Retrouvez AfricaPresse.paris sur :
RSS

Outils

À Marseille, à la IXe Emerging Valley / Siby DIABIRA, Lead Equity Europe de IFC-BM : « Pour faire émerger les innovations en Afrique, il faut du “capital patient” de long terme, de plus en plus difficile à lever »

27 novembre 2025
À Marseille, à la IXe Emerging Valley / Siby DIABIRA, Lead Equity Europe de IFC-BM : « Pour faire émerger les innovations en Afrique, il faut du “capital patient” de long terme, de plus en plus difficile à lever »
Franco-mauritanienne de retour en France après avoir passé sept ans en Afrique du Sud, Siby DIABIRA, Lead Equity Europe de IFC-BM, est une experte du secteur financier. Elle regrette la carence en Afrique d’une information économique fiable et suggère de créer des bases de données aptes à rassurer les bailleurs de fonds…

.

Propos recueillis par notre envoyé spécial à Aix/Marseille Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

.

APP - Vous êtes l’une des nouveautés des panels de cette IXe Emerging Valley...

Siby DIABIRA – C’est en effet ma première participation à l’événement qui s’est imposé comme le grand rendez-vous incontournable de la Tech africaine, et où je souhaitais d’ailleurs venir depuis longtemps. C’est un endroit de l’écosystème que je découvre et cela me semble très important car ce lien très intéressant fait écho pour moi entre l’Europe et le Continent et plus largement avec les pays émergents avec pour but de solidifier et d’accélérer les investissements entre les innovations européennes et les pays africains.

Je suis franco-mauritanienne, j’ai grandi en France mais avec – comme j’aime à dire - un pied bien plongé en Mauritanie. Grâce à mes parents, je garde des liens extrêmement forts avec la vallée du fleuve Sénégal, en parlant la langue de mes parents.

Professionnellement, j’ai un parcours essentiellement financier puisque j’ai travaillé à la fois chez BNP et chez Proparco (en France) avant de partir en Afrique du sud où je suis restée sept ans. Avant de revenir en France l’an dernier pour rejoindre la Banque mondiale et notamment les activités de l’IFC (Société financière internationale), côté secteur privé, et investir aujourd’hui en Europe en prenant des participations dans des fonds de capital développement et de Venture Capital et en gérant ces relations depuis Paris sur notre couverture européenne.

APP - Vous avez été invitée à participer ici à une table ronde (panel) dont le thème était : « Redirigez les banques publiques de développement vers l’innovation en Méditerranée et en Afrique ». Que pouvez-nous nous en dire ?

Siby DIABIRA – C’est tout un programme ! Je crois cependant que la sémantique a son importance. Quand on parle de « rediriger », je crois qu’elles sont déjà dirigées ces banques de développement du Groupe Banque mondiale vers le mandat promis et vers les pays émergents, notamment sur le Continent. Depuis plus de 60 ans, on investit effectivement en prêts et en capital au sein des entreprises locales africaines.

La partie Venture Capital – pour être plus précise – est effectivement plus récente dans l’histoire de l’IFC, mais elle prend toute sa part parce que l’on constate que – pour faire émerger ces innovations – il y a besoin de « capital patient » sur le long terme et du capital qui soit capable aussi de prendre du risque, un risque différent que dans d’autres parties du monde.
C’est là où des institutions comme l’IFC ou l’AFD prennent toutes leurs parts. En investissant dans ces fonds ici ou en prenant des investissements directs dans ces startups.

Siby Diabira en compagnie des autres panélistes de la table ronde dédiée au financement de l’innovation en Afrique. De gauche à droite : Samir Abdelkrim, inventeur et producteur d’Emerging Valley, modérateur de la table ronde ; Tarek Chelaifa, Directeur de l’investissement de Janngo VC ; Maurizio Cascioli, Directeur adjoint du Département Afrique de l’AFD ; Julian Clec’h, Directeur des Relations internationales du Groupe CDC. Photo © BF/AM

.

APP - Mais n’y a-t-il pas cependant dans ce système des défaillances à éviter ou surmonter ?

Siby DIABIRA – C’est parfaitement exact. Quand on parle du Continent africain, il y a parfois en effet une aversion au risque qui peut faire peur et dissuader bien des investisseurs.
C’est pour cela que je parle parfois d’une asymétrie de l’information, car on reste bien souvent avec assez peu de données disponibles et vérifiables au sein de ces petites entreprises ou de ces jeunes pousses. Et cela crée bien évidemment une perception du risque qui est beaucoup plus élevée.
D’où la nécessité de créer des bases de données, comme les bailleurs de fonds l’ont fait au niveau de la dette.
Et ce type de bases données vérifiées pourrait être utile pour les startups, car nous sommes sur des marchés où les données sont assez récentes.

APP - Les femmes entrepreneures sont-elles suffisamment aidées sur le Continent ?

Siby DIABIRA – L’accompagnement des femmes entrepreneures sur le Continent, et même mondialement, reste en effet pratiquement inexistant. Comme le soulignait à juste titre Samir Abdelkrim qui modérait notre panel, en évoquant le pourcentage de seulement 2 % du capital reçu par les femmes. Ce qui est bien peu !

C’est un élément très important car elles représentent en réalité une part très active et déterminante de l’entrepreneuriat sur le Continent. Il y a donc un gap énorme à combler et cela passe notamment, à notre échelle de banque de développement, par la mise en place de programmes spécifiquement dédiés à des femmes entrepreneures, comme il en existe déjà, pour les amener à se développer et à accélérer.

APP - Vous pointiez aussi un troisième point important à améliorer...

Siby DIABIRA – Le troisième point, qui faisait écho avec ce que venait de dire mon collègue Maurizio Cascioli, directeur-adjoint Afrique de l’AFD, concernait le capital patient.
Sur les trois dernières années, on constate en effet malheureusement une diminution importante et inquiétante du capital qui arrive au sein de ces fonds de Venture Capital en Afrique. On n’a peu ou pas assez de capital qui est là sur le long terme parce que cela nécessite un investissement assez long pour pouvoir accompagner les meilleurs projets. Les projets qui cherchent une rentabilité et un impact, mais qui sont prêts à prendre un risque beaucoup plus long.

APP - Comment avez-vous trouvé cet événement emblématique auquel vous participez pour la première fois ?

Siby DIABIRA – C’est hyper intéressant de pouvoir être présente aujourd’hui à Marseille et d’avoir aussi un lieu où il se passe tant de choses en une seule journée. C’est un forum complètement atypique par rapport aux conférences auxquelles j’ai pu assister jusqu’à présent. On a la grande chance d’y rencontrer à la fois des investisseurs institutionnels, des investisseurs du secteur privé ; des startups, des fonds et de pouvoir mieux se connaître en découvrant les différents écosystèmes ici représentés car la confiance entre les différents acteurs est le maître mot pour réaliser de bonnes affaires.

Il est important de mieux se connaître car l’on assiste aujourd’hui en Afrique à un paradoxe. Les jeunes talents sont de plus en plus créatifs et ambitieux alors que, depuis trois ans, nous sommes dans un moment mouvementé et compliqué par la situation internationale, où les capitaux sont de plus en plus difficiles à lever. Notre rôle aussi est donc de savoir comment faire émerger ces fonds locaux et créer des partenariats avec des caisses de dépôts nationales, par exemple.

◊ ◊ ◊

Cliquer sur les images pour les agrandir.

◊ ◊ ◊

Articles récents recommandés