Abdelmalek ALAOUI présente son nouveau livre à Paris et plaide pour un Maroc « partenaire » et non « puissance arrogante »
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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
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« Le Maroc n’a jamais cherché à dominer
l’Afrique, il a cherché à la retrouver »
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Au cœur du propos d’Abdelmalek Alaoui, économiste et président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique, la nature de l’influence marocaine en Afrique subsaharienne. Le Royaume, insiste‑t‑il, « perçoit sa présence en Afrique subsaharienne non pas comme celle d’une puissance, mais comme celle d’un partenaire », pour « éviter l’écueil de l’arrogance » et « construire un co‑développement mutuel avec les nations sub-sahariennes ».
Loin de toute tentation hégémonique, il revendique une logique de partenariat et de respect. L’auteur l’illustre par une série d’exemples concrets :
– la capacité du Maroc à être « le premier à déployer des hôpitaux de campagne » dans des pays africains en crise ;
– le rôle joué pendant la pandémie de Covid‑19, lorsque le Royaume a été « le premier pays à fournir des équipements de protection et à exporter des masques aux pays africains » ;
– la répétition des voyages royaux au long cours : des tournées africaines qui durent « plusieurs semaines », bien au‑delà de la diplomatie de protocole, pour incarner un « respect profond » et un « engagement concret envers la coopération bilatérale ».
Cette démarche, souligne Abdelmalek Alaoui, s’inscrit dans la lignée de Léopold Sédar Senghor et de sa « société du donner et du recevoir » : l’enjeu est de démontrer qu’il est possible, dans un système international dominé par les intérêts bruts des grandes puissances, de bâtir une relation africaine fondée sur la coexistence et la collaboration, plutôt que sur la domination.
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« Raconter le Maroc de l’intérieur »
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Mais le « défi de la puissance » ne se joue pas uniquement au sud du Sahara. L’ouvrage, et le discours qui l’accompagne, sont d’abord un effort pour reprendre la main sur le récit marocain.
Abdelmalek Alaoui confie en effet avoir été motivé par une double dynamique :
– une frustration : « la lassitude de voir l’histoire du Maroc racontée principalement par des étrangers », avec des interprétations « parfois superficielles ou biaisées » ;
– un espoir : celui de produire un récit interne, « nuancé », qui confronte les « intuitions populaires » à une « recherche historiographique rigoureuse », nourrie notamment d’archives anglo‑saxonnes pour sortir d’un tête‑à‑tête exclusif avec le regard français.
Le livre épouse ainsi la forme d’une généalogie couvrant « 70 ans d’inflexions », depuis l’indépendance jusqu’aux recompositions post‑Covid, entre la « construction patiente de l’État », les « années de doute », l’« apprentissage de l’économie mondialisée » et l’« accélération industrielle ». L’ambition n’est pas de dresser un bilan à charge ou à décharge, mais de raconter un Maroc contrasté, « à la fois ambitieux et prudent, puissant mais encore vulnérable ».
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1955 : un pays quasi sans cadres,
mais avec une monarchie fédératrice
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Pour saisir la profondeur du défi, Abdelmalek Alaoui revient sur le point de départ : le Maroc au moment du retour de Mohammed V, en 1955.
Le constat est brut : « au moment de l’indépendance, le Maroc comptait seulement 1 395 bacheliers pour 11 millions d’habitants ». Il fallait pourtant, à partir de cette base infime, « construire une administration, une diplomatie, une armée et un secteur privé ».
Faute de ressources humaines, le pays entre dans ce qu’il appelle une phase d’« improvisation créatrice », où l’on voit des médecins – population la plus diplômée – se retrouver à des postes clés et l’État dépendre largement de l’assistance technique étrangère – jusqu’au calcul du PIB « réalisé à la main par un moine franciscain jusqu’en 1978 ».
Sur le plan économique, la dépendance est tout aussi forte : « le Maroc dépendait alors à 80 % de l’exploitation minière (phosphate) » et restait marqué par l’opposition entre « Maroc utile » et « Maroc inutile ».
Dans ce paysage, la monarchie apparaît comme le ciment du modèle marocain : une institution « consubstantielle », antérieure à l’État moderne, qui a su tisser des liens avec une « nation mosaïque et diverse », quasi insulaire pendant près d’un millénaire. Le protectorat, par la main de Lyautey, a « intégré la modernité sans détruire le patrimoine », ce qui explique en partie la continuité du cadre monarchique après l’indépendance.
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Des années 1990 fondatrices à la « stabilité
en mouvement » de Mohammed VI
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L’auteur consacre des développements appuyés aux années 1990, qu’il présente comme une « décennie fondatrice ». Sous Hassan II, cette période voit :
– la consolidation d’un État moderne structuré autour du « combat national pour le Sahara », illustré par la fameuse Marche verte de novembre 1975 ;
– l’entrée dans l’économie mondialisée (sommet du GATT, ouverture commerciale) ;
– la révolution des télécoms, illustrée par l’anecdote du réseau GSM installé à Marrakech pour un sommet, puis étendu, provoquant un saut massif de mobilité et de commerce intérieur ;
– surtout, l’alternance de 1998, avec la nomination d’Abderrahmane El Youssoufi, ancien opposant, comme Premier ministre. Ce geste, note Abdelmalek Alaoui, est le symbole d’une réconciliation nationale et d’une monarchie capable de co‑organiser sa propre ouverture.
