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Algérie-France : « L’oiseau
des profondeurs », ou la fraternité
resurgissante du pays de l’enfance

28 juillet 2017
Qu’advient-il à un homme privé d’être le patriarche ou le sage conteur auquel le destinait le pays de son enfance, une fois l’âge venu ? Tandis que naguère encore « les hommes se taisaient », Louis Bachoud, « né en Algérie », ose l’aventure de « chanter la route des réponses ».


Photo : la couverture de L’oiseau des profondeurs, de Louis Bachoud.
Éditions Valensin-David Reinharc, juin 2016, 144 p., 19,90 euros.


Confronté à l’écriture drue, précise, exigeante et poétique à la fois de Louis Bachoud, le lecteur étranger au monde des « Pieds-noirs » peut d’abord se découvrir rétif à se laisser entraîner « là-bas », dans cette Algérie d’avant l’indépendance. On comprend vite cependant que l’auteur de L’Oiseau des profondeurs n’a nulle intention de ressasser les tragédies de l’Histoire, mais qu’il veut nous conduire jusqu’au partage de l’intimité des hommes de cet « Atlas insoumis », vrai pays perdu de son enfance, loin du tumulte et de la trivialité bavarde des villes.

Mohamed, unique réel personnage de ce conte, est ainsi à la fois l’homme qui se tait et celui qui parle, selon son bon vouloir. Berbère d’un modeste douar sis à l’orée des sables infinis du désert, il est considéré par sa communauté comme un marginal que l’on aime et dénie à la fois, comme un fou et un voyant aux intuitions prophétiques. Maître de son monde car en osmose sensorielle et mentale entière avec son environnement, il laisse s’écouler sa vie, ne possédant rien, ni maison ni femme, ne manifestant aucun désir matérialiste. Les grands moments de sa vie sont ainsi ponctués par les histoires, le plus souvent sans début ni fin, qu’il raconte aux villageois, lesquels commencent le plus souvent par une écoute indocile, avant d’en redemander…

Cependant un jour Mohamed perçoit-il l’ombre d’un oiseau gigantesque qui survole le village, se dirigeant vers le sud, vers les sables infinis du Sahara. Et lorsqu’il s’essaie à alerter sa communauté sur l’inquiétant présage que cet événement pourrait annoncer, personne ne le croit.

Après quelque temps de tergiversations – sans que l’on sache vraiment combien de temps, car en ces terres il se caractérise par son élasticité – Mohamed finira par quitter sa communauté et s’enfoncer vers les sables du sud, cheminant sur la route bordée de roches chauffées à sec par le soleil ardent, celle-là même que « l’oiseau des profondeurs » survola.

Mohamed part en vérité en quête de son âme, dévoilant le sens caché du titre-oxymore, dont on se sera longtemps demandé s’il n’était qu’une coquetterie baroque de l’auteur. Mais non ! « L’Oiseau des profondeurs » apparaît comme cette légèreté de l’âme qui ressurgit de la mémoire – des sens tout autant que de l’intellect – et qui, une fois toute douleur apaisée, trouve le courage de reconnaître en soi l’autre je rimbaldien, le jumeau laissé au pays perdu de l’enfance. Et il apparaît par là au lecteur que Louis le narrateur et Mohamed le conteur édifient ensemble le même grand œuvre : ils sont les bâtisseurs de ponts aussi grands que la mer, les planteurs d’oliviers millénaires, les réconciliateurs de la fraternité des mémoires. Ils sont ceux dont le destin est d’entendre et de dire « les mots qui sèment un très grand vent de franchise » qui balaiera les tragédies et orages anciens, faisant à nouveau place aux avenirs partagés.

Alfred Mignot

L’oiseau des profondeurs, de Louis Bachoud.
Éditions Valensin-David Reinharc, juin 2016, 144 p., 19,90 euros.

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