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ATDA Paris - Élisabeth MORENO, vice-PDG HP Afrique : « L’Afrique ne doit pas passer à côté de la 4e Révolution industrielle »

2 décembre 2019
Elisabeth Moreno, vice-Présidente directrice générale de HP Afrique © BF
Comment un continent aussi riche et aussi jeune que l’Afrique peut-il rester le plus pauvre de la planète ? Aux Assises de la Transformation digitale de l’Afrique, qui viennent de se tenir les 28 et 29 novembre à la Maison de la Radio, à Paris, Elisabeth Moreno a lancé le débat en posant les bonnes questions et en relevant quelques paradoxes. Éléments de réponse.

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Bruno Fanucchi pour AfricaPresse.Paris
@PresseAfrica

« Après être passé à côté des trois Révolutions industrielles, le continent africain peut-il s’offrir le luxe de passer à côté de cette 4e Révolution qui peut massivement contribuer à son développement ? ». C’est la question ouvertement posée par la vice-PDG de HP Afrique, Elisabeth Moreno qui résume bien les enjeux et défis auxquels l’Afrique est aujourd’hui confrontée, lors des Assises de la Transformation digitale en Afrique (ATDA), dont la 8e édition s’est déroulée les 28 et 29 novembre à Paris, à la Maison de la Radio.

Le plus pauvre malgré toutes les richesses

Pour autant, poser la question de la sorte, c’est y répondre. Car les défis – comme les paradoxes - sont pourtant nombreux. « L’Afrique, qui dispose de toutes les richesses naturelles et humaines nécessaires à son développement, reste malgré tout le continent le plus pauvre de la planète », malgré la présence de l’or, du pétrole, des diamants et de tous ces métaux rares qui permettent de fabriquer une partie des outils des nouvelles technologies…
« Mais ce continent, note Elisabeth Moreno, reste très en retard dans l’adoption de ces nouvelles technologies. Quelle ironie du sort ! ». Si l’Afrique recèle en effet « les plus grandes richesses du monde », elle compte aussi « les plus grands bidonvilles au monde et le plus fort taux d’analphabétisme ! ».

Opportunité extraordinaire

L’Afrique bénéficie pourtant de la population active la plus jeune de la planète puisque plus de 50 % des Africains ont aujourd’hui moins de 20 ans. En 2050, la population africaine aura dépassé celle de l’Inde et de la Chine ! C’est à la fois, souligne Elisabeth Moreno, « une opportunité extraordinaire et un défi incroyable ». Il convient dès lors de se poser une seule question : comment ce continent peut-il tirer profit de cette 4e Révolution industrielle ?

Autant de peurs que d’espoirs

Pour planter parfaitement le décor du débat, Elisabeth Moreno rappelle cependant quelques évidences qui nous crèvent les yeux, mais que nous ne voyons plus. « Pour le première fois dans l’histoire de l’Humanité, se plaît-elle ainsi à observer, nous disposons de toutes les ressources, toutes les capacités et toutes les technologies nécessaires à régler les problèmes que l’homme rencontre sur cette planète ». Avant d’ajouter : « Même 25 ans en arrière, on n’aurait pu imaginer que nous aurions accès à autant de technologies et que celles-ci auraient un impact aussi important sur nos vies professionnelles, nos vies personnelles et notre vie sociale. C’est un bouleversement qui touche le monde entier et suscite autant de peurs que d’espoirs ».

Tsunami technologique

L’Afrique et les Africains se retrouvent aujourd’hui face à « tsunami technologique qui nous embarque » et personne ne sait jusqu’à présent comment y réagir... Pour prendre le train en marche de cette 4e Révolution industrielle, la vice-PDG d’HP Afrique propose donc de donner la priorité à des « secteurs-clés » pour le développement harmonieux et durable de cette extraordinaire richesse humaine que sont bien évidemment l’éducation, la santé et l’agriculture.

« L’éducation, seule manière d’enrayer le chômage »

L’éducation est assurément le principal défi du continent car « cette jeunesse nécessite toujours plus de besoins techniques et humains pour recevoir une éducation de qualité dans les villes comme dans les zones rurales ». Or, il est évident que « l’éducation est la formation adéquate pour répondre aux besoins spécifiques de développement et la seule manière d’enrayer le chômage qui est l’un des fléaux les plus importants de notre continent ».