Avec l’avènement de Sa Majesté Mohammed VI en 1999, le Maroc entre dans une phase d’accélération. L’auteur décrit un pays qui devient « premier exportateur automobile de la Méditerranée », développe un secteur aéronautique robuste, et se forge un modèle de « stabilité en mouvement » : en effet, tous les chefs de gouvernement depuis 1999 ont achevé leur mandat, ce qui, dans un environnement régional instable, n’est pas anodin.
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« Transformer ses fragilités en agilités,
ses forces en puissance »
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Le cœur théorique du livre tient en une formule qu’Alaoui répète comme un mantra : il s’agit pour le Maroc de « transformer ses fragilités en agilités, ses forces en puissance ».
La puissance marocaine, insiste‑t‑il, n’est « ni donnée, ni héritée, ni naturelle ». Elle se construit en convertissant les contraintes en leviers :
– l’absence de pétrole et les problèmes d’eau, qui ont obligé le pays à investir massivement dans les barrages et à penser très tôt la diversification de son mix énergétique ;
– la nécessité d’arbitrer entre statut de « passerelle » – hub logistique et industriel, notamment autour de Tanger‑Med – et rôle de « digue » pour l’Europe en matière migratoire, ce qui exige de « laisser passer suffisamment de flux » pour créer de la valeur, tout en absorbant des pressions internes considérables.
Sur le plan industriel, il refuse l’alternative binaire entre « simple plateforme au service des autres » et « puissance qui orienterait tout » : l’important, martèle‑t‑il, est la taille des flux et la part de valeur qui reste dans le pays. Monter toute la chaîne de valeur n’a pas toujours de sens (« le Maroc ne va pas forcément produire du verre automobile ou tout le fil textile »), mais dans des domaines où il dispose de ressources – comme les futurs écosystèmes autour des batteries – la montée en gamme devient stratégique.
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Monarchie‑quille, « peur de la Siba »
et multipolarité assumée
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L’autre pilier du « code Maroc » tient aux ressorts de la stabilité politique. Abdelmalek Alaoui compare la monarchie à la « quille d’un navire » : elle fixe les grandes orientations, absorbe les coups, permet des réformes anticipatrices – y compris lors du Printemps arabe ou de l’arrivée d’islamistes au gouvernement – sans rupture de l’architecture d’ensemble.
Il convoque aussi un imaginaire plus profond : la « peur de la Siba », cet état de désordre de provinces dissidentes qui hante la mémoire historique marocaine. Ce réflexe, selon lui, favorise le consensus, jusqu’à ces gestes symboliques que sont les fermetures spontanées des commerces au décès d’un souverain.
À l’extérieur, le Royaume revendique une multipolarité réfléchie. Dans un monde polarisé, « le Maroc ne choisit pas un camp : il choisit ses intérêts », ce qu’Abdelmalek Alaoui présente comme « la forme la plus exigeante de la loyauté stratégique ». Le pays cultive une position d’« honest broker », capable d’accueillir Shimon Peres en 1987 comme d’acheminer de l’aide à Gaza, de dialoguer avec l’Occident comme avec les puissances du Sud. C’est cette capacité à parler à tous qui fonde, selon lui, l’« incontournabilité » marocaine.
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Entre rayonnement et « décrochage
intérieur » : un texte d’alerte
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Au‑delà du panorama flatteur, Abdelmalek Alaoui insiste sur les tensions internes. Il évoque un Maroc « flamboyant », qui impressionne par ses infrastructures, ses succès industriels, sa diplomatie, mais aussi un « Maroc profond dont le quotidien n’est pas toujours facile ».
Le risque, avertit‑il, est celui d’un « décrochage intérieur » si les différentes temporalités – celles des élites, des villes globalisées, des territoires périphériques, de la jeunesse – « ne se rejoignent plus ». Le moment de la redistribution de la richesse et des opportunités, après des décennies d’investissement et de construction d’actifs, est à la fois crucial et très attendu.
C’est là que, selon ses propres mots, le livre devient plus qu’un exercice d’histoire contemporaine : un « texte d’alerte, sans outrance », qui ne dramatise pas pour séduire mais « met en garde pour obliger à penser ».
En refermant le débat, Abdelmalek Alaoui revient à un symbole : le nom arabe du pays, « Al‑Maghrib », le pays du couchant, résonne désormais avec la projection atlantique du Royaume. Manière de dire que, pour ce Maroc‑là, tourné vers l’Afrique et l’Atlantique, le véritable « défi de la puissance » se joue autant dans sa capacité à co‑construire avec ses voisins que dans sa fidélité au « Maroc du réel » qui l’a porté jusqu’ici.
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La XXIIe Conférence des Ambassadeurs de Paris (CAP 22)
se tiendra en deuxième quinzaine du mois de mai
Thème : Focus sur les atouts économiques de la Tunisie
Avec la participation confirmée de Son Excellence
M. Dhia KHALED, Ambassadeur de la Tunisie en France
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Plus d’informations prochainement.
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