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AGENDA PARIS - La Chef Anto prépare son premier « Festival des Cuisines d’Afrique »,
à Boulogne le 7 juillet

23 juin 2018
La Chef Anto, initiatrice du premier Festival des Cuisines africaines, qui se déroulera à Paris-Boulogne, le 7 juillet 2018. © DR
Sacrée « Révélation africaine de l’année 2016 » lors de la COP22 de Marrakech (Maroc) et figure emblématique de la diaspora, la Chef Anto prépare « We Eat Africa », le premier Festival des Cuisines africaines, qui se déroulera le 7 juillet à Paris. Portrait-entretien avec cette jeune gabonaise qui veut nous faire (re)découvrir toutes les saveurs gastronomiques de l’Afrique.

Un article de Bruno Fanucchi

« Cuisinier, c’est un métier de domestique... je ne vais pas te financer des études pour cela !… Voilà ce que me disait mon père, mais aujourd’hui il est content et fier de moi car il me voit à la télé ».
Comme beaucoup de jeunes filles qui en veulent, Anto la Gabonaise, n’a pas hésité à affronter son père pour suivre sa voie et vivre sa passion : la cuisine ! Jusqu’à être devenue un chef reconnu par ses pairs. Finaliste du concours féminin « La Cuillère d’or » en 2017, elle a reçu le 8 mars dernier le Prix spécial Eugénie Brazier remis par Anne-Sophie Pic, devant un jury composé de chefs étoilés et de meilleurs ouvriers de France.

Née à Alès, dans le midi cévenol, tandis que ses parents gabonais poursuivaient leurs études à l’École des Mines, Anto – Antompindi en forme longue, « La femme des champs » en langue myènè – est emmenée encore bébé au Gabon par se parents, qui ont décidé de rentrer vivre au pays, en août 1982…
Mais vingt ans après, la jeune Gabonaise revient au pays de sa naissance. Elle débarque en France en septembre 2002 « pour apprendre la cuisine » et tenter sa chance. Elle commence à l’école hôtelière Lesdiguières de Grenoble, puis parfait sa formation à l’école Grégoire Ferrandi à Paris, référence ultime de la gastronomie française.

« La cuisine, c’est le coin des femmes »

« Au début, confie-t-elle, ce fut très dur : il me fallait apprendre et reconnaître de nombreux vins, le nom des fromages “qui puent”, ce fut un véritable choc culturel. Sans parler de la découverte du froid par moins 10° C ! ». Mais la passion est là et Anto s’accroche. Elle a même quelques longueurs d’avance sur ses condisciples de l’époque : « Au contraire de beaucoup d’autres élèves, je savais déjà écailler et vider le poisson. Je savais déplumer un poulet et faire une pâte brisée... ». Car – très jeune – elle a déjà beaucoup appris en famille, à Libreville.

« À neuf ans, quand nous vivions au Gabon, Marcelle, ma maman, m’a offert “La cuisine aux pays du soleil”, un livre de 750 recettes qui est une référence en Afrique, en me disant : « Tu es l’aînée des filles, je compte sur toi pour cuisiner quand je ne serai pas là ». Pour Anto, ce fut un déclic, elle se sentit investie d’une mission et n’eut dès lors qu’une envie : se mettre aux fourneaux !

« J’ai de la chance car ma grand-mère maternelle, qui est aujourd’hui centenaire, m’a appris l’amour du bon produit et à faire un grand plat avec pas grand’chose. Avec Titi, on allait tous les samedis à la plantation, qui était en fait un simple verger et potager, et l’on plantait des boutures de manioc.

Tout ce savoir-faire irremplaçable se transmet de génération en génération et ne s’apprend pas dans les livres. Cela s’apprend en cuisine car – chez nous en Afrique - la cuisine, c’est le coin des femmes : tout en cuisinant, on parle beaucoup et on y apprend les nouvelles, les anecdotes et les rumeurs qui courent sur les uns ou les autres. C’est un lieu stratégique et cela a toujours été la pièce de la maison où je me sentais le mieux. »

« Mon mari a été mon premier cobaye »

Comment mieux faire connaître la cuisine africaine ? « Mon premier test de cuisine, ce fut la cuisson du riz, à l’oeil, et ce ne fut pas si facile », se rappelle celle qui s’évertue aujourd’hui à faire connaître et partager les nombreuses richesses de la cuisine africaine, encore trop méconnue.

