mobiliser davantage de capitaux pour le Continent et, là, il s’agit de chercher loin et de ratisser extrêmement large.

C’est aussi un secteur d’investissements institutionnels qui s’est énormément développé avec beaucoup de fonds souverains sur le Continent. Il y a une industrie de l’assurance, de l’assurance vie. Il y a donc des ressources longues qui gagneraient à être mieux canalisées et mieux redistribuées. Un certain nombre d’institutions financières africaines pourraient être mises aussi à contribution dans une espèce de partenariat où la BAD pourrait avoir un rôle moteur pour fluidifier le système au profit d’institutions financières de développement ou purement commerciales, plus proches des populations dans chacun de nos pays.

APP – Et quel est précisément votre rôle aujourd’hui à ses côtés ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – En qualité de Vice-Présidente principale depuis octobre 2024, j’ai travaillé avec le Président nigérian ADESINA et, aujourd’hui, j’apporte bien évidemment mon soutien au nouveau Président mauritanien TOH dans l’accomplissement de ses fonctions. J’ai un domaine de responsabilités beaucoup plus précis qui concerne notamment la stratégie de la Banque, tout ce qui concerne la gestion financière et l’élaboration du budget du groupe, mais aussi tout ce qui concerne la détermination des politiques et la mise en œuvre des sauvegardes sociales et environnementales. C’est donc un portefeuille relativement varié qui me donne une bonne vue sur toutes les activités de la Banque. J’ai donc une vue globale, d’autant plus que j’étais précédemment Vice-Présidente chargée des opérations pour tous les pays sur le Continent.

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« 600 millions Africains n’ont
toujours pas accès à l’électricité »

APP – Dans la table-ronde consacrée à « l’économie africaine de demain », à laquelle vous venez de participer, vous évoquiez cinq priorités. Quelles sont-elles ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – La BAD s’est dotée en mars 2024 d’une stratégie car notre ambition est réellement de contribuer à cette transformation naturelle : une transformation à la fois énergétique, démographique, agricole, une transformation qui va capitaliser sur l’intégration régionale avec la ZECLAF et une transformation enfin qui va toucher les jeunes et les femmes de ce Continent pour améliorer leur bien-être.

La première priorité, c’est effectivement éclairer et alimenter l’Afrique en énergie. L’objectif, c’est l’accès universel à l’énergie. Sur le Continent, 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité et notre ambition – dans la cadre de la « Mission 300 » que nous mettons en œuvre avec le groupe de la Banque mondiale – c’est de réduire ce nombre de moitié !

Pour ce faire, nous explorons bien sûr les énergies propres, les énergies renouvelables. Nous travaillons sur toute la chaîne de valeur de l’énergie de la production à la transmission et à la distribution pour apporter de l’électricité – une source d’énergie propre et en continu – au plus près des populations, même dans les régions les plus reculées.

Mme Marie-Laure AKIN-OLUGBADE, Vice-Présidente principale de la BAD, devant le panneau des partenaires d’Ambition Africa 2025. Photo © BF/APP – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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APP – Mais l’agriculture n’est-elle pas une priorité presque aussi importante que l’énergie ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – Notre deuxième grande priorité, c’est en effet le développement de l’agriculture, qui tient compte à la fois des petits producteurs, mais également du besoin de transformer et commercialiser un certain nombre d’exploitations agricoles, pour assurer la souveraineté et la sécurité alimentaire. Le Continent a les moyens de se nourrir complètement et aussi d’exporter des produits agro-industriels avec tout ce qui peut être transformé localement. Cela passe par le biais d’agro-industries, par l’investissement dans la production et les systèmes d’irrigation.

La troisième axe, c’est l’industrialisation et nous y croyons vraiment car il est plus que temps que le Continent arrive à un système où l’on peut ajouter de la valeur à tout ce que nous avons et produisons ici.

Nous croyons aux hubs technologiques, aux zones industrielles et aux zones franches. Nous croyons en la possibilité d’avoir des champions africains et nous en avons déjà dans le domaine manufacturier ou industriels, que ce soit au niveau de la production d’engrais ou des hydrocarbures. Dans ces secteurs clés, nous voyons déjà l’émergence de champions.

