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À Paris, le ministre sénégalais Papa Amadou Sarr explique au CAPP* sa « Délégation à l’Entrepreneuriat rapide » et annonce un fonds pour les diasporas

19 janvier 2020
Le ministre sénégalais Papa Amadou Sarr lors de son intervention devant les membres du CAPP (Club Afrique de la Presse parisienne), vendredi 17 janvier 2020 à la célèbre brasserie La Coupole, à Paris. À sa droite, Jean-Louis Guigou, Président de l’Ipemed (Institut de Prospective économique du Monde méditerranéen) ; Samia Lokmane, journaliste EcomNews Afrique. À sa gauche : Alfred Mignot, Président du CAPP, Directeur AfricaPresse.Paris ; Kadiatou Sakho, journaliste Le Monde Afrique ; Jean-Louis Alcaide, rédacteur-en-chef AfricaPresse.Paris. © Frédéric Reglain pour AP.P
Le ministre-Délégué général à l’Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes à la présidence de la République du Sénégal va lancer en mars prochain un « Fonds de la diaspora » doté de 5 millions d’euros en 2020, pour accompagner les diasporas sénégalaises qui veulent investir au Sénégal. Objectif : renforcer les créations d’entreprises et d’emploi et permettre à plus de 100 000 candidats entrepreneurs de bénéficier cette année du dispositif de création de sociétés en une journée qu’il a mis en place et des financements qui l’accompagnent.

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Papa Amadou Sarr était l’invité vendredi 17 janvier du Club Afrique de la Presse Parisienne (CAPP), lors d’une rencontre organisée en partenariat avec l’IPEMED, promoteur de la Verticale « Afrique – Méditerranée – Europe », le magazine African Business et AfricaPresse.Paris. Explications.

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Propos recueillis par Jean-Louis Alcaide, AfricaPresse.Paris
@jlalcaide1 | @PresseAfrica

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Qu’est-ce que l’entrepreneuriat rapide, un concept que vous avez lancé le 8 mars 2018, à la demande du président du Sénégal, Macky Sall ?

Papa Amadou Sarr – C’est un processus permettant à un entrepreneur de mettre en place sa structure en une journée : créer son entreprise, être formé et formalisé, c’est-à-dire entrer dans le registre du commerce, et obtenir les financements nécessaires [environ 90 % des entreprises sénégalaises travaillent dans le secteur informel et ne peuvent pas entre autres obtenir de prêts bancaires, ndlr].

L’objectif, c’est d’éviter aux entrepreneurs de faire le tour des services, tribunal, ministère de l’Intérieur, Chambre de commerce, banque... Cela peut prendre trois mois pour avoir tous les papiers nécessaires, de quoi désespérer ! Nous avons donc créé un guichet unique pour permettre aux entrepreneurs de faire tout cela en une journée.

Avec la dématérialisation que permet l’informatique, on peut même remplir son dossier depuis chez soi. En résumé, c’est ce que j’ai appelé les 3 F : la formalisation, la formation et le financement. Les trois « F » vont d’ailleurs de pair : vous ne pouvez pas avoir un financement si vous n’êtes pas formalisé - et vous êtes ainsi connu du fisc - et si vous n’avez pas de formation. Car sans cette dernière, le financement est voué à l’échec.

Quels sont vos objectifs et les nouveautés pour 2020 ?

Papa Amadou Sarr – Pour 2020, nous visons au moins 100 000 bénéficiaires accompagnés de notre financement. Nous voulons créer au moins 10 000 emplois pérennes grâce notamment aux ressources (60 millions d’euros) apportées par la BAD, la Banque africaine de développement, pour accompagner les PME et les start-up dans les deux ou trois années à venir. En outre, le Fonds de la diaspora que nous allons lancer au mois de mars va concerner principalement la diaspora sénégalaise qui vit en Europe et en Afrique de l’Ouest. Là, l’idée c’est de mettre 5 millions d’euros rien qu’en 2020 pour accompagner les diasporas sénégalaises qui veulent investir au Sénégal.

Vous financez tout le monde, les jeunes, les femmes… ?

