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À la CMAAP 6 / S. E. Mme Kane Aïchatou BOULAMA, Ambassadeur du Niger à Paris : « Nous attendons de l’Union européenne des engagements substantiels pour soutenir le secteur privé »

12 novembre 2022
À la CMAAP 6 / S. E. Mme Kane Aïchatou BOULAMA, Ambassadeur du Niger à Paris : « Nous attendons de l'Union européenne des engagements substantiels pour soutenir le secteur privé »
Une vue partielle de la salle durant la première intervention de S. E. l’Ambassadrice Mme Kane Aïchatou BOULAMA. Assis à la tribune : Mme Jessica LARSSON, Cheffe adjointe de la Représentation de la Commission européenne à Paris, et S. E. Alain LE ROY, Ambassadeur de France. © Frédéric Reglain
Invitée d’honneur à la VIe Conférence des Ambassadeurs Africains de Paris, dédiée à la coopération Afrique-Europe, S. E. Mme Kane Aïchatou BOULAMA a complété son discours en nous accordant cet entretien exclusif. Elle détaille ici les attentes du Niger vis-à-vis de l’Europe, mais aussi de l’OIF, et se félicite de l’excellente coopération avec la France…

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Un entretien exclusif avec Alfred MIGNOT, AfricaPresse.Paris (APP)
@alfredmignot | @africa_presse

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APP - Vos attentes sur la mise en œuvre opérationnelle du Global Gateway, l’ambitieux projet européen, abondé à 150 Md€, pour la refondation de la coopération économique avec l’Afrique, mais… que l’on ne sait pas encore vraiment opérationnaliser ?

S.E. Mme Mme Kane Aïchatou BOULAMA - Le paquet d’investissement « Global Gateway » Afrique-Europe vise à soutenir l’Afrique en vue d’une reprise et d’une transformation solides, inclusives, vertes et numériques.
Pour le Niger, les priorités identifiés par la Team Europe sont alignées avec la Stratégie de Développement Durable et de Croissance Inclusive (SDDCI) du Niger à l’horizon 2035, construites autour des trois axes prioritaires : soutenir la stabilité et la sécurité au pays et dans la région, développer le capital humain et soutenir une croissance durable, inclusive et numérique. Cette stratégie est opérationnalisée par les plans quinquennaux dont le dernier en date est le PDES 2022-2026.

Le financement des investissements Afrique-Europe dans le cadre du « Global Gateway » comprend l’aide bilatérale de l’UE et des États membres de l’UE, des subventions, des prêts et la garantie des opérations du secteur privé. Dans le cas du Niger, des initiatives sont prises pour appuyer le secteur privé au travers de la création de fonds dédiés et des réformes importantes, mises en œuvre et en cours : le FONAP et le FISAN.

Le FONAP (Fonds d’appui à la promotion des PME et PMI) a pour objectifs la recherche et la mobilisation des ressources destinées au financement des PME/PMI et la facilitation de l’accès au crédit bancaire ; le FISAN (Fonds d’investissement pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle) fédère les initiatives de financements agricoles publics et privés pour la transformation du secteur agricole. Notre objectif de transformation structurelle de l’économie pourrait être facilité si le Global Gateway accompagne ces Fonds.

Nous attendons de l’Union européenne des engagements substantiels pour soutenir le secteur privé et le respect de ses engagements pour une meilleure refondation de la coopération avec l’Afrique. La mise en œuvre rapide et efficiente de Global Gateway est le meilleur gage pour l’Afrique de la transformation tant souhaitée conformément aux engagements pris au sommet UE-Afrique. En ce qui concerne le Niger, nous nous préparons activement à cela et espérons que le Global Gateway participera à la transformation structurelle de notre économie ligne directrice forte de notre plan de développement économique et social.

APP - Quelles sont vos attentes au regard de l’OIF, à la veille du sommet de Djerba, prévu à la fin du mois de novembre ?