Notre Grand Reporter Bruno FANUCCHI et Mme Marie-Laure AKIN-OLUGBADE, vice-Présidente de la BAD, à l’occasion de l’entrevue réalisée lors d’Ambition Africa 2025 à Paris-Bercy, le 18 novembre 2025. Photo © DR/APP – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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« La ZLECAF, nous y croyons »

APP – Qu’attendez-vous de la Zone de libre échange continentale africaine ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – Le quatrième axe de priorité, c’est l’intégration régionale avec précisément la mise en œuvre de la ZLECAF. Je rappelle que le groupe de la Banque africaine de développement a été créé en 1964 et l’objectif des pères fondateurs c’était d’abord l’intégration régionale, c’était de pouvoir faire du commerce entre nos différents pays.

C’est que nous avons fait depuis bien des années, mais dans notre stratégie nous devons nous assurer que nous avons toutes sortes de connectivités au niveau des moyens de transport, la connectivité au niveau de l’énergie avec les inter-connexions électriques, la connectivité au niveau de la fibre optique et tout ce qui permet de porter et profiter de ces nouvelles technologies de l’information, la connectivité au niveau des chaînes de valeur régionales et continentales.

La zone de libre échange continentale, nous y croyons et nous accompagnons le secrétariat de la ZLECAF pour nous assurer justement que tous les protocoles sont signés et que ce système clé est en marche... pour que les échanges se multiplient.
Notre cinquième priorité, c’est le transfert de technologies, mais c’est là un domaine transversal. On en a besoin et on en veut dans l’agriculture, dans le domaine de l’énergie, dans tous les process industriels.

APP – Et toute cette stratégie n’a qu’un seul but ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – Bien entendu : notre objectif, c’est toujours l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est là que nous mettons le focus sur les jeunes et les femmes, pour la création d’emplois pour les jeunes, le développement de ce tissu de banques de l’entrepreneuriat et de l’investissement. Il est important de pouvoir accompagner les jeunes dans tout leur cycle de création d’entreprise, de l’idée du projet à sa formalisation, du développement du plan d’affaires à son financement. Avec de surcroît la mise en relation avec tout un écosystème, où ils vont trouver des partenaires et nouer des partenariats d’affaires.

APP – Dans vos priorités, je n’ai pas entendu le mot climat...

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – C’est exact. Car nous avons cinq priorités opérationnelles que je viens de vous résumer, mais nous avons de surcroît ce que nous appelons des « priorités transversales », c’est-à-dire qui n’ont pas d’exclusive par rapport aux secteurs d’intervention. Je veux parler de la gouvernance car, sans gouvernance, beaucoup de choses que nous faisons seraient bien éphémères, et bien entendu le changement climatique qui doit également être appréhendé dans chacun de ces secteurs, que ce soit dans le domaine de l’agriculture avec des pratiques qui soient respectueuses de l’environnement, de la conservation des eaux ou des semences mieux adaptées au climat dans certaines régions, etc.
Nous nous sommes d’ailleurs fixés comme objectif dans tout ce que nous faisons d’avoir 40 % de « financement labellisé climat ».

APP – Comme vous êtes présente à Ambition Africa, qu’attendez-vous des investisseurs français ?

Marie-Laure AKIN-OLUGBADE – À titre personnel, c’est la première fois que je participe à ce grand rendez-vous d’affaires d’Ambition Africa à Bercy, où des représentants de la BAD sont déjà venus, et nous nous réjouissons bien sûr de cette invitation. Ce que nous attendons des investisseurs français, c’est qu’ils soient audacieux. Qu’ils prennent l’initiative de se déplacer, d’aller en Afrique et d’avoir des partenariats avec des entreprises installées sur le Continent. Qu’ils viennent chez nous avec un état d’esprit ouvert car il y a énormément d’opportunités qui peuvent être saisies.

Ce que j’aimerais dire aux investisseurs étrangers en général, c’est que l’on a encore – il est vrai – un certain nombre de défis à relever et encore des zones où c’est peut-être plus difficile de travailler qu’ailleurs. Mais nous avons quand même bien des ressources et des richesses, un narratif qui change sur le Continent et de belles histoires qui s’écrivent.
Car c’est un Continent qui continue à générer de la croissance. D’après les dernières perspectives économiques de la BAD, quelque 21 pays africains auront en 2025 un taux de croissance supérieur à 5 %. Il y a donc des zones de croissance et des opportunités en Afrique. Ils doivent être patients et persévérants, mais surtout plus audacieux. À eux de jouer !

EN SAVOIR PLUS :
www.afdb.org

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LE REPLAY DE LA CAP 20 sera diffusé dans les prochains jours.

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