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Karine, alias Sista K –

Ambassadrice charismatique d’une nouvelle musique marseillaise

Tous pays EUROMED-AFRIQUE | 5 juillet 2011 | src.LeJMED.fr
Marseille -

Portrait d’une femme méditerranéenne qui laboure le champ de l’altérité comme champ fertile d’investigation depuis plus de dix ans : Sista K, une artiste qui combine essence méditerranéenne et musiques électroniques.

Photo ci-dessus : Sista K sur scène © Pierre Photon


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Le groupe Watcha Clan en concert © pixellephoto.fr

Elle est grande, mince et brune. Un concentré d’énergie, de vitalité et de joie. Une voix ample. Un regard bleu méditerranée. Naturelle, charismatique, Karine alias Sista K, est une femme du sud. Une femme qui a baigné dans la mosaïque culturelle et qui se nourrit des rencontres et du partage pour créer un message sonore qui raconte l’infinie richesse des "identités-rhizomes" chères à Édouard Glissant, éloge de l’altérité, de la rencontre et des assemblages sensibles. D’abord parce qu’elle est le fruit d’une rencontre d’amour en Méditerranée : Ashkénaze par sa mère d’origine lituanienne, sépharade et berbère par son père, né en Algérie. Aussi, parce qu’elle a vu le jour à Marseille, ville de convergences et terre d’accueil de vagues successives d’immigration.

La chanteuse est née il y a 40 ans dans le quartier de la Belle de Mai puis a grandi dans les quartiers Nord de Marseille, bref des quartiers creusets de cette diversité ethnique, linguistique et où le vivre-ensemble était une réalité concrète. Et elle y chante depuis toujours :
« Je chante depuis l’âge de 6 ans les répertoires ashkénaze et sépharade traditionnels parce que mes parents les connaissent parfaitement » raconte Karine. « Cet héritage mélomane m’a toujours accompagnée, mais il n’était pas question d’être artiste. Chez nous, on est médecin ou avocat, mais pas chanteuse ! »


Déjà six albums édités avec son Watcha Clan

Aussi, Karine poursuit-elle un cursus universitaire long en économétrie jusqu’à l’obtention de son DEA. Pour le plaisir, elle chante dans des groupes afro beat et reggae, une scène marseillaise importante dans les années 1980. Devant la difficulté à construire un avenir de chercheur dans son domaine d’activité, « la Sister » (la sœur), comme on la surnomme dans le milieu du reggae, investit le chant de manière professionnelle : « Dans la communauté rasta, j’ai appris d’une part la dimension spirituelle et d’engagement, celle du sens : si tu fais de la musique, c’est que tu as quelque chose à dire. D’autre part, cela a été une bonne école pour la rigueur, le travail sur la voix, en somme un travail au carré ! »

En référence à l’esprit de cette communauté Karine a inventé son nom de scène : Sista pour « sister » et K pour la première lettre de son prénom. Et, chemin faisant, elle a constitué son « clan » :

« Watcha Clan c’est avant tout une histoire de personnes qui sont toujours ensemble, qui ont choisi de mener une recherche musicale, dans un esprit de clan, bien entendu ouvert sur le monde ! Un clan composite » explique Sista K. « Cela a démarré avec la rencontre de Julien qui venait du punk/rock. Puis les autres rencontres ont permis de multiplier les possibilités instrumentales pour faire le son original que nous recherchions.

Le Watcha Clan c’est aujourd’hui Julien à des fonctions de manager, son frère Suprem Clem à la production, aux claviers, à la programmation et à l’accordéon, Matt Labesse à la contrebasse, la basse et la guitare et le chanteur, guitariste et percussionniste Nassim Kouti, qui vient de l’Oranais. Un casting multiculturel qui fabrique une musique qui mixe les musiques électroniques avec notre patrimoine de musiques méditerranéennes, dans l’esprit du collectif londonien Asian Dub Foundation qui mélange la musique pakistanaise avec de la musique ultra-moderne ».


