Adaptation climatique de l’Afrique / Une coopération stratégique du CEREMA avec l’AFD au service des territoires du Continent
.
Par Denis Deschamps, pour AFRICAPRESSE.Paris
@DjuliusD @africa_presse
.
Le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement)* et la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale se sont associés pour organiser, entre la fin mars et début juillet 2025, à l’Hôtel de l’industrie à Paris (4, Place Saint-Germain-des-Prés, 75006), cinq matinales prospectives (1) sur « Les adaptations aux changements climatiques dans les territoires ».
Après une première matinale sur la thématique « Investir pour ne pas subir plus demain » (mars 2025), la seconde matinale prospective portait sur le thème : « Les effets socio-économiques de l’adaptation au réchauffement climatique en France » (avril 2025). Les trois matinales suivantes ont traité de : « L’avenir de la métropolisation face aux contraintes du réchauffement climatique » (mai 2025) ; « La gestion les conflits d’usages de l’eau liés aux stress hydriques et aux menaces d’inondation » (juin 2025) et de « L’apport de l’IA (intelligence artificielle) générative dans l’aménagement des territoires, face à l’urgence climatique » (juillet 2025).
.
En Afrique, un défi climatique
de très grande ampleur
L’Afrique subsaharienne concentre à elle seule 70 % de la vulnérabilité climatique mondiale alors que, comme chacun sait, elle ne représente que 4 % des émissions globales de gaz à effet de serre. Aussi, en Afrique subsaharienne, si on voulait « investir aujourd’hui pour ne pas avoir à subir demain », il faudrait prévoir, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), 30 à 50 milliards de dollars par an pour l’adaptation climatique d’ici 2030.
Or, le poids financier de cette adaptation représente une charge disproportionnée (2 à 3% du PIB) que les États du continent ne peuvent pas assumer, alors même que leurs populations sont confrontées à un stress hydrique extrême (1) d’ici à 2030 – malgré ses ressources importantes en eau avec 17 grands fleuves (comme le Congo), 160 lacs (Tchad, Victoria) et de fortes précipitations moyenne – et que les rendements agricoles baissent avec le réchauffement de 2°C (sachant que l’agriculture emploie plus de 60 % de la population active du continent)
.
Des migrations forcées par
le dérèglement climatique
Cette situation peut ainsi pousser les populations vulnérables vers la migration forcée, créant des tensions régionales qui peuvent s’étendre bien au-delà du continent africain. En effet, de « bien commun », l’eau risque ainsi de devenir une ressource rare dont le prix va de plus ne plus dépendre de son transport et de son traitement (avec de nécessaires investissements pour la rénovation des réseaux où la vétusté des canalisations entraîne une déperdition due aux fuites qui peut dépasser 20 % des eaux pompées, c’est-à-dire 30 % à 40 % en Afrique), et des conflits d’usage de la ressource en eau qui vont immanquablement se développer.
Consommatrice de 85 % de l’eau, l’agriculture doit pouvoir aussi évoluer vers plus de productivité et une moindre dépendance par rapport aux échanges internationaux ; sachant que la moitié des rivières dans le monde sont intermittentes et qu’en Afrique particulièrement, les ressources des précipitations sont très mal stockées (exploitation archaïque des eaux : manque de canaux et de stations de traitement, de solutions d’irrigation adaptées).
.
Le CEREMA est engagé dans l’adaptation
climatique des territoires dans le monde
Le changement climatique est une réalité mondiale qui se traduit aujourd’hui par des conséquences physiques importantes (tempêtes de neige, grêle, pluie, inondations, sécheresses, incendies de forêt…) entraînant des coûts considérables (pertes économiques résultant du réchauffement du climat).
En France, les températures ont ainsi déjà augmenté de +1,7° C, ce qui constitue une réelle menace pour les territoires (313 communes sont déclarées en état de catastrophe naturelle en 2024).
Sachant qu’en 2100, les agences publiques s’attendent à une augmentation des températures de +4° C en France métropolitaine, il y a véritablement urgence à accompagner les territoires pour qu’ils puissent bien se préparer aux conséquences de ce réchauffement : selon la Direction générale du trésor, 110 milliards d’euros par an (en investissements supplémentaires publics et privés par rapport à 2021) sont ainsi nécessaires d’ici à 2030 pour pouvoir atteindre les objectifs français de décarbonation.
.