Après avoir travaillé avec Eric Pras à La Croix-Valmer (Var), puis au Carlton de Cannes, ou pour de grands traiteurs comme Potel et Chabot, la Chef Anto a voulu voler de ses propres ailes. Depuis 2016, elle est ainsi devenue Chef à domicile et s’est rapidement posée une question fondamentale : comment mieux faire connaître la cuisine africaine et attirer un large public ?

« Je suis partie du constat que 90 % des clients des restaurants africains en région parisienne sont des Africains, alors que c’est l’inverse dans les restaurants japonais, explique-t-elle. Il y avait un problème de langage et de visuel qu’il convenait de travailler et d’adapter, car cela ne donnait pas envie de venir goûter et découvrir (…) Mon mari, qui est Français et médecin, a ainsi été mon premier cobaye et 90 % de mes clients aujourd’hui sont des Français ou des Caucasiens. »

Quel est aujourd’hui son plat préféré ? « Le sanglier à l’odika », répond-t-elle sans hésiter, en rappelant que c’est sa maman qui lui a transmis la mémoire des parfums culturels comme celui de l’odika, le fruit de l’acacia qui a un parfum de chocolat et avec lequel on fait de très bonnes sauces .
Et quelles sont ses spécialités culinaires, pour ne pas dire son péché mignon ? « J’aime beaucoup cuisiner le poisson », reconnaît-t-elle en toute simplicité. C’est assez logique pour une fille des lacs qui a grandi près de l’eau, comme tous ceux de mon ethnie des Myènè ».

« Quand je suis arrivée en France,
je voulais déjà être Rougui Dia »

Et que nous mijote aujourd’hui la Chef Anto ? Une excellente surprise car son nouveau challenge, c’est d’organiser à Paris – ou plus exactement à Boulogne, au restaurant Le Karé au 45 bis, avenue Edouard Vaillant – le 7 juillet prochain en compagnie de grands chefs, le premier festival des Cuisines africaines. Un événement organisé par le magazine « Afro Cooking », qu’elle a lancé avec quelques amis et dont elle assume la rédaction en chef et plus encore : la responsabilité des recettes ! C’est donc un rendez-vous des plus agréables qu’elle propose pour ce début d’été parisien !

« Quand je suis arrivée en France, il y a seiza ans, je voulais déjà être Rougui Dia » – la Sénégalaise qui sera Chef de cuisine chez Pétrossian et qui a réalisé son rêve gourmand en ouvrant récemment Un Amour de Baba – se confie-t-elle, soulignant que « ce fut la première à répondre à notre invitation au Festival des Cuisines d’Afrique ».

Au menu de ce Festival, le 7 juillet de 09 h à 18 h
 : conférences, ateliers de cuisine, dégustation et rencontres avec de grands chefs issus de la diaspora, comme les Camerounais Christian Abegan et Nathalie Brigaud Ngoum, les Congolaises Lorna Boboua et Nathalie Schermann, la Togolaise Olivia de Souza et la Marocaine Fatema Hal.

« Grâce à mon métier de chef à domicile, poursuit la Chef Anto, je fais découvrir à mes clients une cuisine qui leur est étrangère. Ma plus belle gratification est leur enthousiasme face aux recettes que je leur présente et leur désir de découvrir l’Afrique autrement. Organiser We Eat Africa s’inscrit donc dans cette continuité logique qui me tient à cœur : populariser les cuisines d’Afrique. »

« Après cette première édition, conclut-elle, notre ambition sera d’en faire une chaque année, en alternant peut-être entre l’Afrique – où nous avons déjà des propositions en Afrique du Sud, à Abidjan et à Dakar – et l’Occident, où nous pensons à Londres ou New York ».
En attendant, la première édition est déjà une belle initiative qui fera la joie des nombreux gourmets parisiens !

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LIESN UTILES
www.afro-cooking.com
www.lechefanto.com

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