S.E. Mme Mme Kane Aïchatou BOULAMA - À court terme, dans le cadre du financement de son Plan, le Niger pourrait attendre de l’OIF une forte mobilisation des milieux d’affaires et des États membres de l’Organisation pour leur participation effective à la table ronde sur le financement du PDES lors du prochain Forum économique francophone (FEF), prévu les 20 et 21 novembre.

À moyen terme, toujours dans le cadre du financement du Plan, le Niger attend de l’OIF l’organisation d’une mission économique et commerciale francophone, sur le modèle de celles organisées en Asie du Sud-Est (Vietnam et Cambodge) et en Afrique centrale.

En matière de développement des infrastructures de télécommunications, nous aspirons à améliorer significativement les taux de pénétration du téléphone mobile et de l’Internet haut débit, pour atteindre respectivement 100 % et 66 % en 2026. De cette manière, nous pourrons offrir des services de qualité à nos concitoyens sur l’ensemble du territoire.

À cet effet, le Niger pourrait attendre de l’OIF, conformément à la Stratégie de la Francophonie numérique, la mobilisation de ses partenaires et acteurs clés pour obtenir le financement de la poursuite du processus d’installation et de réhabilitation intégrale des infrastructures de Télévision Numérique Terrestre ainsi que de l’extension de la fibre optique.

Cela permettra de faire du Niger un carrefour d’interconnexion en matière de fibre optique de la sous-région et de moderniser le domaine de la gouvernance au travers du e-Gouvernement ; de désenclaver numériquement les villages administratifs du Niger et de promouvoir l’usage des e-services en zones urbaines et rurales pour booster notamment l’inclusion financière et créer un environnement favorable au développement local de contenus numériques et l’accompagnement des start-ups locales.

APP - Quels sont les points forts de notre relation bilatérale Niger-France ? Qu’est-il souhaitable de développer plus ?

S.E. Mme Mme Kane Aïchatou BOULAMA - Le Niger et la France entretiennent des relations bilatérales de coopération qu’on peut qualifier de privilégiées. Ceci est attesté par un dialogue politique constant et de qualité. Le Niger se félicite de l’excellente qualité de la coopération qu’il entretient avec la France et de la parfaite adéquation de ses interventions avec les orientations stratégiques de développement du pays.

Le Niger salue en effet la pertinence de l’aide au développement et des appuis budgétaires de la France au travers des projets et programmes dirigés par l’AFD et la coopération culturelle et scientifique, développée au sein des autres institutions.

Par exemple, la France consacre 14 % de l’enveloppe globale de près de 500 millions d’euros de l’aide au développement aux domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Dans le domaine de la décentralisation, la coopération française participe à l’appui à la modernisation de l’État pour un service de qualité d’un montant de 17 millions d’euros.

Sur le plan économique et commercial, le Niger est un pays très proche de l’Europe. Nous appartenons à cet espace du Sahel qui est devenu par la force des choses la frontière sud de la Méditerranée, et par extension, de l’Europe.

Par ailleurs, comme l’a dit le Président Bazoum lors de la rencontre du CIAN, il est plus facile pour un homme d’affaires français d’investir au Niger que dans un pays dont le français n’est pas la langue. Cette culture francophile nous rapproche beaucoup plus de la France que de tout autre partenaire.

La France est le premier partenaire commercial du Niger. En 2019, les exportations de la France vers le Niger ont augmenté de 17 %. En parallèle, les importations de la France en provenance du Niger ont sensiblement augmenté, avec un volume de 51 millions d’euros.

Les investissements directs étrangers (IDE) français au Niger gagneraient à être consolidés et renforcés. Un climat des affaires stimulé et une croissance économique qui pourrait, à court terme, atteindre les deux chiffres, conduiront nécessairement à une remontée sensible des IDE. C’est ce que nous espérons à l’occasion du Forum des investisseurs, au deuxième jour de cette table ronde organisée à Paris [les 5 et 6 décembre à l’Hôtel Le Collectionneur, informations pratiques à venir prochainement, ndlr].

Nous lançons, d’ores et déjà, un appel aux grandes structures faîtières qui accompagnent les entreprises françaises dans leur développement (Business France, la CPCCAF, le Medef Afrique, le GPF, le FFA, la CPME…) pour dynamiser et renforcer les partenariats d’échanges de savoir-faire, de transferts de technologie avec les entreprises nigériennes et de formation entre TPE, PME et startups françaises.