Papa Amadou Sarr – Oui, on finance tout le monde, les jeunes avec un critère d’âge.

Avez-vous des critères politiques pour accorder vos financements ?

Papa Amadou Sarr – Non ! C’est un financement apolitique. C’est ça la beauté de la chose : mettre en place un financement qui permet à tous les Sénégalais de bénéficier de ces fonds pour leur permettre de financer leurs entreprises sans distinction de la couleur politique, de l’ethnie ou de l’origine sociale de la personne.

Vous venez de mentionner les 3 F (formalisation, formation, financement), mais vous avez aussi parlé tout à l’heure des 4 P. En quoi cela consiste ?

Papa Amadou Sarr – Comme partout, nous avons – excusez le terme – des « bandits » qui ne veulent pas rembourser et qui, après avoir pris 10 000 ou 15 000 euros, disparaissent dans la nature. Nous avons donc mis en place des mesures pour recouvrer ces fonds. Nous pouvons saisir : le Préfet du département, représentant l’État, capable d’identifier et localiser n’importe qui ; la police qui va convoquer l’entrepreneur indélicat ; et le procureur si le dossier doit suivre un cours judiciaire au cas où la personne ne veut pas payer. Quant au quatrième « P »… c’est la prison !

Quel taux d’impayés avez-vous aujourd’hui ?

Papa Amadou Sarr – Nous avons un taux de recouvrement de plus de 60 %, ce qui est exceptionnel dans la mesure où l’on m’avait dit au début que nous aurions 0 % de recouvrement parce que les Sénégalais, les jeunes entrepreneurs en particulier, n’avaient pas la culture de rembourser un prêt venant de l’État.

Cela dit, je ne m’en réjouis pas, car nous visons un taux de 95 %. Nous avons voulu changer les mentalités en expliquant aux gens qu’il ne s’agit pas de subventions, ni de dons, ni de prêts politiques, mais de prêts à taux bonifiés de 5 %, en taux effectif global, ce qui n’existe nulle part ailleurs sur le marché sénégalais. Ces prêts sont destinés à développer l’activité économique et il faut les rembourser pour permettre à d’autres d’en bénéficier, créant ainsi un cercle vertueux.

Votre modèle d’entrepreneuriat rapide est-il exportable ?

Papa Amadou Sarr – Oui, nous sommes déjà en train de l’exporter en Guinée-Conakry, où le président Alpha Condé nous a demandé de monter la DER (Délégation à l’entrepreneuriat rapide) chez lui.
Nous avons aussi des demandes du Burkina Faso, du Gabon et du Cameroun. En fait, il faut que l’État ait la volonté politique et ose mettre sur la table les ressources nécessaires, 10, 20 ou 15 millions d’euros, pour accompagner l’entrepreneuriat de ses jeunes et de ses femmes.

Ensuite on peut réunir tous les ingrédients qu’il faut : la formation, la formalisation, la modélisation du projet économique, l’accompagnement des bénéficiaires pour les aider à bâtir le business plan et le financement, etc. C’est un modèle facilement exportable parce que, justement, tous les pays du Sahel et de l’Afrique connaissent ce problème de taux de chômage élevé des jeunes et des femmes.

Au delà des prêts qui sont accordés, non pas directement par vous mais par des banques partenaires, quel accompagnement des candidats entrepreneurs proposez-vous ?

Papa Amadou Sarr – Pour éviter que les gens pensent que ce sont des fonds politiques et ne remboursent pas, nous avons en effet recours à des partenaires financiers, les banques et les organismes de microfinance, où nous déposons l’argent.
Nous traitons les dossiers, puis le comité de crédit valide le dossier, met en place le financement et assure pour nous le recouvrement. Une fois la décision de financement prise, nous avons un mécanisme qui permet aux entrepreneurs d’avoir un accompagnement sur mesure selon le degré de maturité de l’entreprise.