L’avenir des métropoles
dépend de leur adaptation
En France, la mutualisation par l’État de la prise en compte des risques trouve aujourd’hui ses limites, alors même que la non-action a un coût certain (dégradation des investissements) et que la « maladaptation » engendre des risques certains, s’agissant en particulier des infrastructures (rénovation des logements, gestion des transports, de l’eau, de la production d’énergie…)
Aussi, en tant que « ville-mère » dépendant de l’approvisionnement extérieur, la « métropole » (en France comme en Afrique) est dans une situation de vulnérabilité accrue par rapport à l’accès aux ressources. Pour assurer son habitabilité, chaque métropole doit donc s’adapter en ayant recours notamment à des techniques ancestrales (modèle romain d’Arles), mais aussi par des actions structurelles répertoriées par le CEREMA et ses partenaires : mise en place de la circularité et de mobilités décarbonées, ainsi que de solutions nouvelles permettant une évolution du modèle économique de la ville (avec îlots de fraicheur, végétalisation, recréation d’un sol vivant, évolution du revêtement, gestion des eaux, utilisation de matériaux résilients, recours à des constructions légères et modulables / ossatures en bois…)
.
La voie de l’intelligence
artificielle (IA)
Le CEREMA, en tant que centre d’études et d’expertise sur les risques, pose la question du recours à l’IA – intelligence artificielle (2) pour contribuer à l’aménagement du territoire et l’adaptation, alors même que son coût environnemental élevé, du fait de l’émission de gaz à effet de serre par les centres de données et les serveurs, ainsi que par les accélérateurs d’IA qui ont très considérablement augmenté la consommation d’énergie dans le monde.
En France, la nécessité de produire des TW/h supplémentaires est ainsi imputable pour 1/3 aux centres de données liés à l’IA. Ainsi, nous sommes encore loin avec l’IA de répondre à l’impératif d’une transition écologique décarbonée, répondant à la fois à la volonté d’économiser les ressources et de respecter la préoccupation de souveraineté, même si la modélisation facilitée par l’IA prédictive peut contribuer à améliorer l’impact et renforcer la recherche de frugalité.
À partir des données du GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sur les impacts à long terme du dérèglement climatique – on peut en effet concevoir des solutions adaptées par rapport au réchauffement climatique, en Afrique comme ailleurs dans le monde.
Par exemple, dans le domaine de la prédiction météorologique (avec une visualisation de la pluralité des scenarii possibles, notamment pour des évènements extrêmes…) ou par rapport à l’évolution de la circulation des vents du fait du changement climatique (l’IA peut alors servir à reconcevoir et replacer les éoliennes, comme les panneaux photovoltaïques) ou encore pour connaître l’évolution du niveau des mers, grâce au traitement de sources multiples (satellites…)
.
L’expertise du CEREMA
au service des territoires africains
Fort de ses 1 000 collectivités adhérentes en France, le CEREMA a officialisé son engagement international par un partenariat stratégique conclu avec l’Agence française de développement (AFD) le 4 juillet 2025, lors des dernières Rencontres de l’action internationale des collectivités territoriales, organisées par Cités Unies France à Paris.
L’expertise du CEREMA (études, missions, formations) va ainsi permettre de renforcer l’offre de coopération technique française pour accompagner les territoires du Sud, en particulier les collectivités africaines dans les domaines suivants : Ingénierie des territoires face au changement climatique ; Performance et gestion patrimoniale des bâtiments ; Mobilités durables et infrastructures de transport ; Gestion environnementale et ressources en eau.
Le financement AFD au profit du Cerema est évolutif, composé d’enveloppes allouées ponctuellement, et articulé autour de la contractualisation de projets conjoints, sans subvention globale directe pour l’intégralité de la stratégie du Cerema.
L’accord organise plutôt la mobilisation de financements « à la carte » : chaque projet bénéficiant du soutien de l’AFD est instruit et financé individuellement, selon ses objectifs, son périmètre et les besoins identifiés.
En pratique, l’AFD prend en charge certains volets (assistance technique, expertise, formation, appui à l’ingénierie, missions internationales) dans le cadre de programmes ou d’appels à projets, mais il n’y a pas de montant unique, annuel ou pluriannuel attribué directement au Cerema pour son projet stratégique global.
.
