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Albert PAHIMI PADACKÉ, ancien PM du Tchad : « Le Cap-Vert est un pays modèle de démocratie en Afrique »

21 avril 2026
Albert PAHIMI PADACKÉ, ancien PM du Tchad : « Le Cap-Vert est un pays modèle de démocratie en Afrique »
Ancien Premier ministre du Tchad, Albert PAHIMI PADACKE intervenait à la Conférence de Praia. Photo © DR.
Leader de l’opposition tchadienne et Vice-Président international de l’Internationale démocrate centriste (IDC), Albert PAHIMI PADACKÉ participait à Praia à la Conférence sur « La démocratie en Afrique », où les débats furent passionnants. Entretien exclusif.

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par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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APP – Monsieur le Premier ministre, quelles nouvelles responsabilités occupez-vous aujourd’hui ?

Albert PAHIMI PADACKÉ - Premier ministre du Tchad de 2016 à 2018 puis chef du gouvernement de transition de 2021 à 2022, je suis aujourd’hui président du Rassemblement national des démocrates tchadiens, et donc l’un des principaux leaders de l’opposition tchadienne. Membre de l’Internationale démocrate centriste (IDC), je suis également Vice-président Afrique de l’IDC et Vice-Président international de l’IDC depuis quelques mois.
Comme vous le savez, l’IDC est la famille politique la plus importante dans le monde avec quelque 113 partis issus de 80 Pays et celle-ci a comme priorités la dignité de l’homme, les droits humains, la démocratie et la tempérance dans les questions politiques.

APP – Et vous participez aujourd’hui à la Conférence internationale organisée au Cap-Vert...

Albert PAHIMI PADACKÉ – Je suis venu participer à cette Conférence consacrée à « La démocratie en Afrique, élections, légitimité et confiance démocratique » pour deux bonnes raisons. La première est mon amitié profonde pour le MPD (Mouvement pour la Démocratie) et son Président, le Premier ministre Ulisses Correia e Silva qui, en qualité de Premier ministre de la République du Cap-Vert depuis 2016, fait un travail remarquable pour son pays et l’ancrage de la démocratie en Afrique.

APP – Quel rôle précisément peut jouer aujourd’hui le Cap-Vert en Afrique ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – Le Cap-Vert a une légitimité particulière d’aborder la question de la démocratie sur le continent africain, car le Cap-Vert est parmi les pays modèles de démocratie sur notre Continent. D’autant plus que l’Afrique est marquée par une sorte de recul inquiétant sur le terrain démocratique avec la valse des coups d’État qui se généralisent et se banalisent sur le Continent, une sorte de prosélytisme des discours anti-démocratiques. Lancer un débat sur la démocratie en Afrique me semble donc quelque chose d’essentiel et cette Conférence internationale en terre africaine est la bienvenue.

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« Ce sont des opérations
de blanchiment de coups d’État »

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APP – Certains régimes putschistes en Afrique ne profitent-ils pas des élections pour se refaire une virginité à pas cher ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – C’est exact et c’est ce que je dénonçais dans mon intervention lors de cette Conférence, en qualifiant certaines élections d’opérations de « blanchiment politique » des coups d’État.
Au lendemain de certains coups d’État, on annonce en général la restauration de la démocratie et l’organisation d’élections pour remettre le pouvoir aux civils. S’ouvre alors une période de transition, mais celle-ci peut être soit prorogée indéfiniment pour ne pas organiser d’élections, comme au Mali, soit remplacée par des élections totalement sous contrôle qui ne sont qu’une opération de « blanchiment », où les militaires se contentent de changer de veste en troquant leur uniforme militaire contre un costume civil. Cela ne trompe plus personne.

APP – Et certains pays comme le Burkina Faso font encore pire...

Albert PAHIMI PADACKÉ – Un nouveau mode est intervenu ces dernières années, c’est une forme de dictature assumée des juntes militaires. C’est le cas notamment du Burkina Faso ou du Niger, où l’on ne projette même plus la fin de la transition. À Ouagadougou, le capitaine putschiste Ibrahim Traoré a même remplacé du jour au lendemain la « Transition » par la « Révolution » et avoué que « la démocratie ne nous concerne pas » !

À entendre une telle déclaration, on a l’impression que ce sont les Africains qui parlent, mais en réalité à quel moment le peuple burkinabè a-t-il été consulté ?
Cet exemple révèle qu’il y a désormais une Afrique des gouvernants qui est en décalage total avec les principes de la démocratie et avec l’Afrique des peuples qui aspirent à un libre choix de leurs représentants.

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« Les élections sont indispensables,
mais pas suffisantes »

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APP – Il y aurait donc un rejet de la démocratie en Afrique ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – Ce qui apparaît aujourd’hui sur le Continent comme un rejet de la démocratie, c’est en réalité un rejet de son avatar, de son instrumentalisation et de son dévoiement. Il est utile de préciser ces choses pour que le débat sur la démocratie en Afrique puisse reprendre de façon très sereine et sérieuse.