Polyglottes, car "Nous voulons être compris par tout le monde"

Cette aventure, débutée en 1999, arrive aujourd’hui à maturité avec un sixième album, "Radio Babel", signé sur le label allemand indépendant Piranha, que le public comme les critiques musicaux, en France et à l’étranger, reconnaissent comme l’aboutissement d’une démarche artistique singulière. Ici la Tour de Babel tient debout et réussit à émettre un message qui rassemble tradition et modernité dans une combinatoire entre programmations électroniques et envolées acoustiques, ainsi que des textes portés par la magique voix d’une Sista K polyglotte qui réconcilie l’hébreu, l’arabe, le yiddish, le français, l’espagnol et l’anglais.

"Nous voulons être compris par tout le monde" confie la chanteuse d’une voix irrésistible. « J’explore donc les sonorités des langues multiples jusqu’à l’idée du titre "We are one", cette possible universalité, cet idéal d’harmonie rendu possible par l’effondrement des barrières d’incompréhension et l’abolition des murs comme le mur israélo-palestinien ou celui plus abstrait mais bien réel entre le Maghreb et l’Europe. »

Watcha Clan est un groupe parabole, celui d’un foisonnement créatif rendu possible par la diversité de ses membres et leur envie de faire une musique qui véhicule des messages qui relient le corps et l’esprit, un corps qui est pris dans la transe musicale et un esprit qui capte l’essence de ce message de rencontre, de lien entre l’Europe et le Moyen-Orient, un message que l’on comprend sur toutes les rives de la Méditerranée.

« Radio Babel, c’est le résultat de nos années de recherches et de nos rencontres, après une tournée internationale de trois ans. Nous nous sentons appartenir à une grande famille de musiciens euro-méditerranéens qui partage des valeurs communes. Et cet album permet de proposer des voyages à l’unisson, avec des allers-retours entre compositions et reprises de chansons traditionnelles que l’on recompose. »

Les collaborations sont au rendez-vous dans cet opus avec notamment le célèbre pianiste de Lili Boniche et Reinette l’Oranaise, Maurice El Médioni, qui est une des dernière légendes de la musique judéo-arabe : « Il habite à Tel-aviv après avoir vécu longtemps à Marseille. Il est pour nous un précurseur car déjà à l’époque de Lili Boniche il prenait de la musique arabo-andalouse et il la mélangeait avec de la rumba. Il comprend donc bien ce que l’on fait. Donc, on l’a invité sur le titre "Viens, viens". Il est d’Oran comme Nassim et pour lui nous sommes comme ses enfants ».

Mais aussi le marseillais Peewee, le violoniste des Poum Tchak, sur la chanson "Il était une fois dans l’Est", un grand standard de la musique juive ou Mehdi Haddab, le joueur d’electro-oud de Speed Caravan et le clarinettiste Merlin Shepherd, spécialiste de la musique klezmer, sur "Im Nin’Alu", un poème hébreu du XVIe siècle du rabbin Shalom Shabazi,mis en musique et chanté dans les années quatre vingt par l’israélienne Ofra Haza puis devenu un classique de la musique électronique, samplé par Coldcut.

La musique de Sista K n’a pas besoin d’étiquettes : elle est vivante, imprégnée de Marseille, de la Méditerranée et raconte les pulsions d’un monde métissé, dans une bande sonore inventive. Et quand elle a des choses à dire, sa voix les chante dans une variété d’émotions, d’intonations et de langues qui enchantent.

Nadia Bendjilali


◊ ◊ ◊

Dates de la tournée internationale de l’été 2011 de Sista K :
- 10/07 LUBLIN (PL) – INNE BRZMIENIA FESTIVAL
- 16/07 SALISBURY (UK) – LARMER TREE FESTIVAL
- 22/07 PORTO (PT) – FESTIVAL OLLIN KAN
- 29/07 MONTREAL (QC) – FESTIVAL MEG MONTREAL / LION D’OR
- 31/07 NEW YORK (US) – SUMMERSTAGE
- 06/08 LOS ANGELES (US) – GRAND PERFORMANCES
- 13/08 BUDAPEST (HU) – SZIGET FESTIVAL

Site de référence
- Watchaclan

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