Déjà, le CEREMA intervient en Afrique du Nord et de l’Ouest :
> Au Maroc, des projets partenariaux sur : la modernisation des phares et l’audit des systèmes de surveillance et de gestion du trafic ; Le développement du réseau routier ; La mobilité urbaine durable
> En Afrique de l’Ouest, des collaborations déjà éprouvées : Mobilise Your City (MYC) pour les mobilités urbaines durables, et le Fonds d’expertise technique et d’échanges d’expériences (FEXTE)… sachant que l’approche du CEREMA ne consiste pas en un simple transfert technologique, mais en une adaptation des solutions aux spécificités africaines (avec : analyse des vulnérabilités locales, intégration des pratiques traditionnelles efficaces, renforcement des capacités techniques locales, formation des acteurs territoriaux
> On évoquera également la contribution du CEREMA au programme WACA (West Africa Coastal Areas), soutenu par la Banque mondiale, qui a pour objet de soutenir les efforts des pays (Bénin, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal et Togo, soit une zone côtière abritant plus de 35 millions d’habitants) pour améliorer la gestion de leurs ressources côtières et réduire les risques naturels et anthropiques (avec notamment la construction d’un observatoire du littoral ouest-africain).
.
Vers une solidarité
climatique renforcée
L’expertise française, incarnée par le CEREMA et financée par l’AFD, peut ainsi contribuer significativement à l’adaptation des territoires les plus vulnérables, grâce à une approche collaborative, respectueuse des contextes locaux et intégrant les communautés : transfert de technologies et de savoir-faire adaptés ; renforcement des capacités locales ; financement de solutions durables et résilientes ; construction d’une solidarité climatique internationale.
………
* Le CEREMA (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) est bien un établissement public. Plus précisément, il s’agit d’un établissement public à caractère administratif (EPA) placé sous la tutelle conjointe du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et d’autres ministères concernés.
Depuis la loi 3DS de 2022, il bénéficie d’une gouvernance partagée entre l’État et les collectivités territoriales, ce qui renforce son rôle d’expertise et de conseil auprès des acteurs publics en matière d’aménagement, de mobilité, de transition écologique et de gestion des risques.
1 - Ces rencontres mensuelles soutenues par Régions Magazine et la Banque des Territoires (groupe CDC – Caisse des dépôts), ont permis d’analyser les enjeux du dérèglement climatique en France ; sachant qu’ils concernent aussi, souvent de manière amplifiée, l’Afrique dont les territoires sont tout particulièrement vulnérables au climat.
2 - Ceci se traduit par des sécheresses éclairs / pénuries d’eau impactant les nappes phréatiques et couplées à des fortes précipitations / inondations consécutives au ruissellement causé par l’imperméabilisation des sols / submersions marines…
3 - L’IA générative est un outil accessible au grand public depuis 2022.
◊ ◊ ◊
.
CAAP 19 le 10 SEPTEMBRE 2025 /
Simandou 2040, infras, tourisme, numérique…
Une nouvelle donne pour l’essor de la Guinée Conakry
Riche de la plus importante réserve mondiale de bauxite, indispensable à la fabrication de l’aluminium, la Guinée Conakry a résilié en mai dernier quelque 120 contrats d’exploitation minière, au motif que les entreprises concernées ne respectaient pas le Code minier. Quels seront les impératifs de la nouvelle donne qui régira le secteur minier guinéen ?
Tel est le focus de notre XIXe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAAP 19), dédiée à la Guinée Conakry, le mercredi 10 septembre prochain.
D’autres secteurs d’avenir, comme le numérique et le tourisme, seront également explorés.
.
dédiée au thème :
« MINES, TOURISME, NUMÉRIQUE… :
LA NOUVELLE DONNE DE L’ESSOR DE LA GUINÉE CONAKRY »
MERCREDI 10 SEPTEMBRE 2025,
de 17 h 00 (accueil dès 16 h 15) à 19 h 00,
puis cocktail VIP de réseautage dans un lieu parisien à préciser .
(en cours d’élaboration)
> Son Excellence Senkoun SYLLA, Ambassadeur de GUINÉE à Paris, a déjà confirmé sa participation, ainsi que
> M. Patrick SEVAISTRE, Professeur à SciencesPo Executive, CCEF, Expert Afrique centrale du CIAN.
> D’autres personnalités éminentes, françaises et guinéennes, sont attendues. Nous vous en informerons à mesure de l’enrichissement du panel.
………
> RETROUVEZ ICI TOUS LES REPLAYS ET ARTICLES DE NOS CAAP
◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊ ◊
.
> RETROUVEZ ICI TOUS LES REPLAYS ET ARTICLES DE NOS CAAP
◊ ◊ ◊


