Aéroports africains et climat / Le livre blanc BearingPoint pour bâtir un modèle de croissance durable
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Une contribution de
Jean-Michel HUET, associé BearingPoint
Marion COUZON, manager BearingPoint
Kevin ANCEAU, BearingPoint
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D’ici à 2043, IATA prédit que « le nombre de passagers aériens doublera » par rapport à 2023, soit atteindra 8,6 milliards. Parallèlement, l’aviation civile est responsable de près de 2,5 % des émissions mondiales de CO2, une part qui pourrait doubler d’ici à 2050. À mesure que le trafic croît, les infrastructures aéroportuaires se modernisent, s’agrandissent, et génèrent, elles aussi, une empreinte carbone accrue. Ce constat prend une acuité particulière en Afrique et au Moyen-Orient, où la croissance annuelle moyenne du trafic aérien atteint 3,6 %, soit près du double de celle des pays occidentaux.
Les projets de méga-aéroports s’y multiplient : à Addis-Abeba, Ethiopian Airlines porte un projet de nouvelle plateforme de 100 millions de passagers pour décongestionner l’actuel aéroport de Bole. Face à cette dynamique, la question de la soutenabilité environnementale des aéroports africains est désormais incontournable. Se pose donc une question essentielle pour le continent africain : tandis que les aéroports cherchent légitimement à tirer profit de la mondialisation du trafic aérien, comment concilier cette ambition avec des régulations climatiques internationales de plus en plus contraignantes ?
Le livre blanc de Bearingoint à paraître prochainement propose de répondre à cette question. Il dressera tout d’abord un état des lieux de l’empreinte carbone des infrastructures aéroportuaires africaines, analysera les stratégies existantes ou émergentes pour réduire ces émissions, puis examinera les conditions dans lesquelles le développement des aéroports peut s’articuler avec les impératifs climatiques sur le continent.
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Une réalité encore
contrastée
L’Airport Carbon Accreditation (ACA) est le seul programme mondial de certification de gestion des émissions carbone pour les aéroports. Il vise à permettre à l’industrie aéroportuaire de réduire efficacement son empreinte environnementale grâce à une réduction des émissions de CO2, un partage d’expertises, ainsi qu’une meilleure communication des résultats.
Le programme ACA se décompose en sept niveaux d’accréditation pour les aéroports conditionnés à l’atteinte de critères précis. En Afrique, il y a environ 450 aéroports nationaux et internationaux. Au total, 48 aéroports africains dans 20 pays traitent actuellement leurs émissions de carbone à l’un des 7 niveaux disponibles dans le cadre de l’ACA, soit seulement 11 % des aéroports du continent. Et seuls 35 % des aéroports africains sont accrédités niveau 3 ou plus.
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Trois « success stories » africaines
en matière de décarbonation
>>> AERIA d’Abidjan : le pionnier de la décarbonation des aéroports africains
Avec près de 2,5 millions de passagers en 2024, l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan en Côte d’Ivoire est l’un des aéroports les plus fréquentés d’Afrique de l’Ouest. L’aéroport est desservi par 23 compagnies aériennes, couvrant plus de 40 destinations proposées aux passagers, dont 26 villes africaines.
En mai 2024, l’aéroport international Félix Houphouët Boigny (FHB) d’Abidjan a franchi une étape importante en devenant le premier aéroport d’Afrique à atteindre le niveau 4+ de l’accréditation Airport Carbon Accreditation (ACA) parmi les 34 aéroports africains participant au programme.
Ce précieux sésame est venu récompenser des initiatives concrètes pour la réduction des émissions carbone. Parmi ces initiatives, on peut citer notamment la réduction de la consommation de carburant des véhicules, la réduction de la consommation d’électricité, la réduction du temps du cycle décollage-atterrissage (LTO). À ces bonnes pratiques internationalement reconnues s’ajoutent aussi des solutions plus novatrices.
>>> Airports Company South Africa : Un engagement global sur tous les plans du développement durable
En Afrique subsaharienne, les aéroports sud-africains incarnent l’intégration harmonieuse des dimensions environnementale, économique et sociale du développement durable. Selon l’IATA, l’aviation contribue pour environ 5,7 milliards USD au PIB sud-africain et soutient plus de 262 000 emplois, dont 31 500 spécifiquement liés aux aéroports.
Dans le pays, Airports Company South Africa (ACSA), opérateur majeur de neuf aéroports sud-africains, mène des actions stratégiques pour promouvoir une croissance respectueuse de l’environnement et inclusive. Tout d’abord, elle a mis en œuvre des projets d’énergie solaire pour réduire sa dépendance aux sources d’énergie non renouvelables, notamment avec des installations à l’aéroport de George qui est devenu, en septembre 2015, le premier aéroport d’Afrique alimenté par l’énergie solaire.
En outre, ses politiques et procédures environnementales sont élaborées conformément à la législation nationale, notamment le “Environmental Conservation Act” et le “White Paper on Aircraft Noise and Engine Emissions”, couvrant des domaines tels que la gestion des oiseaux, l’écoulement des eaux pluviales, la qualité de l’air, etc.
>>> L’aéroport Roland-Garros de La Réunion : concilier ambition territoriale et exigence climatique
Situé dans l’océan Indien, l’aéroport de La Réunion Roland-Garros joue un rôle vital pour la connectivité du territoire, fortement dépendant du transport aérien pour ses échanges économiques, touristiques et familiaux. L’aéroport a fait le choix stratégique d’inscrire sa transformation dans une trajectoire de sobriété énergétique et d’adaptation climatique. Preuve en est, la certification ACA 4+ obtenue en juin 2025.
Inauguré en mars 2024, son nouveau terminal Arrivées constitue bien plus qu’une extension de capacité : c’est un symbole fort d’une infrastructure pensée pour répondre aux enjeux du XXIe siècle.
En somme, la transition écologique des aéroports africains est une opportunité de bâtir des infrastructures plus résiliantes, plus sobres, plus inclusives. En conciliant performance opérationnelle et responsabilité environnementale, ils peuvent devenir des catalyseurs de transformation territoriale. Le défi est grand, mais les exemples montrent qu’un modèle africain de durabilité est déjà en marche.
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