Les élections sont en effet indispensables à la démocratie, mais elles ne sont pas suffisantes. Indispensables, car il n’y a pas de meilleur moyen de transmettre la souveraineté du peuple à ses représentants que par la voie du vote. Mais il faut des élections transparentes et sincères. Sur le Continent, rares sont cependant les élections qui respectent ces standards démocratiques.

APP – Peut-on dire que dans certains pays, les Africains se détournent des élections parce que bien souvent les résultats sont connus d’avance ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – Oui, le problème c’est la désaffection des Africains vis-à-vis des élections, mais ce n’est pas vis-à-vis de la démocratie. Les gens bien souvent votent et voient qu’au final les résultats sont inversés. On vote finalement sans choisir. Les gens qui organisent ce genre d’élections sont en déphasage total avec l’attente des populations.

Le Grand Reporter Bruno Fanucchi lors de son entrevue à Praia avec l’ancien Premier ministre du Tchad, Albert PAHIMI PADACKÉ. Photo © DR.

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APP – Ce rejet de la démocratie ne traduit-il pas aussi une forme de rejet de l’Occident qui aurait voulu imposer la démocratie à l’Afrique ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – C’est un discours qui révèle toute la cécité de ceux qui partagent ce genre de déclaration. Je rappelle d’ailleurs dans mon dernier livre que la démocratie est née de la Grèce. Aujourd’hui, on voit bien qu’il y a des pays africains qui pratiquent la démocratie comme le Cap-Vert, l’Afrique du Sud, l’Île Maurice. Ils ne sont pas en Occident. Et d’autres pays dans le monde comme la Corée du Sud ou le Japon qui ne sont pas non plus des pays occidentaux. La démocratie s’y déroule parfaitement comme en Israël ou aux États-Unis.

Tout cela pour dire que la démocratie est une valeur universelle qui sous-entend l’obligation de rendre compte et de prendre en compte le peuple. Et cela, les peuples africains l’attendent car ils ont besoin qu’on leur rende compte de la gestion de leurs affaires et qu’on prenne en compte leurs attentes dans la gouvernance de leur pays. Cela s’appelle la démocratie !

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« Au Tchad, un avertissement
écrit à l’encre de sang »

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APP – Quelques mots de rappel sur votre dernier livre...

Albert PAHIMI PADACKÉ – Dans ce livre publié en 2023 sous le titre « L’Afrique empoisonnée. Pathologie et thérapie des conflits », j’y présente la démocratie comme une solution transversale dans la prévention des conflits en Afrique. Et je vais sortir très prochainement un nouveau livre sous le titre qui me semble être d’une parfaite actualité : « Coups d’État en Afrique, un remède qui tue ! ». J’ai choisi ce titre pour dire que les coups d’État n’arrivent pas par hasard mais parce que la situation de nos pays prouve que cela ne marche pas. Les militaires interviennent alors en prétendant qu’ils vont rétablir l’ordre et la démocratie et, in fine, ils s’installent et s’incrustent au pouvoir et font pire car ils veulent – comme on dit couramment en Afrique - « manger » à leur tour. Le coup d’État présenté au départ comme un remède s’avère en réalité un remède qui tue.

APP – Que peut-on dire aujourd’hui sur votre pays, le Tchad ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – Le Tchad est le seul pays peut-être où le chef de l’État en exercice est mort tué sur le terrain des opérations militaires face à une rébellion. Cela pose un problème, celui de la conquête et de la conservation du pouvoir par la force.

Cette disparition du maréchal Idriss Déby Itno sonne comme un avertissement sanglant au peuple tchadien pour dire : ne plus jamais s’asseoir sur la baïonnette, mais cultiver la démocratie.
Malheureusement, au terme de la transition qui a suivi ce décès, nous avons constaté que les élections ont été un recul par rapport aux élections précédentes. Ce qui veut dire que nous n’avons pas retenu cette leçon écrite en encre de sang. Une leçon qui devait pourtant nous alerter, nous autres Tchadiens, parce que, depuis notre indépendance, nous n’avons jamais eu d’alternance pacifique au sommet de l’État. Mais cet avertissement est loin d’être entendu par tous.

APP – Mais n’y a t-il pas cependant des raisons d’espérer ?

Albert PAHIMI PADACKÉ – Le prosélytisme des antidémocrates et des populistes qui occupent la toile ne doit pas nous faire désespérer. Il y a en effet des raisons d’espérer. Je crois que les Africains sont attachés aux principes démocratiques même s’ils rejettent leur pratique dévoyée actuelle. Il faut donc que les démocrates du Continent se remobilisent pour travailler ensemble et faire en sorte que les principes universels de la démocratie s’implantent sur le continent africain.

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RÉSERVEZ LA DATE

La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai

Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie

Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France

Son Excellence Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France, durant son propos liminaire à l’ambassade de Tunisie, à l’occasion de la cérémonie des vœux de l’Alliance des Patronats francophones, le 22 janvier 2026. Photo © APF

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Plus d’informations prochainement.

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