En matière de sécurité et de défense, nos deux pays entretiennent une coopération importante qui vise en particulier à renforcer l’expertise nigérienne en matière de lutte contre la grande criminalité (terrorisme, trafics divers…). Le Niger salue l’engagement de la France et des autres partenaires et plaide pour la consolidation et le renforcement de ce partenariat car la lutte contre le terrorisme est un combat non seulement de la région du Sahel mais aussi une bataille internationale et globale.

Je voudrais conclure par la question de la coopération décentralisée, qui à mon sens est porteuse de progrès dans le développement économique et social, tout en consolidant la démocratie de nos terroirs à travers l’accompagnement des collectivités territoriales.

Plusieurs actions pertinentes de coopération décentralisée sont en cours au Niger, mais elles gagneraient à être plus visibles et amplifiées. C’est l’une des priorités que je me suis donnée en tant qu’Ambassadrice du Niger en France, ambassadrice également des collectivités territoriales nigériennes auprès des collectivités territoriales françaises.

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>La « photo de famille » de notre CMAAP 6 du 9 novembre 2022

à l’Académie des Sciences d’Outre-mer, réunie autour du thème :
« AFRIQUE-EUROPE : Quelles nouvelles pistes pour une coopération économique plus forte ? »

DE GAUCHE À DROITE sur la photo, © Frédéric Reglain : Mme Jessica LARSSON, Cheffe adjointe de la Représentation de la Commission européenne en France ; S. E. Mme Kane Aïchatou BOULAMA, Ambassadeur du NIGER ; M. Cédric LEVITRE, Conseiller à l’industrialisation de l’Afrique de l’IPEMED (Institut de prospective économique du monde méditerranéen) ; M. Alfred MIGNOT, Directeur AfricaPresse.Paris et organisateur-modérateur des CMAAP ; - S. E. M. Alain LE ROY, Ambassadeur de FRANCE ; - S. E. Mme Anna BOSSMAN, Ambassadeur du GHANA ; - S. E. M. François NKULIKIYIMFURA, Ambassadeur du RWANDA ; - S. E. M. Eusèbe AGBANGLA, Ambassadeur du BÉNIN ; - M. Patrick SEVAISTRE, Président de la Commission Institutions européennes du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique).

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CLIQUEZ ICI ET VOYEZ LE REPLAY
DE NOTRE CMAAP 6 du 9 novembre 2022

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Une vue de la salle pendant la conférence. © Frederic Reglain

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TOUS NOS ARTICLES SUR LA CMMAP 6 :

- À la CMAAP 6 / Patrick SEVAISTRE (CIAN-EBCA) : « Arrêtons de donner des leçons ! L’Afrique a plus de besoin d’investissements que d’aide »

- À la CMAAP 6 / Mme Kane Aïchatou BOULAMA, Ambassadeur du Niger à Paris : « Mon pays regorge d’atouts pour attirer les investisseurs étrangers »

- À la CMAAP 6 / S. E. M. Alain LE ROY, Ambassadeur de France : « L’Europe reste de très loin le premier partenaire de l’Afrique »

- À la CMAAP 6 / Mme Kane Aïchatou BOULAMA, Ambassadeur du Niger à Paris : « Nous attendons de l’Union européenne des engagements substantiels pour soutenir le secteur privé »

- À la CMAAP 6 / Cédric LEVITRE, IPEMED : « L’Europe est le meilleur partenaire pour accompagner l’Afrique dans la création d’une nouvelle génération de ZES »

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[LA CMAAP 7 – VIIe Conférence mensuelle des Ambassadeurs Africains de Paris – se tiendra le mercredi 14 décembre 2022, à partir de 17 h 30

à l’Hôtel de l’Industrie (4, place Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris).
Le thème :
« Les Régions et métropoles, acteurs émergents de la diplomatie économique territoriale Afrique-France ».
Informations complémentaires à venir prochainement sur notre site.

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