Par exemple, certains ont besoin d’être accompagnés pour développer un business plan, d’autres d’un cabinet pour bâtir un modèle en vue d’exporter, et d’autres encore d’un coup de pouce avec les experts-comptables pour les aider à faire des états financiers. Aujourd’hui, nous avons un projet avec la BAD baptisé DIGIPME, afin de digitaliser toutes les PME en mettant en place des systèmes d’information bancaires, des logiciels de gestion (ERP) pour leur permettre de faire des reportings directs automatisés, ce qui n’existe pas encore.

Y a-t-il des secteurs que vous privilégiez particulièrement ?

Papa Amadou Sarr – Oui, nous privilégions les secteurs prioritaires en phase avec le Plan Sénégal émergent que sont l’agriculture avec un grand « A », l’élevage, la pêche, l’économie numérique, les transports, les services, l’artisanat. C’est là où nous avons mis 90 % de nos ressources.
Mais nous avons aussi financé l’industrie culturelle et créative, notamment les films avec Alain Gomis, un studio de production, ou des jeunes qui se sont lancés en les aidant à avoir des caméras, des musiciens, un studio de d’enregistrement, etc., ainsi que les jeunes qui travaillent dans l’art contemporain.

Avez-vous suffisamment de fonds pour atteindre vos objectifs ?

Papa Amadou Sarr – Nous avons une telle demande que nous n’avons pas suffisamment d’argent. Pour la première année de fonctionnement, nous avons eu 400 000 demandes pour 300 milliards de francs CFA, soit 500 millions d’euros. Ce sont des demandes réelles avec des projets viables que nous avons gardés dans notre base de données. Nous avons une population de 15 millions d’habitants dont plus de 50 % sont au chômage. Les gens veulent lancer leur entreprise et créer leur emploi. La demande est là.
Aujourd’hui, ce n’est pas rien ce que nous avons mis sur la table : 50 millions d’euros. C’est beaucoup pour un pays africain. Et puis cela a aiguisé l’appétit de beaucoup d’entrepreneurs qui ont vu que l’État pouvait les accompagner. D’où les partenariats avec le secteur privé local, ou comme celui signé avec la BAD et un autre, en cours de signature avec l’AFD.

La Station D, à Dakar, pour développer
la Lions Tech, les lions de la technologie

À présent, nous voulons nous ouvrir au secteur privé international et aux multinationales. J’en avais parlé avec Thierry Breton lorsqu’il était à la tête d’Atos, avant qu’il ne devienne commissaire européen, car cette grande SSII a besoin de recruter 1 000 développeurs que nous pouvons former et aider à acquérir ces compétences. L’idée, c’est de développer ces partenariats gagnants-gagnants avec des groupes comme Total, Atos, Bouygues, Eiffage, etc., pour justement aider les PME sénégalaises à se développer.

Une vue de l’assemblée pendant l’intervention du ministre Papa Amadou Sarr, Délégué général à l’Entrepreneuriat rapide (DER) des femmes et des jeunes à la présidence de la République du Sénégal © Frédéric Reglain pour A.P

Il y a un besoin fort de lier les entreprises, les PME et les start-up sénégalaises aux PME françaises et européennes. L’année dernière, en visitant le salon Vivatech à Paris avec le chef de l’État, nous avons vu que les jeunes startupers sénégalais ont déjà bénéficié de ces partenariats. D’où celui que nous développons avec Creative Valley qui a conseillé Xavier Niel [le fondateur d’Iliad, maison mère de Free, ndlr] à créer Station F, pour nous aider à mettre en place à Dakar Station D.
L’équipe de Xavier Niel sera d’ailleurs à Dakar le 24 janvier pour travailler sur ce projet d’incubateur-accélérateur chez nous, financé grâce à un don de 20 millions de dollars du prince héritier d’Abou Dhabi. En France, vous avez la French Tech, au Sénégal nous voulons créer et développer la Lions Tech, les lions de la technologie !

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* Le CAPP, Club Afrique de la Presse parisienne, rassemble journalistes et communicants impliqués dans une relation professionnelle avec l’Afrique. Son objectif est de contribuer à favoriser les relations partenariales entre les deux continents, en facilitant les rencontres avec des acteurs économiques et en organisant des conférences thématiques.
Exemples : 1, 2, 3. Contact : CAPP@africapresse.paris

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