Un marché d’un marché d’un trillion de dollars d’ici 2030

La santé ne doit pas être en reste et les nouvelles technologies « peuvent avoir un impact fort pour la rendre plus accessible, plus performante et plus personnalisée ». Elles peuvent par exemple permettre de détecter les maladies rares, de produire des traitements adéquats, de diagnostiquer à temps des maladies infectieuses ou de partager les informations et compétences entre médecins.
L’agriculture, rappelle-t-elle encore, « emploie 65 % des personnes sur le continent, compte pour 30 % du PIB de l’Afrique et constituera d’ici 2030, selon la Banque mondiale, un marché d’un trillion de dollars ! » Voilà donc autant de priorités, « même si de nombreux obstacles restent encore à surmonter avant de tirer le meilleur parti de ce qu’offrent ces nouvelles technologies ».

« L’Afrique du Sud est devenu le pays plus inégalitaire du monde »

Prenant l’exemple très parlant de l’Afrique du Sud, où elle a choisi de résider et de travailler depuis plusieurs années, Elisabeth Moreno ne peut que souligner cet autre paradoxe : « Vingt-cinq ans après la fin de l’apartheid, ce pays est devenu le plus inégalitaire du monde alors que c’est le pays d’Afrique le plus développé ». Un pays magnifique où « le foyer le plus riche est dix fois plus riche que le foyer plus pauvre qui n’a accès ni à l’électricité ni à l’eau potable, encore moins à l’éducation ou au sanitaire ».
Le constat est cruel et sévère, mais juste. A l’image, conclut-elle, du reste du monde qui nous entoure où « 10 % de la population mondiale détient 90 % des richesses économiques ». Car « là où les nouvelles technologies sont censées réduire les gaps sociaux, elles sont en réalité en train de les creuser ».

Capitaliser sur la jeunesse digitale

Pour tenter d’améliorer les choses, la vice-PDG d’HP Afrique propose notamment d’« implanter les structures technologiques de base comme l’électricité et la connectivité, les fondamentaux de l’industrie 4.0, où des progrès considérables ont été faits ces dernières années dans les télécoms et la bureautique, mais où il reste encore énormément de choses à faire ».
Et elle suggère aussi l’idée de « capitaliser sur cette jeunesse digitale native » puisque plus de 50 % des Africains ont moins de 20 ans et sont nés dans l’ère du digital. « Ils n’ont pas peur de ces technologies et les utilisent pour étudier, pour communiquer, pour s’amuser, pour s’informer et travailler ». Avec l’idée d’informer sur ces nouveaux métiers du numérique pour enrayer le chômage.

Mettre en place des stratégies digitales sur le long terme

« Si on donne accès à cette jeunesse à des innovations technologiques comme la 3D qui n’étaient pas encore accessibles il y a à peine dix ans, ne doutons pas de la capacité de la jeunesse africaine – qui fourmille de talents – à en tirer le meilleur parti ». Il convient donc, selon Elisabeth Moreno, de mettre en place des stratégies digitales sur le long terme et d’investir sur la recherche et le développement, comme certains pays d’Afrique ont commencé à le faire.
« À un moment où l’Afrique attise tant les convoitises (…), assure-t-elle, je veux croire que l’Afrique a elle-aussi quelque chose à tirer de ces technologies et peut embrasser intelligemment cette Révolution industrielle pour combattre la pauvreté, l’illettrisme, etc. ».

L’humain reste l’essentiel

Confessant que le terme de Smart Cities – retenu pour ces Assises – l’a fait sourire car « chacun met derrière ce terme ce qui lui paraît le plus sensé », Elisabeth Moreno dit cependant avoir « une idée très précise de ce que les villes de demain peuvent être avec des déchets bien traités et des transports fonctionnant mieux et moins d’embouteillages... ». Mais aussi des personnes âgées qui puissent rester chez elles le plus longtemps qu’elles le peuvent, « même si elles n’ont plus de famille » car l’humain – bien souvent oublié dans tous ces débats, études et statistiques – reste l’essentiel !

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